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Nature et préjugés

Marc-André Selosse
Actes Sud, 2024

Le sous-titre du livre nous révèle d’entrée l'objectif de l'ouvrage : « Convier l'humanité dans l'histoire naturelle ». Une histoire où nous sommes de fait mais que nous connaissons mal, que nous observons à travers de nombreux filtres qui faussent notre vision de la nature. Les préjugés sur cette dernière sont hérités de la tradition, d'histoires personnelles, d'anecdotes et de recettes transmises de génération en génération, et qui nourrissent notre imaginaire. Une autre observation, celle de la science, permet de revisiter cet imaginaire peuplé de préjugés, et de remettre les pendules à l'heure. Une entreprise qui doit nous permettre de nous sentir à l'aise dans cette histoire naturelle qui nous fait parfois un peu peur. C'est que le « progrès » nous a éloigné de la nature en créant des univers artificiels pour nous protéger. Marc-André Selosse nous donne l'occasion de nous sortir de cette situation inconfortable. Il nous donne quelques clés de compréhension du monde auquel nous appartenons, et de faire en sorte que « s’estompe la distinction illusoire entre nature et société ». Des clés qui peuvent nous surprendre, nous interpeller, mais qui se révèlent de véritables « clés des champs » libératrices.

Marc-André Selosse a choisi de nous raconter des histoires, une dizaine d’essais qui mettent en scène les préjugés dont il entreprend de nous débarrasser. Par exemple, l’idée que l’évolution des espèces est terminée. Elle est toujours en cours, avec deux volets qui s’entremêlent et s’influencent mutuellement, une évolution biologique et une évolution culturelle. Ou bien, la croissance de la population mondiale. Oui, c’est un problème à terme, mais bien moins important que les écarts monstrueux de consommation selon les types de population. Ou encore la science n’est pas infaillible. « Oui, elle a ses ignorances, mais celles de l’opinion ou des idées reçues peuvent être plus grandes encore ».

En conclusion de cette « odyssée au cœur de la nature », selon l’expression d’Erik Orsenna dans la préface, Marc-André Selosse insiste sur le besoin « d’incorporer davantage l’homme à la nature ». Il prend l’image d’une notice, une sorte de mode d’emploi du monde, dont nous n’aurions trouvé que quelques fragments. Nous ne savons pas tout, nous transformons notre environnement, tout comme les autres espèces, mais ces fragments « suggèrent des façons dont nous pouvons en retour être utiles à notre environnement ». Après un éloge vibrant de l’interdisciplinarité, il lance un appel à ce que les sciences du vivant soient intégrées à l’éducation dès le plus jeune âge, en bonne place dans l’apprentissage du « savoir vivre ».

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