En tirant sur le fil de l’écologie
L'écologie se caractérise principalement par une méthode, ou plutôt un état d'esprit. Science des systèmes au départ, elle conserve cette caractéristique quand elle s'élargit à la vie en société de manière générale. Elle nous invite à dépasser les approches linéaires, de type action-réaction ou encore cause-effet, pour entrer dans la complexité des systèmes, avec toutes les interactions possibles, qu'elles soient matérielles ou immatérielles.
Cela n'empêche nullement les approches thématiques, bien au contraire, ça les enrichit, avec toutefois une exigence supplémentaire, à savoir embrasser large autour du sujet abordé, au lieu de l’isoler, comme un esprit cartésien traditionnel pourrait nous y pousser. La méthode dite NEXUS, présentée en décembre 2024 à l’initiative de l’IPBES (le GIEC de la biodiversité) propose de travailler simultanément sur cinq grands sujets intéressant la planète : biodiversité, eau, alimentation, santé et climat, de manière à éviter qu’un progrès ici soit payé cher ailleurs. Prenons deux exemples, à l’échelle plus modeste de nos politiques locales.
Le paysage. Une vision opérationnelle le confine parfois au jardin, et déjà à cette échelle il peut ouvrir sur le monde comme les jardins japonais savent le faire. Les parcs des châteaux traduisaient également une politique et une vision de la société. Le paysage, c'est aussi des grandes unités, une vallée, une plaine, des plateaux, une côte, des vignobles, un centre urbain ou une périphérie, etc. Le paysage traduit l'histoire la géographie d'un lieu où la présence humaine se manifeste de mille manières. Les sociétés évoluent, les techniques et les moyens d’intervention aussi, les besoins et les modes de vie, et même le climat et les conséquences des activités humaines. Le défrichement a permis ici le développement de l'agriculture, mais il a aussi entraîné ailleurs une érosion et, en définitive, une avancée des déserts.
S'intéresser aux paysages, c'est essayer de comprendre comment un pays s'est constitué, les grandes étapes de son évolution, son peuplement, ses atouts et ses fragilités. L'approche est à la fois technique et sensible. C'est la porte d'entrée d’un cheminement vers la connaissance d'un territoire, bien au-delà d'une approche esthétisante à laquelle est parfois réduit le paysage. Tirons sur le fil du paysage et c'est toute une société qui apparaît dans sa complexité.
L’alimentation. La mauvaise alimentation coûte 125 milliards d'euros chaque année à notre système de santé, selon l'institut Montaigne. Nous voilà dans les comptes de la sécurité sociale, bien loin de notre assiette. Le fil de l'alimentation nous conduit à la santé et à son financement, et à bien d'autres aspects de notre vie quotidienne. L’alimentation est un magnifique sujet le développement durable, hélas souvent abordé du mauvais côté, celui de la malnutrition dont sont victimes des milliards d'êtres humains, qui mangent trop, ou pas assez, et souvent mal. Derrière l'alimentation, vous trouverez l'agriculture, de subsistance ou industrielle, avec ses professions, ses méthodes, ses connexions avec l'industrie amont ou aval, et le commerce international, voire la géopolitique. Ajoutons un volet biologique, avec la qualité des sols et des habitats, la variété des espèces sauvages et cultivées, et besoins en eau, source de vie comme chacun sait. C'est aussi une affaire de climat, les émissions de gaz à effet de serre attribuables au système alimentaire se situant au niveau mondial dans une fourchette de 21 à 37% les émissions totales. Et puis la dimension culturelle voire symbolique des habitudes alimentaires comme le repas des Français, reconnu par l’UNESCO comme un patrimoine de l’humanité.
Nous aurions pu choisir bien d’autres fils pour illustrer cette approche de la complexité, qui n’est autre que celle de la vie dans tous ses aspects : l’eau, la santé, déjà évoquées, mais aussi l’habitat, l’énergie et même la diplomatie.
Le développement durable nous conduit à entrer dans la complexité. Il nous évite ainsi les réponses dictées par l’urgence ou la forte visibilité des parties émergées des iceberg, en négligeant l’essentiel et les racines des problèmes, leurs origines, leurs protagonistes et le jeu des acteurs. Il nous incite à trouver les causes profondes des évènements pour trouver les leviers qui permettent de piloter ou du moins à influencer le cours des choses.
Edito du 15 octobre 2025
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