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Un discours trompeur et un train à ne pas rater

L'information sur l'électrification qui circule sur les ondes comporte une idée fausse. L’électrification couterait une fortune, pour l’Etat comme pour les entreprises et chacun d’entre nous. La vérité est tout autre. L'électrification ne coûte pas cher, elle est source d'économies. Un kilomètre parcouru en véhicule électrique, y compris pour les camions, coûte beaucoup moins cher tout compris, de l'ordre de 30% de moins, que le même kilomètre parcouru en véhicule thermique. Les pompes à chaleur nous chauffent pour bien moins cher que le pétrole ou le gaz. Et dans l'industrie, les fours électriques sont aussi plus performants que les thermiques dans la plupart des cas. Pourquoi alors dit-on que l'électrification coûte cher ?

C'est parce que nous ne payons pas le service rendu, le kilomètre parcouru, l’appartement chauffé ou l'usage industriel de la même manière qu’avant. L'essentiel de la dépense est concentré sur l'investissement, alors que les techniques anciennes la répartissaient différemment. Moins cher au départ, et plus cher tout au long de la vie en fonctionnement. Le droit d'entrée dans l'électrification est élevé, mais une fois franchi cet obstacle, ce sont des économies substantielles qui vous attendent. Il faut donc être riche pour avoir droit au dispositif le plus économique, ce qui correspond bien à l'adage populaire « ça coûte cher d'être pauvre ».

C'est la première marche qui est haute, parfois trop haute, et elle reste un handicap majeur surtout quand les taux d'intérêt des emprunts sont élevés. Cette difficulté ne doit pas cacher la réalité, l'électrification est hautement rentable, et le souci d'équité voudrait que les plus démunis y aient accès en priorité. La solution pourrait être une nouvelle organisation financière. Le leasing social pour les voitures en est une illustration éloquente. L'ingénierie financière devient donc la clé de l'électrification, au-delà des coûts des procédés et des équipements, qui pourraient bien sûr baisser au fur et à mesure de l’ouverture du marché.

Ce changement de mode de paiement des services et des équipements n'est pas nouveau. Il est déjà effectif dans nombreux domaines, comme la téléphonie où le système d'abonnement permet de répartir la dépense sur toute la période d'utilisation des matériels. Ce n’est pas une révolution, juste une adaptation à de nouveaux domaines de techniques bancaires bien maitrisées.

Pourquoi donc ces dispositifs ne sont-ils pas développés pour l'électrification, malgré tous les discours rediffusés à l'envi ? L'imagination des financiers n'est pas en cause. Il y a un autre facteur limitant. L’hypothèse d’une insuffisance de l'offre peut être évoquée. Il lui faut plusieurs années pour se mettre à niveau.

Exemple : l’offre de véhicules électriques et des équipements d'accompagnement comme les bornes de recharge. La crainte de voir le marché français envahi notamment par des constructeurs étrangers conduit les pouvoirs publics contrôler la croissance du parc automobile électrique. Il faut permettre aux constructeurs français et européens de répondre à la demande. La même démarche s'applique pour les autres matériels électriques dans la mesure où nous n'avons pas su en Europe anticiper cette évolution. Il y a aussi l'électricité. Nous bénéficions d'une production excédentaire pour l'instant, mais un accroissement rapide de l’électrification des usages traditionnels, en plus du développement de nouveaux usages et notamment l'intelligence artificielle, conduirait vite à une saturation voire un déficit dans la production d'électricité. Une électrification à marche forcée dans les 10 prochaines années ne pourra pas bénéficier du nouveau nucléaire dont nous attendons les effets à la fin de la prochaine décennie. L'augmentation de l'offre ne pourrait venir que d'un développement massif les énergies renouvelables, accompagné d'un programme ambitieux d'économies dans les secteurs déjà électrifiés, pour retrouver des marges de manœuvre.

Arrêtons donc de diffuser l'idée que l'électrification coûte cher, ce qui est une contre-vérité manifeste. Accompagnons-la d'une politique industrielle de fabrication en Europe des équipements nécessaires. Certes ce sont des investissements considérables, mais des investissements hautement rentables, aussi bien pour la collectivité que pour chacun d'entre nous et chacune des entreprises concernées. C'est le train du progrès, ne le laissons pas passer. Si vous le loupons, le déclin et le déclassement que certains nous prédisent pourrait bien devenir la réalité. Ne restons pas sur le quai.

Edito du 3 juin 2026

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