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Ville et Campagne

Désert

C’est en 1947 que Jean-François Gravier publiait son livre « Paris et le désert français ». Les choses ont bien changé depuis, avec des politiques d'aménagement du territoire et les métropoles d'équilibre, par exemple, mais le désert a-t-il disparu pour autant ? Il prend aujourd'hui des formes multiples.

Sans que le mot désert soit prononcé, ça a commencé avec les cultes, sous les effets de la crise des vocations. Il est revenu en force dans le domaine de la santé. Désert médical, avec la disparition de nombreux cabinets généralistes, les distances et les attentes de plus en plus longues à parcourir pour obtenir un rendez-vous avec des spécialistes. Eloignement également des hôpitaux, réputés trop petits pour assurer une qualité de soins digne d’un pays développé. Les mouvements de protestation contre la suppression des petites maternités ont défrayé la chronique, et la pertinence de cette politique est toujours contestée. Les effets de l’éloignement ne seraient-ils pas aussi néfastes que la petitesse des établissements ? Allongement des distances pour atteindre l’hôpital, isolement des parturientes, difficultés pour les soins de la mère et de l’enfant après le retour au domicile, etc. Alors que le risque de mortalité infantile augmente quand le temps d’accès à l’hôpital dépasse 45 minutes, la part des femmes en âge de procréer résidant plus loin d'une maternité a augmenté d'environ 40% entre 2000 et 2017, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la santé. Le débat en vient à porter sur l’éloignement et la mortalité infantile. Le désert médical se prolonge aujourd’hui du côté des pharmacies et des infirmiers, les départs à la retraite n’étant que partiellement remplacés.

Le désert, ce sont aussi les services publics. La fermeture d’une poste ou d’une école est toujours vécue comme un déclassement, une perte de qualification de leur village, un recul social. Les maires sont toujours soucieux de la présence de jeunes couples dans l’espoir de maintenir l’effectif minimum dans leur commune pour garder une classe. L’éloignement des commerces, parfois pour cause de grande surface dans la ville voisine, est aussi une facette du désert. Une des conséquences en est l’obligation des personnes non motorisées, notamment des personnes âgées, d’abandonner leur maison pour se rapprocher de ces services.

La disparition des entreprises est une autre cause de désertisation. Plus d’emploi, plus d’activité, il faut partir. Il y a aussi les déserts culturels, l’absence de lieux de loisirs, notamment pour les jeunes. Bref, le désert est multiforme, et chacune de ces facettes se conjugue avec les autres, les conforte. Un jeune médecin hésitera à s’installer dans une ville sous-équipée, où ses enfants rencontreront des difficultés pour leurs études, où il craint de s’ennuyer le soir, lui et sa famille. Les entreprises ne s’installent pas dans les secteurs où ils auront du mal à recruter leurs collaborateurs.

Les causes des déserts sont nombreuses, pénurie de professionnels, nouvelles organisations liées à la modernisation des équipements, concentration des activités liée aux facilités de la mobilité, prix unitaire des services, etc. Il y a plus d’agent publics par habitant dans les zones peu denses que dans les autres, mais ils sont plus éloignés et le ressenti est, au contraire des faits, une forme d’abandon. Ajoutons que le discours dominant est que l’avenir se joue dans les villes, et vous aurez compris que le moral dans les déserts n’est pas le meilleur levier pour réveiller ces territoires, qui se croient oubliés.

Pour lutter contre ces déserts, c’est la dispersion. Chaque aspect, santé, école, poste, création d’emplois, est traité séparément. Au lieu de s’attaquer aux causes, ce sont des artifices qui sont mis en place, avec le concours d’obligations administratives ou la perspective de carottes financières. La diagonale du vide ne se remplira pas en luttant contre les conséquences du mal plutôt que sur ses causes. Ce sont des politiques globales, de recivilisation des territoires concernés, à l’image de ce qui a été fait pour les quartiers sensibles, qui permettront de lutter contre toutes les causes à la fois et de donner à nouveau foi en l’avenir. Courir plusieurs lièvres à la fois, pour gagner sur plusieurs tableaux à la fois.

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