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Le syndrome du Titanic des métropoles littorales

Valérie Lavaud-Letilleul
Autrement, Editions Flammarion

C'est l'histoire d'un choc, entre deux tendances contradictoires qui se percutent sur un même territoire : des métropoles littorales, au sens large, en l’espèce les grandes agglomérations françaises du littoral ou proches du littoral. C'est là où se concentrent les populations et les activités, sur les côtes elles-mêmes ou à proximité en établissant un lien privilégié avec la côte. Un principe d'attractivité d'un côté, et de l'autre la menace que constitue la mer en ces temps de réchauffement climatique. Cette exposition particulière au risque climatique des métropoles littorales les met en avant-garde de l'ensemble des métropoles qui s'accrochent au terme du résilience pour sortir de la contradiction attractivité/menace. Comment le syndrome du Titanic, la fête pour oublier la catastrophe qui s’annonce, est-il vécu dans ces villes, à la fois métropoles et littorales ?

C’est un travail de recherche qui nous est proposé, issu de la « plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines (POPSU). « Les grandes villes littorales sont devenues les marqueurs urbains de la catastrophe à venir ». En France, c’est le Havre qui est le plus touché, suivi de près par Caen et Bordeaux. Dans le monde, 11% de la population mondiale est exposée aux risques côtiers, inondation par submersion marine, érosion côtière et montée des eaux. Les sites concernés sont nombreux, et donnent déjà des éléments de réponse sur la manière dont les métropoles s’organisent face à la montée des eaux. C’est le cas de Miami, Lagos et Venise, que l’autrice a étudiées « Afin de mettre en lumière les impensés de la résilience urbaine littorale ».

Au commencement était le déni. L’attractivité domine, et ce sont les fronts de mer qui changent de statut et de population. Les zones portuaires et industrielles sont reléguées, avec leurs populations, pour laisser la place à des immeubles de prestige, objet d’opérations financières fructueuses. Puis vient le temps du désarroi, et de l’inaction, avant que son coût ne devienne supérieur à celui de l’action, et à d’autres opérations immobilières, également fructueuses. Les secteurs épargnés par la menace de la mer, sont alors colonisés au détriment des populations modestes qui s’y trouvaient. « Les menaces ne sont prises en compte que tardivement dans les grandes villes littorales, et ce, malgré la concentration de connaissances, de compétences, de technologies, de moyens financiers ».

Aux 3S traditionnels du modèle balnéaire, Sea, sand and sun, l’autrice oppose une nouvelle version, « Sea level, selection and saturation » et démontre que la résilience est un vain mot dans le cas des métropoles littorales. Elle propose de changer de modèle urbain en bord de mer. L’habitabilité devient le maitre mot, et se substitue à attractivité. La construction selon ce nouveau modèle, à partir des habitants « déjà là », passe par le traitement des points de conflits, le port, les zones industrielles, la plage, la mer. En réponse à l’absence d’anticipation qu’elle observe, elle « fixe un nouveau cap pour les trajectoires à venir : la démétropolisation ».

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