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Du bon usage des retraités

Les retraités sont nombreux, et ils le seront encore plus dans les prochaines années. Ils pèsent de plus en plus sur notre vie sociale et notre économie. La grande inquiétude sur le régime des retraites est le fruit d'une approche essentiellement comptable du phénomène, qui empêche d’en voir tous les aspects dont certains recèlent de véritables richesses.

La retraite a longtemps été assimilées à la fin de la vie, quelques années qu'il fallait rendre aussi sereines et dignes que possible. Il en est tout autrement aujourd'hui, nous vivons à la retraite plus longtemps qu’avant d’avoir commencé à travailler. La manière de considérer cette période de la vie reste toutefois marquée par l'ancienne conception, et il convient de la mettre à jour. La charge que représentaient les retraités pour l'ensemble de la société était légère, elle pourrait devenir insupportable si nous ne changeons pas de regard sur la retraite.

La pension des retraités résonne comme un revenu universel, tant décrié il y a quelques années, qui serait réservé à une catégorie de la population. Un revenu sans contrepartie formelle, qui permet aux bénéficiaires de choisir leurs activités. Et là, le champ est très ouvert. Certains se tournent vers le jardinage, ou vers des clubs de loisirs, d’autres seront bénévoles dans des associations, ou encore sollicitent les suffrages de leurs concitoyens. Plus d’un quart des élus locaux sont des retraités.

Une bonne partie des retraités s’orientent vers des tâches d'intérêt général, ils apportent leur concours à la recherche du bien public. Un recours différent de celui des administrations, mais bien réel. Il palie les carences des services publics ou remplit des missions dont la collectivité a bien besoin et qui n’entrent pas dans la sphère marchande. Que seraient les Restos du cœur sont les retraités ? Combien de fonctionnaires faudrait-il pour prendre en charge tous les soins apportés par les bénévoles des associations caritatives ? Bien sûr, celles-ci sont souvent subventionnées mais le flux financier fonctionne dans le sens inverse à celui que nous voyons. Ce sont les associations qui complètent le financement public de ces activités, par leurs apports en nature et les cotisations ou les dons qu'elle reçoivent. Des activités qui traduisent un devoir de solidarité que tout état civilisé se doit de satisfaire. Les retraités sont pour beaucoup des « actifs », même s’ils n’entrent pas la case « actifs » des statistiques de l’INSEE. Leurs pensions leur tiennent lieu de salaire.

Cette activité est bonne pour tout le monde. Pour la société qui en bénéficie directement, pour la collectivité publique qui fait des économies, et pour les intéressés qui se sentent utiles, et retrouvent des liens sociaux analogues à ceux que leur emploi leur procurait. La solitude, véritable fléau social, est contenue, et le quatrième âge est retardé. Une particularité de l’activité des retraités est à souligner : elle n’est pas sous contrôle, elle reste à l’initiative des intéressés, et c’est sans doute cet aspect qui provoque une certaine méfiance, une réserve. Les modalités d’attribution des subventions modèrent cette liberté, mais celle-ci peut à l’inverse être considérée comme un atout. Elle confère une souplesse de fonctionnement, qui permet de mieux coller aux besoins, et d’explorer des domaines hors du champ d’intervention des institutions et du marché. Les vieux pour sentir les aspirations naissantes, voilà une bonne manière de valoriser les retraites.

Il reste l’argent dont disposent les retraités, en premier lieu le montant total des retraites, estimé à 14% du PIB, une somme considérable. Ils en consomment une partie, directement injectée dans l’économie. Les voiture neuves sont achetées pour la moitié par des retraités. De l’argent dépensé sur leurs lieux de retraite, avec un effet sur les territoires concernés et les économies résidentielles locales, commerces, services à la personne, etc. Ils ne consomment pas tout. Ils aident leurs enfants et petits-enfants, et ils épargnent. L’enjeu est d’orienter l’épargne des retraités vers des investissements productifs, avec des formules adaptées.

Loin d’être une charge, les retraités peuvent devenir une ressource, et beaucoup d’entre eux y aspirent. A condition de considérer la retraite comme une nouvelle tranche de vie active, une activité qui répond à des exigences différentes de celles du travail salarié, mais qui apporte de réels services à la société et contribue à la richesse nationale, hors PIB hélas pour les comptables. Une alternative à la réponse traditionnelle au vieillissement de la population, réduite à tort par la question de l’âge de la retraite.

Édito du 14 octobre 2026

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