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Habiter un climat

Clément Gaillard
Editions Terre Urbaine, collection La fabrique des territoires, 2026

De nombreux ouvrages traitent de l’adaptation de l’habitat au climat. Les approches bioclimatiques de la construction et de l’urbanisme sont anciennes, et nous décrivent les différentes manières d’intégrer la composante « climat » à un projet. Clément Gaillard reprend cet aspect, notamment avec un tour d’horizon de l’architecture vernaculaire. Mais il va plus loin, et nous incite à considérer le climat comme un fait de société. « Le principal obstacle à notre adaptation vient probablement du fait que notre culture moderne a perdu le lien au climat, voire s'est érigé contre lui en voulant le contrôler plutôt que de s'adapter à lui. » Une approche qui rappelle celle de Jacques Ferrier dans son livre « la ville machine » qui dénonce la séparation physique, de plus en plus nette, entre les humains et le monde où ils habitent. Au lieu d’uniformiser et d’artificialiser les milieux de vie, tentons de nous y inscrire tels qu’ils sont et de profiter de leurs spécificités, en retrouvant ainsi l’usage de nos cinq sens.

Clément Gaillard nous invite à prendre acte d’une situation nouvelle : « nos sociétés se sont structurées dans un climat qui n'existe plus. »  Ce n’est pas un drame, au contraire si l’on observe à travers le monde comment les civilisations et le climat se sont apprivoisées mutuellement. « Le changement climatique auquel nous assistons ne détruit pas le potentiel climatique de nos latitudes tempérées, il le transforme. Dans une perspective d'adaptation nous devrons faire avec les contraintes climatiques et les considérer comme des ressources à utiliser ».

C’est dans ce cadre que les techniques, souvent très performantes, que l’histoire et la géographie nous ont léguées à travers le monde, trouvent leur place naturelle, accompagnées, et c’est là une particularité du livre de Clément Gaillard, d’une adaptation de nos modes de vie. Nous le faisons déjà, avec, par exemple, des horaires adaptés au climat, mais nous pourrions approfondir cet aspect et en tirer de nouvelles pratiques. Le climat produit de nouveaux rapports entre culture et technique, en modifiant le champ du possible. Il n’est pas déterministe, bien d’autres facteurs interviennent, mais la nécessité « d’utiliser les ressources climatiques » transforme la manière de le considérer. « Habiter un climat ne se résume pas à savoir s'en protéger ».

Voilà donc une approche « offensive » du développement durable, qui ne retire rien au besoin d’une composante « défensive », mais qui nous apporte une promesse de mieux vivre. Une exigence toutefois pour y parvenir : « Nous devons développer une culture climatique, afin de redonner la juste place au climat dans nos modes de vie ».

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