La fée électricité
Vous vous souvenez sans doute le vieil adage sur l'URSS qui se résumerait à « les soviets plus l'électricité ». Adage source de plaisanteries, mais qui a le mérite de mettre en évidence les bienfaits de la « fée électricité », si bien peinte par Raoul Dufy. Des bienfaits dont nous ne mesurons pas encore l'étendue, si l'on en croit les nombreux discours selon lesquels nous produisons trop d'électricité, plus que ce dont nous avons besoin, et cela durablement. Un discours tenu notamment par les adversaires des énergies nouvelles renouvelables (ENR) puisque notre électricité est déjà décarbonée pour l'essentiel. Nous ne sommes pas comme en Pologne où les renouvelables concurrencent le charbon pour la production d'électricité, au point de le dépasser cette année pour la première fois.
Il est vrai que la consommation d'électricité progresse moins vite que prévu, et qu'après la chute en 2022 de la production nucléaire pour des raisons de mise à niveau et de sécurité, La France est redevenue exportatrice. Est-ce durable (dans tous les sens du mot) ? L’électrification de nombreux usages se traduit dans les faits par une forte augmentation des rendements énergétiques, et par suite de la performance d'ensemble. Il n'y a pas mieux que l'électricité pour faire tourner des moteurs. Même pour la chaleur, le rendement d'un four industriel récent et de l’ordre de 85 à 90%, à comparer avec celui d’un four au gaz, 75% dans le meilleur des cas. L'électrification marque le pas du fait des investissements initiaux qu'elle demande, mais elle s'avère économique à l'usage en termes de consommation et de maintenance. Les retards que nous observons entraîne une perte de compétitivité à la fois sur le plan économique et sur le plan écologique, si l'électricité est décarbonée.
L'avenir énergétique sera électrique pour de nombreux usages, en compagnie de la chaleur décarbonée, comme la géothermie et le solaire thermique. Au lieu de freiner l'augmentation de notre capacité de production d’électricité, il vaudrait mieux accélérer l’évolution vers l’électrification, inéluctable et profitable.
Le « nouveau nucléaire », souvent évoqué, serait une solution à la croissance de l'offre d'électricité, mais il n’apportera sa contribution que dans une quinzaine d'années, et à un prix double de celui des ENR. Retarder l'électrification de 15 ans pour en bénéficier serait un non-sens technologique et économique.
Que faire pendant cette période cruciale, celle de la transition vers l'électrique ? Il reste deux leviers complémentaires : les économies d'énergie, notamment par l'adoption de techniques sobres en plus d'une action sur les comportements, et les énergies renouvelables. Celle-ci, comme toutes les autres, ne sont pas parfaites, et il faut les installer avec discernement, mais le rejet systématique que nous observons et une impasse. Le refus par principe ne permet pas en outre de mettre de l'intelligence dans les nouveaux projets, de mieux les concevoir, et le cas échéant de les éloigner des côtes pour les éoliennes. Aller à reculons vers l'avenir, c'est abandonner tout espoir de le piloter, toute ambition d’en maitriser les contours.
Edito du 20 août 2025
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