
Les écolos et l’opinion
C’est histoire d'un échec. Un échec dont sont victimes à la fois ses responsables et aussi toute la société qui pourrait bien être passée à côté d'enjeux essentiels. L'affaire n'est pas encore complètement jouée, il reste des chances de s'en sortir, mais nous avons laissé filer bien des opportunités qui auraient permis d'éloigner le risque d’échec. Un exemple illustre bien le mécanisme qui a provoqué cette situation.
Nous sommes en l'an 2000. Les élections présidentielles aux États-Unis opposent George W Bush (junior) à Al Gore, vice-président sortant et fervent adepte de la cause du climat. Vous connaissez le résultat, une victoire contestable de George W Bush, mais vous avez peut-être oublié qu’il y avait un autre candidat, au nom de l'écologie, Ralph Nader, connu pour ses engagements auprès des consommateurs. Sans lui, Al Gore aurait été élu (1), et la face du monde n'aurait pas été la même, l'environnement et le climat auraient été reconnus au niveau d'une cause existentielle pour l'humanité.
L’écologie n’était d'ailleurs pas une thématique réservée aux démocrates. Richard Nixon avait donné le ton dès 1970 en créant l’EPA (Agence de protection de l’environnement), en promulguant le Clean Air Act et en adoptant un programme environnemental ambitieux.
Pour l'écologie, les élections sont une arme à double tranchant, à manier avec précaution. Un constat d'autant plus préoccupant que l'écologie a nettement progressé dans les esprits sans que les scores des écologistes n’en bénéficient. Le livre « Proche de réussir ? (2) » décrit ces avancées qui ont marqué un demi-siècle d’actions en faveur de l’environnement, depuis, par exemple, la publication du Printemps silencieux de Rachel Carson en 1962 aux Etats Unis, puis en France la loi de 1964 fondatrice d'une politique de l'eau, avec une étape constitutionnelle en 2005. Qu’il s’agisse de climat, d’alimentation, d’énergies renouvelables, de défense des animaux et de la biodiversité, de santé et de bien d’autres concrétisation de l’écologie, les sondages témoignent d’une adhésion largement majoritaire de l’opinion en France. Une adhésion qui transcende toutes les catégories habituelles, au-delà de quelques fluctuations. Jeunes et vieux, femmes et hommes, CSP populaires et cadres supérieurs, urbains et ruraux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, etc. Dans une moindre proportion, les entreprises marquent de plus en plus leur intérêt pour l’écologie. Un vrai succès, qui a du mal à se traduire en victoires politiques au moment où les enjeux climatiques se font plus pressants.
Sans consolidation institutionnelle, les avancées restent précaires, et peuvent vite être réduites ou détournées en cas d’échec électoral. Le backslash écologique que nous observons depuis les progrès de l’extrême droite au Parlement européen et, qui se manifeste en France notamment sous la pression d’une frange bien organisée d’agriculteurs témoigne de cette fragilité. Un vrai problème pour des politiques qui n’ont de sens que dans la durée.
Ce constat n’avait pas échappé à de nombreux sympathisants de la cause, à la veille des dernières élections municipales. Il ne fallait plus se présenter comme écologistes, mais l’être sans le dire. Mettre en avant une politique volontariste pour la nature, l'eau, le bruit, l’énergie, la qualité de l’air, la convivialité et bien d’autres aspects de l’écologie, mais sans s’y référer explicitement. Pour eux, « Ecolo » était devenu un gros mot, sinon un repoussoir. Quel échec pour les écolos ! Une situation qui rappelle le titre du livre de Philippe Lamour « L’écologie, oui, les écologistes, non ». C’était en 1978. Presque 50 ans !
Progresser dans l’opinion, gagner la bataille culturelle, est incontournable, mais encore faut-il transformer l’essai. C’est là que nous voyons comment s’ajustent les idées qui ont progressé et les discours de ceux qui s’en revendiquent. Le décalage que nous observons est peut-être le résultat de l’habilité de ceux qui voudraient que rien ne change, ou de maladresses des représentants officiels de l’écologie, les écolos. C’est peut -être aussi un indice d’une erreur de stratégie de leur part, de la manière de se situer sur l’échiquier politique et institutionnel. Dans tous les cas, un bon sujet de réflexion !
1 - Résultat en Floride, Etat qui était déterminant pour l'issue de l’élection présidentielle : 500 voix d'écart en faveur de Bush, et 100 000 voix pour Ralph Nader.
2 - Proches de réussir ? Un livre de Célia Poncelin et Léo Primard, aux éditions TANA, septembre 2026
Edito du 30 septembre 2026
- Vues : 19


Ajouter un Commentaire