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L’art du détournement

Les canicules à répétition devraient être un signal. Depuis des années des scientifiques alertent sur les conséquences du changement climatique, mais leur alerte était vite oubliée. Une fois la crise passée, les affaires courantes reprenaient le dessus et tout recommençait comme avant, malgré quelques engagements pris dans l'urgence. Aujourd'hui la démonstration qui nous est faite des effets du réchauffement climatique dans notre vie quotidienne conduit la presse et les réseaux sociaux à préconiser des mesures ambitieuses pour réagir et ne plus se laisser surprendre par ces phénomènes. Un feu de paille ?

Le débat s’est vite concentré sur un point particulier, la climatisation. Faut-il,oui ou non, climatiser d'urgence tous nos équipements, à commencer par les équipements scolaires et sociaux, tous les logements, tous les commerces etc.

Il y a les « pour » et les « contre », mais la réponse est évidemment bien plus circonstanciée. La climatisation fait partie de la panoplie des instruments pour réduire les effets des pointes de chaleur, mais ce n'est pas le seul instrument. D'autres solutions figurent dans cette panoplie, comme la ventilation et des interventions sur le bâti, pose de volets, et isolation thermique. Il faudrait y ajouter des aménagements extérieurs, comme la végétalisation des sols ou des façades. C’est bien évidemment sur l'ensemble de la panoplie qu'il faut chercher les réponses à chaque situation. Les techniques disent passives, ou le bâtiment est par lui-même l'instrument du confort d'été, sont bien sûr les plus intéressantes mais elles demandent des travaux importants et du temps pour être mises en place. Toutes ces réponses peuvent se combiner, l’isolation permettant, par exemple, de réduire la puissance à installer pour une climatisation.

Le débat sur la climatisation a bien sûr son importance mais il est loin le couvrir tout le champ des mesures à prendre face aux canicules. Elle se limite notamment au domaine bâti alors que le réchauffement touche bien d'autres aspects. Le plus spectaculaire est peut-être la mobilité. Les annulations de trains révèlent la fragilité des infrastructures et du matériel roulant face à des températures élevées. L'agriculture est également touchée, les végétaux comme les animaux étant affectés par la canicule. Nos horaires le travail sont également concernés de manière à éviter ou aux personnels des conditions de travail insupportables, ou tout simplement pour éviter des pertes de productivité.

Les réactions face aux canicules sont centrées sur le présent, ce qui se comprend du fait de l’émotion qu’elles suscitent, mais elles devraient aussi concerner le futur. Aucun investissement lourd ne devrait aujourd'hui être retenu sans prise en compte du climat. Il peut s'agir des constructions neuves, qui doivent trouver des solutions passives, ce que la réglementation environnementale en vigueur préconise. L'exemple des transports ferroviaires montre aussi que les températures de référence dans les projets d'infrastructures et les choix de matériels doivent intégrer le réchauffement. Les pratiques agricoles, le choix des cultures est également directement concerné. Le lien très fort qui existe entre le climat et le régime des eaux conduit aussi à chercher dans tous des équipements à venir, dans l'organisation des territoires et des activités à privilégier les formules économes en eau, d’autant plus que nous aurons besoin de beaucoup d'eau pour rafraîchir les villes. Le climat est devenu un paramètre à intégrer à toutes nos décisions. Il l’était déjà implicitement, mais il s’agissait d’un autre climat, et nous devons nous adapter à celui de demain.

La climatisation ne doit pas être un arbre qui cacherait la forêt. La question mérite d’être posée, mais elle ne doit pas occulter les autres enjeux, qui demandent des mesures immédiates si nous ne voulons pas être confrontés demain à l’obsolescence des équipements, des aménagements et des choix industriels que nous faisons aujourd’hui. Tous les domaines sont concernés. L’accent mis sur la climatisation réduit le climat à une affaire technique. C’est une manière de détourner le débat. Le climat n’est plus une affaire de spécialistes, il touche la société dans son entièreté, et revendique sa place dans le champ politique au sens large du terme.

Édito du 01 juillet 2026

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