
Samll is beautiful versus les grands projets
La France est fière de ne jamais faire comme les autres. Et elle a raison, il faut se différencier pour jouer un rôle dans le monde où elle ne pèse que 1% de la population. Mais il y a un risque, celui de se retrouver isolé et loin derrière ses concurrents en cas d’erreur sur la vision de l’avenir.
Le cas de l’énergie est intéressant à cet égard. Les efforts de la France pour pousser le nucléaire sont à contre-courant des tendance mondiales. L’Agence Internationale de l’Energie évalue chaque année les investissements en cours sur les différentes sources d’énergie. Pour 2026, le palmarès met les renouvelables en tête, avec 694 milliards de dollars, loin devant le pétrole (496 Milliards $), le gaz « naturel » (449 Milliards $), et le nucléaire (86 Milliards $).
Dans ce contexte, la France tente de faire reconnaître par la Commission européenne ses projets d’EPR2 pour l’accès aux financements. Un dossier qui, d’après l’association Énergies Renouvelables Pour Tous, associée à l’économiste Alain Grandjean, comporte de nombreuses erreurs de chiffrage pour espérer un soutien susceptible de baisser le coût du KWh.
Pendant ce temps-là, les soutiens aux énergies renouvelables piétinent, notamment le solaire photovoltaïque. Un secteur qui attend des initiatives de l’Etat qui ne viennent pas, au point que la perspective de licenciements sont évoqués dans la filière, alors que notre pays comporte de nombreux talents, notamment dans la recherche.
Le rapport Lazard sur les couts de l’énergie publié en juin dernier conclut clairement que les énergies renouvelables sont les moins chères et les plus rapides à déployer. La France se tromperait-elle de futur, tout en lançant un grand plan d’électrification ? Comment répondre à une forte hausse de la demande d’électricité dans les 10 prochaine années sans un recours massif aux énergies renouvelables ? Outre les délais de fabrication, le KWh du nouveau nucléaire est bien supérieur à celui des énergies renouvelables, et notamment du solaire photovoltaïque dont les prix ne cessent de baisser, associé au stockage sur des batteries pour effacer l’intermittence.
La priorité donnée en France au nucléaire a peut-être des raisons dont il est interdit de parler, pour des affaires de défense nationale par exemple avec le lien militaire - civil. Il faut aussi compter avec le facteur humain, nos dirigeants en l'occurrence. La cuture de la haute administration la porte à ne prendre au sérieux que les grosses mécaniques, et à marginaliser les éléments diffus, sans doute parce que moins contrôlables. Le nucléaire leur plait, les renouvelables non, sauf, à la rigueur, l'éolien offshore qui exige de gros capitaux et de gros opérateurs. Le pouvoir central n'a aucune confiance dans les acteurs de terrain, et les tracasseries de la décentralisation, sans cesse reculée et grignotée, en témoigne éloquemment. On peut parler d'idéologie qui pousse à des choix antiéconomiques pourvu que l'administration puisse contrôler, car c'est bien son obsession. Tout ça nous coute cher, à nous citoyens comme à l'Etat qui ne cesse de s'endetter.
Mener de front deux stratégies antinomiques, l’une centralisée et une autre diffuse, nous rappelle le scandale de la Villette, qui n’a sans doute pas marqué suffisamment les esprits. Une affaire d'abattoirs. D'un côté la reprise du vieil abattoir parisien, archaïque et frappé d'insalubrité, avec le projet de créer une installation ultramoderne. De l'autre, Une nouvelle orientation, créer des abattoirs plus proches des lieux de production, qui a connu un vrai succès. Le premier projet, décidé en 1949, est arrêté en 1967 car trop long et trop coûteux. Les abattoirs de la Villette fermeront définitivement en 1974, et le site sera transformé quelques années plus tard au profit du parc de la Villette et de la cité des sciences. L’affaire de la Villette a fait scandale à l'époque, car non seulement le projet était effectivement plus long et plus coûteux que les estimations initiales, plus complexe réaliser et de surcroit inutile puisque l'essentiel de l'abattage ce faisait ailleurs.
L’électrification n’attendra pas, et elle a besoin d’électricité, dans les prochaines années. La prolongation des centrales existantes et les renouvelables devront assurer la production. Y aura-t-il encore une place dans 10 ou 15 ans pour un vaste programme nucléaire ? Le pari peut être tenu, mais freiner les renouvelables dans cet espoir serait doublement dangereux. D’une part en prolongeant notre dépendance aux énergies fossiles, avec tous les problèmes géopolitiques que cela comporte ; d’autre part pour nos émissions de gaz à effet de serre qui en découleraient. A moins de prendre du retard sur l’électrification, un chemin tout tracé vers le déclin.
Edito du 23 juillet 2026
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