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La santé publique, levier du développement durable

Santé : les alertes se succèdent, mais sans réaction sérieuse pourrait-on craindre. C'est comme pour le climat, mais la santé nous touche directement, aujourd'hui, elle est présente dans nos vies quotidiennes, alors que le climat nous semble parfois bien lointain. L'insouciance, l'incompétence, le déni, les intérêts de certains, autant de causes de cette passivité face à un problème sensible et bien documenté.

La santé, notre vie en bonne santé, dépend aux 3/4 le facteurs environnementaux, et notamment de notre alimentation. Sa qualité est un enjeu de santé publique, et par suite, au-delà du caractère humain de la question, un problème financier. Le budget de l'assurance maladie en France, 260 milliards d'euros pour 2026, est le premier poste de dépenses publiques, mis à part le financement des retraites.

Aujourd'hui, l'actualité concerne les additifs conservateurs des aliments. Ils sont très répandus et permettent de prolonger la durée de vie des denrées alimentaires. Ils ont permis des progrès réels en en limitant l'altération et les maladies dont elle était la cause. Mais il y a un revers à la médaille. Ils favorisent d'autres maladies, notamment le diabète de type 2 et certains cancers. Nous savions déjà que les nitrites et l'aspartame avaient été classés cancérogènes ou cancérogènes possibles. Voilà deux études sur les conservateurs (E200 à 299), les oxydants (E300 à 399) rendues publiques le 8 janvier dernier. Ces additifs se trouvent dans de nombreux aliments, surtout dans les produits transformés, à base de viande ou de légumes, y compris des boissons et des sauces. Ils augmentent le risque de cancer et de diabète de type 2. Un lien significatif d'après les chercheurs, mais il en faut plus pour convaincre. Il avait fallu des dizaines d’études, par exemple, pour établir la relation entre le tabac et le risque de cancer. Il faudra donc attendre les nouvelles études, malgré une forte présomption, ce qui révolte les chercheurs.

En novembre dernier, ce sont 43 scientifiques d’envergure internationale, 43 experts en toxicologie venant des 5 continents, qui s’étaient indignés sur un sujet voisin : les pesticides. « Nous en avons assez !» nous disent-ils. Ils évoquent la submersion des résidus de plastique et de pesticides qui se retrouvent dans nos organismes, et cela dès la naissance. L’accumulation de ces substances crée des cocktails qui échappent à toute mesure d’évaluation. Pour notre santé et celle, en général, du vivant, ces scientifiques proposent de « diviser par 100 le seuil des produits utilisés », ce qui suppose un changement de modèle agricole. Ces prises de position réagissaient sans doute à la publication en octobre d’un rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan sur « les politiques publiques de santé environnementale », qui recommandait en première ligne de « Soutenir le développement massif de l’agroécologie et de l’agriculture biologique et protéger les pratiques européennes de la concurrence internationale », dans le contexte créé par la loi Duplomb et des orientations budgétaires Françaises et européennes défavorables à l’agriculture biologique.

Un an auparavant, c’est l’Institut Montaigne qui avait sonné l’alarme. « La France connaît une hausse préoccupante des choix alimentaires déséquilibrés, marqués par une alimentation trop riche, trop calorique, et trop transformée, tandis que la consommation de fruits et légumes reste insuffisante. Ces déséquilibres alimentaires entraînent une augmentation alarmante de pathologies telles que le surpoids, l’obésité, le diabète, et les maladies cardiovasculaires (1) ». Ce n’étaient pas des chercheurs qui s’étaient exprimés, mais les membres d’un groupe de travail ouvert à tous les acteurs de l’alimentation, y compris la grande distribution, la restauration collective et les consommateurs. Leur préoccupation était autant sociale que sanitaire, les deux aspects étant d’ailleurs fortement liés. Elle est aussi financière, puisqu’ils évaluent à 125 milliards d’euros par an le coût de la mauvaise alimentation pour les finances publiques.

Plus que la production agricole, curieusement exemptée de leur exercice, ce sont les transformations et la distribution qui sont en première ligne. C’est la « mal-bouffe » qui est l’accusée, un mal qui frappe particulièrement les jeunes. « 41% des 18-24 ans sont en situation d’insécurité alimentaire sévère ». Il ne s’agit pas ici uniquement de la qualité des aliments, mais de leur dosage, de la composition des repas, d’une culture culinaire. Six recommandations sont préconisées, autour de deux objectifs : Lutter contre la précarité alimentaire et limiter l’expansion des déséquilibres alimentaires. A noter parmi ces recommandations un volet stratégique : Agir sur les imaginaires autour du plaisir d’une alimentation équilibrée.

Il est à regretter que cet enjeu social et sanitaire de l’alimentation soit bien loin des préoccupations qui animent le milieu agricole dans ses manifestations récentes, plus enclin à prolonger en le consolidant le modèle ancien d’exploitation que de s’engager vers un renouvellement profond de leur profession. Les agriculteurs ne sont pas les seuls à devoir prendre en charge l’enjeu d’une alimentation saine et équilibrée. Les industriels, fournisseurs ou clients de l’agriculture sont concernés, comme les distributeurs, les restaurateurs, notamment la restauration collective, et les consommateurs, avec leurs contraintes et leurs habitudes. L’alimentation, un magnifique sujet de développement durable, populaire, qui touche tout le monde, et qui représente un tiers de notre empreinte écologique.

1 - RAPPORT « Fracture alimentaire : Maux communs, remède collectif » Octobre 2024

Édito 14 janvier 2026

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Commentaires

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Yves Poss
1 semaine ya
Sur Radio-classique, ce matin, l’”esprit libre” de service affirmait que la solution était dans une confirmation de la structuration foncière, pour obtenir des exploitations qui soient à l’échelle “industrielle”. Je ne crois pas que cette solution soit suffisante, le passé pèse sur le présent, ainsi que les conditions de “géographie physique”. Mais c’est bien l’expression de la pensée dominante, très américaine, en fait, de segmenter le territoires entre des espaces protégés et des espaces sur exploités…dont on perçoit de plus en plus les limites.
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Yves Poss
1 semaine ya
Suite
Je ne vois guère que l’action publique capable de concevoir, puis de porter un tel projet: chercheurs, think tanks, administrations ?

Je suis désolé de constater l’absence totale des Conseils généraux ministériels, ou de l’Académie d’agriculture, pour porter un tel appel, ne serait-ce que pour énoncer le diagnostic, et débloquer les initiatives. il y a là, incontestablement, une “trahison des clercs”. serait-ce que nos collègues préfèrent suivre les puissants, plutôt de de manifester des avis argumentés dérangeants?
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Yves Poss
1 semaine ya
Suite du commentaire précédent :
Mais il ne peut guère être initié par les syndicats agricoles actuels: de manière systémique, les syndicats défendent l’acquis, et ne savent guère initier le changement.

Je ne vois guère que l’action publique capable de concevoir, puis de porter un tel projet: chercheurs, think tanks, administrations ?
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Yves Poss
1 semaine ya
Il faut bien poser le sujet dans sa globalité.
D’abord en insistant sur la diversité de notre territoire, et des réponses à apporter.

Ensuite s’appuyant sur les acteurs de cette filière agroalimentaire: il faudrait parvenir à leur offrir un autre idéal, modifiant les convictions actuelles, qui est de “nourrir le monde”, et de poursuivre selon le modèle actuel, avec une approche exclusivement libérale, finalement conservatrice.
Je crois qu’il est possible de redonner une fierté à ces acteurs, parce qu’ils accepteraient d’affronter les enjeux à venir, qu’ils se sauraient accompagnés par les pouvoirs publics, et l’opinion publique: c’est un projet collectif à bâtir.
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