Penser à l’envers
« A l’échelle mondiale, le coût de la transition est estimé à 1,2 point de PIB, contre 15 points pour l’inaction, confirmant l’urgence d’agir sans retard. Investir tôt et massivement dans la transition écologique est un impératif environnemental autant qu’une décision rationnelle et économiquement pertinente ». C’est Serge Moscovici, Premier président de la Cour des comptes qui l’affirme, en présentant un rapport sur la transition écologique, le 15 septembre dernier. Il conforte ainsi les conclusions de l’économiste anglais Nicolas Stern, dans son rapport sur l’économie du changement climatique de 2006, et met à mal l’idée reçue que l’écologie coûte cher. A l’inverse, elle permet de faire des économies.
Dans les faits, c’est la réparation des dégâts qui coûte cher. Traiter l’eau que l’on a laissé se polluer coute bien plus cher que lutter contre les sources de pollution. Mais en ne parlant que des dépenses engagées au nom de l’environnement, nous accréditons l’idée que l’écologie coute cher. Nous pensons à l’envers.
Le développement durable nous invite à repenser à l’endroit. Voici quelques exemples de ce rétablissement intellectuel qu’il nous faut opérer.
La question de la pénibilité au travail revient régulièrement sur le devant de l’actualité. C’est un vrai problème, mais les mesures prises pour lutter contre la pénibilité sont considérées comme des charges, ou des contraintes qui affectent la productivité. Il faut donc l’imposer par la loi. Une autre approche serait de considérer la qualité de la vie au travail. Un vrai facteur de productivité, avec des doubles dividendes, pour le salarié comme pour l’entreprise. Selon la porte d’entrée dans le sujet, vois raisonnez différemment, et les conclusions que vous en tirez sont à l’opposé.
Autre sujet dans l’actualité, les dépenses de l’Etat, qu’il faut réduire pour combler nos déficits sans augmenter les prélèvements. La santé coûte cher, 234 milliards d’euros pour l’assurance maladie, et les économies sont recherchées sur les prestations et les remboursements, ce qui ne ferait que transférer la charge vers les assurés. Une autre politique serrait de s’attaquer aux causes des dépenses de santé, les maladies, et nos savons que notre santé dépend pour les 3/4 de facteurs environnementaux, l’alimentation comprise. L’obésité, par exemple, coute 10 milliards à la sécurité sociale, et autant aux intéressés. Nous connaissons les causes de l’obésité, une part génétique mais une autre part environnementale. C’est en s’attaquant aux causes que nous pourrons réduire le coût à supporter par la collectivité, pas en pénalisant les usagers, faute d’avoir su contenir le problème.
C’est une affaire aval/amont. La difficulté est de prévoir et de convaincre avant que le problème se manifeste lourdement, et nous préférons intervenir en aval, quand c’est trop tard. La prévention est une décision et une dépense en amont, qui apparaissent toujours excessive, toujours fragiles et menacées dès qu’il y a des compromis ou des économies à faire. Tout en amont, voilà un bon slogan pour penser autrement.
Comment évaluer l’amélioration de notre qualité de vie, objectif naturel de toute politique publique ? A partir de la satisfaction de la population, la réponse à ses attentes, ses besoins essentiels et ses envies. Réponse logique, mais ce n’est pas ce que nous faisons, nous préférons un indicateur de production, le PIB par tête. C’est assimiler production, consommation et bien-être. Assimilation commode mais trompeuse. Nous raisonnons encore à l’envers.
Pouvons-nous remettre notre pensée à l’endroit ? Nous avons introduit un dispositif innovant de ce point de vue, les certificats d’économies d’énergie. Nous donnons de la valeur à une amélioration du bien-être sans consommation, donc sans production. Un outil plus difficile à manier que la somme des valeurs ajoutées, mais qui s’appuie sur une estimation du service rendu par la production, et non la production pour elle-même. Voilà une piste intéressante pour ne plus penser à l’envers.
Revenons au rapport de la Cour des comptes. Nous sommes obnubilés, quand il est question de budget, par les dépenses nécessaires à l’action, alors que les dépenses provoquées par l’inaction pèsent de plus en plus lourd. Encore un exemple de pensée à l’envers. La crise que nous affrontons devrait être l’occasion d’adopter un nouveau mode de penser, pour penser à l’endroit.
Edito du 24 septembre 2025
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