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Précaution et innovation, deux faces de la même médaille

Le principe de précaution est aujourd’hui l'objet de nouvelles attaques. Il serait un frein à l'innovation. C'est tout le contraire, il lui est consubstantiel.

Contrairement aux idées reçues, le principe de précaution est incontournable dans une société prête à prendre des risques. Le développement durable est une recherche. La recherche d'un mode de développement, différent de ce que nous avons connu jusqu'à présent, qui puisse nous apporter le bien-être tout en assurant la prospérité de la planète. « Deux fois plus de bien-être en consommant moins deux fois moins de ressources » nous dire le rapport « facteur 4 » commandité par le club de Rome. Le développement durable est un appel à innover, rechercher des voies nouvelles, explorer les pistes que l'humanité a pu délaisser au cours de son histoire. C'est une nouvelle étape dans l'aventure de l'humanité. Comme toute aventure, celle-ci comporte de risques. Il y aura des échecs et des déceptions, lesquels ne devraient pas décourager les aventuriers mais les inciter recommencer et à diversifier leurs investigations. L'innovation est consubstantielle au développement durable. Celui-ci est par nature une prise de risque permanente.

Mais pas n'importe quel risque.

L'expérience montre que les chercheurs, les inventeurs sont parfois obnubilés par leur création, ils sont tellement sûrs de son importance qu'ils en négligent les effets secondaires. C'est là où il faut des garde-fous. La constitution parle de « dommages graves et irréversibles ». Des situations rares, mais qui ne peuvent être laissées à la seule appréciation de ceux qui les ont créés. Les décisions doivent alors être collectives car les risques concernent toute la collectivité. C'est là que le principe de précaution intervient et seulement là. Il est une pièce maîtresse d’une culture du risque que nos sociétés doivent développer pour assurer leur avenir.

Il est vrai que le mot précaution est sans doute maladroit. Le sens commun lui donne une tout autre signification, emprunte de prudence, une prudence qui peut être excessive dans une société qui rêve du risque zéro. Il aurait sans doute mieux valu que le terme retenu ne soit pas déjà marqué dans le langage commun. Cela aurait évité un mauvais usage de la précaution et une vision déformée du principe. Même l'administration le détourne et le dévalorise en l'invoquant pour interdire le ramassage scolaire par temps de neige par exemple. Ce n’est pas une raison pour se priver d’un outil de gestion du risque, alors qu’il faut cultiver une culture du risque dans la société. C’est là qu’il faut porter l’effort, et donner envie de maitrise du risque, pour favoriser l’innovation.

Le mot précaution et sa mauvaise interprétation du principe ont entraîné une conséquence fâcheuse. Pris dans le sens commun, il est apparu abusif à bien des chercheurs ou des entrepreneurs qui y voyaient un frein à leurs travaux. J’ai personnellement participé à des rencontres professionnelles sur le sujet, où la simple mise au point sur le texte précis de la Charte constitutionnelle a suffi à rassurer un public vent debout contre le principe de précaution, tel qu’ils l’avaient compris. Mais le mal est fait, l’image du principe est devenue celle d’un parapluie, à ouvrir dès qu’un risque apparait à l’horizon.

Cette mauvaise interprétation a ainsi détourné du développement durable bon nombre d’entrepreneurs, au sens large bien entendu de tous ceux qui ont envie d’entreprendre et d’innover. Elle a apporté de l’eau au moulin de tous ceux qui colportent l’idée que l’écologie est rétrograde et est hostile à toute forme de progrès. L’évocation des amish et du retour à la bougie n’est jamais loin. La caricature qui en résulte en a éloigné tout un public avide de progrès, et prêt à prendre des risques, alors que le développement durable a besoin de leur participation active. Inventer de nouveaux modes de développement est une véritable affaire d’entrepreneurs, de personnes prêtes à s’engager pour participer à cette nouvelle étape de l’aventure humaine. Innovation et précaution sont deux faces de la même médaille.

Edito du 15 avril

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