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Les assoiffeurs

Fabien Benoit et Nicolas Celnik
Editions Les liens qui libèrent, 2026

« Il n’y a pas de guerre de l’eau » nous disent les auteurs, mais ça ne nous rassure pas quand ils ajoutent : « Ce n'est pas la raréfaction de l'eau qui cause des tensions, mais les rapports de force politiques qui se cristallisent autour de la question de l'eau, attisé par la soif de quelques acteurs économiques ». Il y a bien un problème, mais il ne se trouve pas où nous l’attendons. Il s’agirait plutôt d’une « guerre contre l’eau ».

Il y a longtemps que les milieux scientifiques nous alertent sur la question de l'eau dans le monde, ressource limitée et par conséquent convoitée par quelques intérêts économiques ou politiques. Ressource exploitée et polluée sans vergogne et dont le processus de dégradation semble bien enclenché selon Fabien Benoit et Nicolas Celnik. Plusieurs moteurs sont l’œuvre dans ce processus.

D'abord un sentiment d'emprise exercé par des groupes sociaux ou économiques. Ils ont pris le sujet en main et exercent sur les pouvoirs publics une influence malsaine. Deux exemples pour illustrer ce phénomène, l'agriculture industrielle et les embouteilleurs d’eau minérale. Des secteurs qui ont adopté une stratégie au long cours qui produit ses fruits aujourd'hui, avec les méga-bassins par exemple, et avec comme trophée le concept d'intérêt national majeur, obtenu paradoxalement dans le cadre d'une loi « Industrie verte » du 23 octobre 2023. Soyez assez habiles pour obtenir ce label et vous verrez subitement tous les obstacles administratifs tomber par magie, avec la bénédiction des pouvoirs publics et leur complicité active. « C'est une poignée d'irrigants de maïs (…) ; ce sont des embouteilleurs qui préfère construire les aqueducs après avoir asséché les nappes plutôt que modérer leur prélèvement d'eau, » tout en développant des campagnes de communication pour décrédibiliser l’eau du robinet et accroître leur marché.

A ces secteurs engagés depuis des années, s’ajoutent aujourd’hui de nouveaux entrants, comme les data centers avec leurs besoins extraordinaires d’eau, qui a l’avantage de ne pas couter cher et d’économiser de l’énergie. « 6 à 7 fois moins cher que le recours à la climatisation », avec une eau pure. L’électronique et la fabrication de semi-conducteurs complètent ce paysage. Autant d’acteurs qui s’inscrivent par nature dans le « progrès » et bénéficient ainsi des faveurs des pouvoirs publics.

Autre levier de cette guerre contre l’eau, idéologique cette fois, le « technosolutionnisme ». La technique résout tout. Un discours tenu par les entreprises traditionnelles de la distribution d’eau, qui préconisent des techniques de plus en plus sophistiquées, de plus en plus chères, plutôt que l’action à la source, si l’on peut dire, de solutions « fondées sur la nature » qui coûtent bien moins cher. « Prévenir coûte en moyenne 5 à 10 fois moins cher que guérir », mais c’est autant de PIB en moins, et autant de chiffre d’affaires en moins pour les entreprises de la dépollution.

Ajoutons que cette évolution met à mal la « démocratie de l’eau », où les intérêts économiques immédiats sont sur-représentés par rapport aux tenants de la nature et du long terme.

Cette enquête de Fabien Benoit et Nicolas Celnik révèle une situation qui semble désespérée pour une ressource qui est promise à prendre la place du pétrole dans les enjeux géopolitiques de demain. Mais « des alternatives existent. À travers la France et l'Europe, des groupes de chercheurs, d'expérimentateurs, de penseurs, essaie de tracer d'autres voies, et montrent que celle-ci sont pleines de promesses ». Tout espoir n’est pas perdu !

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