
S’adapter ou mourir
Coexister avec le changement climatique
Quentin Ghesquière et Damien Desbordes
Edition Rue de l’échiquier, 2025
Un titre en forme d’alternative, qui nous en rappelle bien d’autres. L’utopie ou mort, de René Dumont, en 1973 aux éditions du Seuil, et Changer ou disparaître, un titre repris à plusieurs reprises, à commencer, dès 1972 par Edouard Goldsmith (Edition The ecologist), suivi en 2009 des livres de Charles Magnier, sous-titre « Mode d’emploi pour atteindre le 22e siècle » (Editions Coléades), et de Jean Peyrelevade, en 2018, sous-titre « adresse au patronat ». Nous sommes confrontés à une question darwinienne, de sélection naturelle. Serons-nous capables de surmonter l’épreuve de l’adaptation ?
Tout d’abord, il convient de lever une contradiction apparente. L’adaptation serait une attitude défaitiste, contraire à une politique d’atténuation du dérèglement climatique. Les auteurs sont clairs sur ce point : « L’adaptation et l’atténuation sont les deux faces d’une même pièce. Mieux encore, elles s’inscrivent souvent dans les mêmes actes ». La trajectoire de 4° pour la France est l’hypothèse de référence, et il convient de s’y préparer, ce qui n’empêche nullement de tout faire pour la dévier. Ne pas confondre l’adaptation avec les solutions technologiques miracles, comme la géo ingénierie (1), qui nous dispenseraient de l’atténuation.
Cela étant rappelé, il faut reconnaître que les moyens affectés à l’adaptation sont bien insuffisants, et trop dispersés, sans cohérence affirmée. Les auteurs nous font ensuite un panorama des problèmes posés par le changement climatique auxquels il va falloir trouver des solutions : montée du niveau de la mer, pénurie d’eau douce, inondations et cyclones, dépérissement des forêts et incendies, vagues de chaleur. Ils mettent en évidence les « douleurs » que ces phénomènes vont provoquer, comme la destruction de maisons et d’équipements sur le littoral, les sècheresses, les villes inondées ou dévastées, la montée des maladies tropicales et les pointes de mortalité. Chaque description est complétée par un zoom sur les politiques menées en France.
Vient ensuite le volet Solutions. Pas de recettes, mais cinq axes qui permettent de structurer une action cohérente. Des orientations complémentaires à suivre à la fois, qui tentent de produire des cobénéfices, et même du plaisir : Protéger par tous les moyens, y compris la précaution au sens de notre constitution ; repenser notre rapport à l’espace, en intégrant les contraintes climatique, comme l’abandon de terres reprises par la mer et la transformation du tourisme de montagne ; une gouvernance démocratique et contraignante de l’adaptation, avec des évaluations régulières, par exemple par la Cour des Comptes ; de grands budgets dédiés à l’adaptation, avec la recherche de cobénéfices, un investissement rentable, compte-tenu du coût des dégâts provoqués par le changement climatique ; et s’attaquer aux inégalités, qui accentuent les effets du changement climatique et le renforcent. Des axes qui pourraient préfigurer, en quelques sorte, un modèle de société.
Un libre engagé, enrichi de nombreuses citations, qui souhaite éclairer les citoyens sur cet aspect particulier de la question climatique en apportant des "ingrédients" pour une politique. Car pour les auteurs, « l’adaptation au changement climatique est un choix de société ».
1 - Voir à ce sujet la note de lecture sur Le grand retournement
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