
Un nouveau modèle agricole
On connaît les tensions dans le monde agricole qui donnent le sentiment d’une conciliation impossible entre la majorité des producteurs, qui ressentent une inquiétude croissante sur leur métier, et les militants écologistes, qui sont de plus en plus soucieux de l’avenir de la planète. L’intérêt du livre de Pierre-Marie Aubert (Vers un nouveau modèle agricole, Odile Jacob, 2025, 224 pages, 22,90 €) est de tenter de proposer une voie réaliste entre le maintien d’une manière de faire de plus en plus contreproductive et l’imposition coercitive de mesures qui ne feront qu’aggraver les tensions. Le dossier est extraordinairement complexe, les enjeux étant à la fois sociaux et économiques (revenus, emplois, alimentation saine), géopolitiques et environnementaux (un accent particulier est mis sur la biodiversité, car elle est de grande conséquence sur les cultures). Le cahier des charges est particulièrement riche : assurer un revenu décent au monde agricole, fournir des emplois dans des territoires ruraux menacés de déclin, en proposant une alimentation saine et accessible à tous , contribuer aux équilibres mondiaux, réduire l’impact sur le climat… Le risque serait de trop privilégier le dernier aspect, par exemple en imposant aux éleveurs de réduire leur production sans prendre en compte la baisse de revenus qui s’en suivrait. L’auteur plaide pour une solution agroécologique qu’il définit ainsi : « en s’appuyant plus fortement sur des processus écologiques clés – les cycles biogéochimiques et les relations fonctionnelles entre espèces – elle vise à améliorer la production et à préserver les agrosystèmes par la réduction des dépendances aux intrants que sont les engrais, les pesticides ou les concentrés pour animaux ». Le dernier chapitre du livre s’efforce de montrer que cette démarche est viable, non seulement pour l’environnement et l’alimentation (ce qui ne nécessite pas de démonstration), mais aussi dans les domaines socio-économiques et politiques, ce qui semble moins évident. Il est vrai que le modèle classique semble avoir atteint ses limites, par exemple en matière de rendements. Même l’usage de technologies de pointe (modèle d’intensification durable) n’est pas sans poser quelques problèmes. Le modèle agroécologique est séduisant. Reste à savoir dans quelle mesure il peut être mis en place. Cela demande la coordination de tous les acteurs, paysans, industriels, consommateurs… : « il est difficile d’envisager un changement des pratiques agricoles sans transformation simultanée de l’agro-industrie et des pratiques alimentaires ». Le chantier est vaste !
François Euvé
Rédacteur en chef Revue Etudes. Jésuite. Théologien
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