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Notes de lectures


Vous trouverez dans cette rubrique des réflexions et analyses inspirées de livres ou rapports que j’ai eu entre les mains. Des ouvrages pas forcément sur le développement durable, mais qui méritent d’être regardés avec les lunettes du développement durable. On trouvera ainsi, dans l'ordre d'apparition à l'écran

 

ISO 26000, responsabilité sociétale, Coprendre, déployer, évaluer, ouvrage collectif, AFNOR 2010

Un savoir faire de bergers Ouvrage collectif coordonné par Michel Meuret
Une vie en plus.
La longévité, pourquoi faire ? Joël de Rosnay, Jean-Louis Servan-Schreiber, François de Closets, Dominique Simonnet
Nourrir l’humanité,
Bruno Parmantier

Nourrir la planète, Michel Griffon

Regards sur la Terre 2010, sous la direction de Pierre Jacquet, Rajendra K. Pachauri, et Laurence Tubiana

Droit de l’environnement, Pascale Martin-Bidou
Inventer les viles-natures de demain... Gaëlle Aggeri

Les manchots de la République, Yann Libessart

Gouvernance des biens communs, Elinor Ostrom

L’économie verte, Sous la direction d’Olivia Montel-Dumont

Vacances à vélo, le guide 2010/2011. Isabelle Lesens et Arthur David

Regard sur la ville durable, Vers de nouveaux modes de vie, Alain Maugard et Jean-Pierre Cuisinier
Housing platform

L’intelligence du stress, Jacques Fradin
Vie et mort de la population mondiale, Hervé le Bras
Eco-tech, Moteurs de la croissance verte en Californie et en France, Anne Sengès

L’avenir de notre industrie ! Construire une mondialisation durable, Jacques Leger
Horizons 2030-2050, Lettre de la mission Prospective du Commissariat général au développement durable
La ville écologique - contribution pour une architecture durable, AS. Architecture-Studio
Les écoquartiers, Pierre Lefèvre et Michel Sabard
Ecoquartiers : secrets de fabrication Analyse critique d’exemples européens, Taoufik Souami
Ambition d’art de vie, Jean-Pierre FAYE
Et pour quelques degrés de plus, Christian de Perthuis

Le bilan de compétences, Michel Joras
Ambiances, densités urbaines & développement durable, Elisabeth Pélegrin-Genel et François Pélegrin
In the bubble, de la complexité du design durable, John Thackara
La géopolitique de l’émotion, Dominique MOÏSI


Toutes les notes de lecture que les internautes voudraient me communiquer seront les bienvenues.



ISO 26000, responsabilité sociétale, Coprendre, déployer, évaluer

ouvrage collectif (8 auteurs)
AFNOR 2010




Le monde de la normalisation n’est ni figé ni uniforme. Il est en prise avec la vie réelle, et s’adapte aux nouvelles exigences. La publication en novembre 2010 de la norme ISO 26000 illustre la vitalité de ce monde, de sa capacité à répondre aux attentes de la société.
L’ouvrage des experts réunis par l’AFNOR nous éclaire sur la norme ISO 26000, mais aussi sur cette diversification des normes. Le chapitre sur l’historique et le contexte présente l’évolution de la normalisation, et l’influence que le Développement durable et un de ses aspects les plus significatifs, la gouvernance, exerce sur cette progression. On appréciera notamment la description du processus, et des négociations qui ont conduit au consensus. Il y a là aussi de la diplomatie à l’œuvre.
Quant à la norme ISO 26000elle-même, elle « ne redéfinit pas les missions des organisations(1) mais les invite à élargir leur considération aux autres dimensions, qui ne sont inhérente à l’objet social de l’organisation ». Une des conséquences de cette approche est « d’internaliser le coût des dégradations des biens publics ».
La démarche est décrite « pas à pas », « très proche des classiques démarches managériales ou de conduite du changement ». 7 principes régissent le dispositif : Redevabilité, transparence, comportement éthique, reconnaissance des intérêts des parties prenantes, respect du principe de légalité, prise en compte des normes internationales de comportement, respect des droits de l’Homme.
La norme ISO 26000 n’est pas rectifiable, compte-tenu de la diversité des situations et des réponses possibles pour progresser. Une évaluation des objectifs atteints n’en est pas moins possible, et l’AFNOR a développé des méthodes à cet effet. Elles sont présentées à partir du modèle d’évaluation AFAQ 1000NR, en cours d’élargissement pour répondre aux exigences d’ISO 26000. Elle deviendra alors AFAQ 26000. L’ouvrage, et notamment cette dernière partie consacrée à l’évaluation est abondamment illustré d’exemples.
Excellent ouvrage, qui aidera les responsables d’organisation à décliner concrètement chez eux le concept de développement durable, dans un cadre consolidé et pédagogique. Un guide précieux.
1 - Dans le vocabulaire de la normalisation, on appelle organisation une entité constituée, quel qu’en soit le statut, entreprise, collectivité publique, ONG, etc.




Un savoir faire de bergers
Ouvrage collectif coordonné par Michel Meuret
Educagri éditions/Quae 2010

 



Voici un ouvrage doublement passionnant du point de vue du développement durable. D’une part par le recueil des expériences et savoirs des bergers, et d’autre part par sa signification en termes de gouvernance et de capital collectif, de patrimoine de l’humanité, comme on dit à l’UNESCO.
L’histoire de ce livre est éloquente à ces deux titres. Ce sont les américains qui l’ont souhaité, démunis qu’ils se considéraient face à une impasse de l’élevage en enclos. L’approche pastorale leur est apparue une voie d’avenir, mais ils en avaient perdu la culture. Il fallait la chercher ailleurs, en Afrique, en Europe. La France dispose encore de ce capital de savoir-faire, et le voilà présenté à partir de travaux scientifiques et de témoignages.
Les approches sont multiples. Les pratiques des bergers sont analysées et ont permis de préparer un MENU, modèle de « pilotage » des troupeaux. Les objectifs et les contraintes doivent être intégrées dans la conduite du troupeau : une bonne alimentation dans des terrains variés, ce qui suppose une stimulation des appétits des bêtes, et une bonne organisation des parcours ; l’approche écologique de bonne gestion des territoires, notamment des espaces dits « naturels » qui ont besoin d’être pâturés pour s’enrichir ; les usages multiples de la nature et la cohabitation parfois délicate entre randonneurs et troupeaux ; le retour de grands prédateurs comme le loup et l’ours.
L’aventure humaine et les conditions de vie des bergers, leur origines, souvent urbaines, et leur formation complètent cet ouvrage aux aspects à la fois techniques, économiques et sociaux. Un livre qui devrait aussi intéresser le monde politique, par l’analyse du rapport entre le troupeau et le berger : il y a là aussi des leçons de « bonne gouvernance » à aller chercher.


Une vie en plus. La longévité, pourquoi faire ?
Joël de Rosnay, Jean-Louis Servan-Schreiber, François de Closets, Dominique Simonnet
Editions du Seuil, 2005



Voilà un livre qui illustre parfaitement la difficulté à s’extraire des modèles du passé. Un livre remarquable, où Joël de Rosnay et Jean-Louis Servan-Schreiber nous exposent magistralement la nouvelle donne de l’humanité. Nous allons vivre beaucoup plus vieux, le mouvement est déjà bien parti, et en plus, nous vivons en bien meilleure forme que nos aïeux. Nous vieillissons bien, et les auteurs ne sont pas avares de conseils pour nous aider à en profiter. C’est bien une « vie en plus » qui nous est proposée. Notre corps comme notre esprit sont prêts à assurer cette période nouvelle, inconnue de nos parents et dont il faut inventer le « mode d’emploi ». On trouvera dans cet ouvrage une présentation de ce que la science nous enseigne sur notre longévité, et c’est vraiment une excellente nouvelle.
La difficulté vient du volet économique et social. Bien sûr, notre société doit s’adapter à cette nouvelle situation, et il serait ridicule de vouloir ne rien changer. Mais François de Closets, un esprit pourtant éclairé, ne parvient pas à sortir des ornières habituelles du discours sur le vieillissement. Il s’agit de prolonger la vie active, en culpabilisant au passage les actuels retraités, surtout les plus jeunes d’entre eux, qui auraient profité d’une conjoncture exceptionnelle sans pour autant préparer l’avenir (l’évolution spectaculaire de la productivité du travail humain n’est même pas évoquée). L’idée de la « vie en plus » s’est perdue, une vie qui doit être riche et productive pour la société, sous des formes nouvelles. François de Closets ne pense que prolongation, et non nouvelle période de la vie, à organiser spécifiquement. Une simple prolongation serait nécessairement limitée, et ne provoquerait guère de créativité. Les capacités décrites dans les deux premières parties resteraient en friche. Il y a dix ou quinze ans de vie sociale à gagner, il faut leur trouver le cadre adapté à leur épanouissement (Voir la note « Quatrième » dans ce site).
Habilement sollicités par Dominique Simonnet, les trois témoignages constituent une somme passionnante, au cœur du débat sur les retraites, dont on a vu dans ce site qu’il devrait être intégré dans un autre débat, plus large, celui du vieillissement. Il reste des pages à écrire sur la manière dont la société fera un bon usage de ce cadeau, pour le bonheur des individus comme pour celui de la collectivité.


Nourrir l’humanité
Bruno Parmantier,

La découverte, 2007 et 2009



Un des intérêts de cet ouvrage est sa double date, première édition en 2007, et seconde deux ans plus tard. La postface de la livraison 2009 retrace en quelques pages l’évolution du sujet entre les deux versions, ce qui ajoute un caractère dynamique à l’excellent tableau dressé par l’auteur. Il s’agit du défi de l’alimentation du monde, 9 milliards d’humains en 2050, alors que nous peinons aujourd’hui à en nourrir un peu plus de 6 milliards. 2007 est une année charnière, marquée par une crise profonde de l’agriculture mondiale : nous sommes passés d’une situation d’abondance (pour certains pays seulement, certes) à une situation de manque (léger excédent de la demande mondiale sur l’offre). Il n’y a pas que le Peak oil, il y a aussi le peak cérales, pourrait-on dire, mais ce dernier est réversible, ce qui change tout.
Cette étude reprend l’analyse développée par Michel Griffon en 2006 dans Nourrir la planète et présentée sur ce site (juste au-dessous). La révolution « doublement verte » a semble-t-il gagné en nécessité au cours des dernières années, sinon en crédibilité. Comment développer une agriculture à la fois intensive et respectueuse des hommes (les paysans en premier lieu) et de la nature ? Un tour d’horizon historique et technique des pratiques agronomiques disponibles ou en préparation permet d’entrevoir les solutions envisageables et les conditions de leur succès. L’auteur développe particulièrement les aspects institutionnels. Comment se forgent les prix, les subventions, les spéculations, les échanges entre régions du monde, le commerce et le rôle des distributeurs. 
Nourrir le planète et Nourrir l’humanité, des approches différentes, mais même combat !



Nourrir la planète
Michel Griffon,

Odile Jacob, 2006



Un livre de référence. Comment nourrir les 9 milliards d’êtres humains que nous serons en 2050 ? Les espoirs de la « révolution verte » ont atteint leurs limites. Accompagnés de mesures sociales et économiques, cette politique a donné de réels résultats dans certains pays comme l’Inde. Elle est restée sans effet majeurs dans d’autres comme l’Afrique, en partie à cause de l’abandon d’aides, condamnées au titre des ajustements structurels. La révolution verte misait sur une forte technicité et des moyens d’investissement, ce qui a laissé sur le bord de la route une part importante de la paysannerie, sacrifiée, en plus, pour maintenir une paix sociale dans les grandes villes. Ajoutons les limites environnementales de la révolution verte, fortement consommatrice de biens industriels et polluante. Il faut trouver autre chose.
Michel Griffon explore méticuleusement tous les aspects de la question. Les besoins, leur composition, leur évolutions possibles ; les manières d’y répondre, augmentation des surfaces cultivées, augmentation des rendements. Au-delà des réponses techniques, apparaissent très vite les aspects socio-économiques, le statut des paysans, leur accès à la terre. La solution qui ressort de ces analyses, la révolution « doublement verte », tente de combiner haute productivité des sols et respect de l’environnement, en s’inspirant de la citation de Francis Bacon : « Pour faire servir la nature aux besoins des l’homme, il faut obéir à ses lois ». Une orientation qui doit être portée par les agriculteurs, ce qui suppose une politique de dynamisation des ces milieux, souvent sacrifiés. UN changement de politique à la fois économique, social et environnemental. Le développement durable est là, dans tous ses états.


Regards sur la Terre, L’annuel du développement durable,

sous la direction de Pierre Jacquet, Rajendra K. Pachauri, et Laurence Tubiana

Les Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 2010


Cette somme impressionnante d’informations est composée de 3 parties ; deux traditionnelles sur les faits marquants et les repères de l’année, et entre les deux, en sandwich, un dossier consacré cette année au phénomène urbain sous le titre : Villes, changer de trajectoire. Voilà un dossier très complet qui aborde les nombreux aspects de la question, dans les pays du Nord et ceux du Sud, en passant par les pays émergents, la Chine, l’Inde, le Brésil. La question foncière, les ressources naturelles et les relations entre la ville et sa campagne, les flux, l’accès à l’eau et l’efficacité énergétique, la gouvernance, le financement de la ville et la ségrégation, les analyses sont multiples, et confiées à des experts qui savent nous passionner. Il est rare de trouver ainsi regroupées toutes les approches de la question urbaine. Je ne sais pas si la fameuse boutade « La ville n’est pas un problème, c’est la solution » est juste, mais le panorama des enjeux décrits dans cet ouvrage montre la complexité technique et politique de cette « solution ». Des voies existent, et même des opportunités, pour que les « villes deviennent des cités ».


Droit de l’environnement,

Pascale Martin-Bidou,

Vuibert, collection Dyna’sup Droit



J’ai pris grand plaisir à préfacer ce livre, qui présente un paysage souvent aride sous un angle ouvert, qui permet au lecteur de mieux situer sa propre vision des choses. Le « droit de l’environnement » permet une approche originale de l’environnement, de son histoire, des cultures qui le portent ou le combattent. Un droit "carrefour" confronté aux logiques d'autres droits plus anciens, chacun installé sur sa spécialité, commerce, construction, industrie, etc. Pascale nourrit son ouvrage, panorama 2010 d’un droit en évolution permanente, d’un ancrage dans l’histoire, et du souci de l’efficacité de ce droit bien particulier. Les sources du droit de l’environnement, françaises, européennes et internationales sont détaillées, pour aider à mieux comprendre les concepts de référence et l’organisation des institutions. La présentation de l’état du droit dans les différents domaines (protection de la nature, pollutions, etc.) est accompagnée d’un chapitre sur les responsabilités et la réparation. 
Les étudiants en droit y trouveront leur bonheur, mais aussi les praticiens qui cherchent, dans leur travail quotidien, à inscrire leur approche dans la perspective, à la fois juridique et culturelle, du développement durable.


Inventer les villes-natures de demain… Gestion différenciée, gestion durable des espaces verts
Gaëlle AGGERI
Educagri éditions, 2010


Au départ, il s’agit des espaces verts, mais Gaëlle Aggeri nous emmène bien plus loin. La gestion différenciée des espaces verts (voir sur le site le mot Différent) constitue bien une approche du développement durable. Elle conduit à s’interroger sur les usages, les pratiques, les souhaits des habitants d’une ville, de manière à rechercher la manière la plus appropriée d’y répondre. L’ouvrage commence par un historique de ce mouvement, une généalogie d’idées depuis 40 ans. Il a fallu changer bien des mentalités, et l’émergence d’un nouvel imaginaire social de la nature y a joué un rôle déterminant. En France, après quelques villes d’Europe du Nord, trois villes furent pionnières à partir des années 1980, Rennes, Orléans et Paris. L’histoire décrite par Gaëlle Aggeri avec de nombreux témoignages permet de voir se forger la gestion différenciée, fondée sur trois piliers : philosophie, conception, et gestion. L’ouvrage présente comment se distinguent trois types de gestion, le repère de la nature horticole, l’idéal d’une nature champêtre et l’exploration de la nature sauvage, avec leurs significations et leurs caractéristiques. Au-delà, c’est toute l’évolution d’un secteur qui est en marche, avec de nouveaux matériels, une autre approche de la végétation, l’irruption d’une nouvelle confrontation entre nature et culture. On le sent tout au long de l’ouvrage, l’espace vert introduit la ville dans son ensemble. C’est la relation entre la ville et le végétal, et par suite avec la biodiversité qui est le véritable enjeu. Un livre qui éclaire le chemin vers la ville nature.


Les manchots de la République, Un an aux Kerguelen

Yann Libessart, Préface d’Isabelle Autissier
Les Petits matins, 2009



Un journal de bord, tenu par le chef du district des Kerguelen, Disker dans le jargon local, d’aout 2007 à août 2008. Un regard sur les hommes et la nature dans cette France australe, les TAAF, terres australes et antarctiques françaises. Une île grande à peu près comme la Corse, juste un peu plus petite, et dont la population a culminé à 240 personnes, en 1975, année où « Port aux Français prit des allures de Baïkonour ». Port aux Français est le siège de cette communauté composée aujourd’hui d’une soixantaine de résidents, administratifs, scientifiques, techniques, sanitaires, agricoles, etc. qui peut grossir jusqu’à la centaine en été austral, pour des programmes particuliers de recherche.
Yann Libessart décrit la vie quotidienne de ce micro-peuple, et il en profite pour nous rapporter les rêves et les phantasmes que ces îles lointaines ont pu provoquer, à commencer par ceux de leur découvreur, Yves de Kerguelen, à la recherche de nouvelles Amériques à offrir à Louis XV. Une terre à exploiter au profit de la France, à défendre contre ses ennemis et autres pirates qui viennent piller ses ressources marines. Stations baleinières et exploitation de l’huile des animaux marins, tentative d’exploitations agricoles originales avec moutons, mouflons et rennes, sans oublier les truites et les ombles dans les rivières, recherche de minerais, et le fameux pas de tir pour des expériences curieuses sur les aurores boréales. Autant d’initiatives qui ont marqué ce territoire loin de tout, où savants du CNES, d’Intercosmos et de la NASA ont cohabité pacifiquement en pleine guerre froide. Beaucoup de projets sans suites, heureusement, tels que le projet de centre de détention envisagé au moment de l’abolition de la peine de mort en France.
Ne subsistent aujourd'hui que deux grandes activités, la pêche, ou plutôt la protection de la zone de pêche dans la plus grande ZEE (zone économique exclusive) de France, et la recherche scientifique. Celle-ci revêt de multiples aspects, les plus populaires, biologiques, avec les manchots, les albatros, et autres éléphants de mer, et les autres, sur les mouvements des masses d’air et d’eau. Le réchauffement climatique est au cœur de ces programmes, mais pas uniquement : la présence de milieux protégés des influences de la vie industrielle, offre des points de référence pour mieux comprendre le fonctionnement des organismes vivants et leur comportement face à des intrusions diverses.
Un livre bien documenté, une entrée en matière vécue dans un univers unique, et qui témoigne, comme le relève Isabelle Autissier, de « l’enthousiasme, voire la passion, et toujours la nostalgie que ces îles suscitent parmi ceux qui ont eu le privilège d’y séjourner ».


Gouvernance des biens communs, Pour une nouvelle approche des ressources naturelles
Elinor Ostrom Editions de Boeck Université Bruxelles 2010 pour l’édition en langue française



C’est une tragédie qui est à l’origine de ce livre, publié il y a 20 ans aux Etats-Unis (Cambridge university Press, 1990), et remis au goût du jour par le prix Nobel que son auteure a reçu en 2009. La tragédie des biens communs, ces biens qui n’appartiennent à personne ou à tout le monde, comme les poissons dans les océans ou les prés communaux de nos villages. La théorie pourrait se résumer en un « travailler plus pour gagner moins » provocateur. Chacun essaie de tirer le maximum de profit de ces biens en libre accès. La pression qui en résulte sur lesdits biens finit par les appauvrir ; le revenu que chacun en tire diminue inexorablement. La salinisation de nappes littorales, la surpêche et le surpâturage illustrent cette tragédie, qui peut être revue à un niveau général, planétaire, avec notre atmosphère, la biodiversité et les océans, biens communs de l’humanité. Le jeu naturel des acteurs nous conduit à l’impasse.
Deux types de réponse sont souvent préconisés, pour corriger le jeu des acteurs et éviter le pire : la régulation centralisée, et la privatisation. Elinor Ostrom nous ouvre une troisième voie, la gouvernance des biens communs par les intéressés. Ce n’est pas une affaire simple, les échecs sont nombreux et elle les analyse à partir d’exemples variés, sur la gestion de la ressource en eau en Californie, en Espagne ou aux Philippines, sur des terrains communaux en Suisse ou au Japon, ou encore sur des droits de pêche en Turquie.
Elinor Ostrom en tire quelques règles à respecter pour organiser cette gouvernance et la faire vivre dans le temps, tout en montrant l’intérêt de cette gestion fine, au plus près des acteurs. On notera notamment 8 principes de conception communs aux institutions durables de ressources communes, au premier rang desquels figure l’exigence de limites clairement définies. Des règles simples, à adapter à chaque contexte. 
Un livre de référence dans la recherche d’une nouvelle gouvernance pour notre planète et ses richesses, mal réparties et mal valorisées face aux défis qu’il va falloir relever au cours de ce 21e siècle.


L’économie verte
Sous la direction d’Olivia Montel-Dumont
Cahiers Français n°355, mars-avril 2010 La Documentation Française


Un ouvrage à signaler, qui présente un vaste panorama des réflexions actuelles sur le développement durable, dans sa dimension économique. De nombreux auteurs ont apporté leur contribution, avec des approches complémentaires : comment mesurer la croissance, les instruments économiques, la ville durable, la globalisation, les emplois verts, le rôle des acteurs publics et privés, les engagements internationaux. On y trouve les propositions de la commission Stiglitz comme des analyses sur la gestion des ressources naturelles et les effets des scénarios de maîtrise des émissions de gaz à effet de serre. Un très riche recueil de textes, un parfait « fond de dossier » pour entrer dans l’univers du développement durable.


Vacances à vélo, le guide 2010/2011.

Isabelle Lesens et Arthur David

Ed. Artisans-voyageurs, les Landes, 49170 Saint-Germain-des-Prés. 158 pages, 15 euros.

http://www.artisans-voyageurs.com

vacances à vélo le guide 2010-2011


Isabelle Lesens nous présente son ouvrage :
Quoi de plus cohérent pour l’écologiste que de voyager à vélo ? Aller à pied, certes, mais le vélo porte les bagages et permet de parcourir  4 fois plus de kilomètres sans fatigue. Isabelle Lesens et Arthur David viennent de publier ce premier Guide de vacances à vélo, bourré de conseils sur le choix du matériel, bien  sûr, mais aussi propre à vous faciliter les choses : comment trouver  un hébergement chaque soir, comment prendre le train avec les vélos,  où louer des vélos, avec qui partir… et où ? les auteurs proposent une dizaine d’itinéraires en France et en Europe, tous testés, tous faciles y compris avec les enfants ou si l’on n’a pas encore l’habitude du vélo. Tous les détails pratiques y sont, sources d’information, liaisons ferrées, distances, connexions avec d’autres  
itinéraires…
Un bon moyen de redécouvrir la philosophie du nomadisme…

Les auteurs seront sur RCF (radios chrétiennes francophones) http://www.rcf.fr/ :

- Le temps de dire, émission de Stéphanie Gallet, mardi 8 juin de 10 h 30 à 12 h
- Equateur, émission de Teddy Follenfant, mercredi 9 juin à 13 h 07 et à 18 h 15; jeudi 10 juin à 6 h 00; samedi 12 juin à 16 h 30 sur RCF


Regard sur la ville durable
Vers de nouveaux modes de vie
Alain Maugard et Jean-Pierre Cuisinier
Editions CSTB, 2010


Le mode de vie, tel est le thème central de cet ouvrage, bien plus que la ville.  Celle-ci devient alors « un laboratoire du changement ». Celui-ci ne s’impose pas, même si les contraintes le rendent incontournable. Il faut en sortir « par le plaisir », « prouesse que le marketing a été capable de faire depuis un demi-siècle. Plus rapide que l’éducation, mais bien plus éphémère et superficiel, il lance des modes qui se transforment rarement en modes de vie durables. Mais c’est une impulsion qui, si elle est soutenue par des marchés vivaces, peut accélérer le rythme du changement ». Le « regard » d’Alain Maugard et de Jean-Pierre Cuisinier prend à contre-pied les discours classiques, « le mode de vie change la ville ».Ils se font les apôtres du concept d’intensité, en le rapprochant de la qualité et du besoin d’accès multiples et faciles aux services dont chacun a besoin (ou envie), bien plus utiles que la propriété. Nous sommes bien en route vers de nouveaux modes de vie, pour reprendre le sous-titre de l’ouvrage.
A la morphologie de la ville, les auteurs ajoutent son métabolisme. Celui-ci traduit les bilans de nos modes de vie, en incorporant la mobilité, le commerce, toutes les fonctions que l’on trouve dans une ville, avec des ressources utilisées pour les assurer. Ces fonctions ne sont plus observées séparément, mais comme différentes facettes du même phénomène. Des réponses originales peuvent alors être trouvées, comme la captation d’énergie dans les eaux usées ou l’air vicié des parkings. La densité, pour beaucoup critère absolu  pour la durabilité, devient relatif : « se dire qu’il y a des villes et des zones d’habitations qui ont une certaine densité et qu’il s’agit de leur donner une attractivité tout en diminuant progressivement leur empreinte écologique ». Les moyens modernes de communication changent le paysage, la distance prend une autre signification, l’accès aux services et aux relations sociales, apanage des villes traditionnelles, prend de nouvelles formes.
Un livre de convictions, d’une part de la nécessité de changer, et du fait que ça peut être un plaisir, et d’autre part, que la ville et le mode de vie en ville seront des moteurs de ces changements. Des convictions argumentées, et agrémentées de quelques pistes pour l’action.

 

 

 

Housing platform
Plateforme d’échanges sur le coût de la construction et la qualité des logements collectifs
Editions du pavillon de l’Arsenal, 2009

 


Il y a trop d’auteurs, puisqu’il s’agit d’une réflexion menée à l’initiative d’ING Real Estate Development France avec le soutien du Pavillon de l’Arsenal, le 13 Octobre 2008. Sachez qu’il s’agissait de comparer les prix et les conditions de conception et de réalisation d’une douzaine de projets, 6 français et 6 ailleurs en Europe, et que les principaux protagonistes étaient présents, 70 professionnels dont, bien sûr, les architectes.
« Pourquoi le logement est-il, en France, moins confortable, plus petit et plus cher  que chez nos voisins européens ? » Dure question, qui nous projette en pleine durabilité, puisque le logement apparait en France moins bon sur trois paramètres que l’on peut rapprocher des fameux 3 piliers du développement durable.
Les opérations sont décortiquées, et présentées deux par deux dans six tables rondes, avec leurs modalités de montage du début à la livraison, la manière dont le projet s’est déroulé et l’investissement des acteurs, et une analyse des prix, du foncier à la commercialisation. Après l’éloge de la simplicité, qui ne semble pas être la qualité première des ouvrages français,  vient la chasse aux surcoûts sans intérêt. Beaucoup de dépenses évitables sont ainsi pointées, comme le prix de la commercialisation, équivalent en France aux honoraires de l’architecte, ce qui semble bien exagéré. Au constat aussi des contraintes d’urbanismes d’un autre temps, des rigidités de toutes natures, notamment culturelles, les exigences particulièrement fortes en France sur l’accessibilité des handicapés, le prix des assurances et beaucoup d’interrogations qui restent ouvertes, avec des observations contradictoires sur l’intérêt des marches en entreprise générale ou en lots séparés.
Mais l’intérêt de ce petit livre est sur la manière de travailler, tous ensemble les différents intervenants. Permettez à un ancien président de l’association HQE de trouver là une parfaite illustration de ce que l’on appelle le management des opérations. « Les architectes sont plus libres dans leur dessin quand la HQE est intégrée tôt ». Tout y est, à commencer par  la meilleure intégration des équipes de maîtrise d’œuvre, y compris l’économiste.  « L’ingénierie doit commencer très en amont pour éviter aux architectes d’ajouter de la technique au lieu d’inclure les fondamentaux d’un logement écologique ». Une intégration aussi de l’entreprise, en  contradiction toutefois avec  le besoin d’un programme très détaillé pour consulter les entreprises. Deux exigences bien compréhensibles, mais comment les conjuguer ? Le coût global est aussi présent, tout comme les incitations à l’innovation « pourquoi ne pas créer un fonds de garantie pour les innovations de développement durable ? ». Associer le futur gestionnaire dès les premières étapes du projet figure également comme une condition du succès, tout comme le besoin de prendre le temps nécessaire pour les études, qui contraste avec celui demandé pour les travaux, qui doit être aussi court que possible.
Cette étude à partir des coûts recoupe sur tous les points la réflexion sur la qualité, et les moyens de l’obtenir. Formidable coïncidence, la recherche d’économies et celle de la qualité obéissent aux mêmes lois. Elles ne seraient pas antagonistes, comme on le dit souvent, mais filles de la même rigueur, du même souci d’associer tous les acteurs le plus tôt possible. Une bonne gouvernance de projet.
Conclusion personnelle sur la HQE. Elle est souvent présentée à partir des « 14 cibles », vous aurez compris que c’est une erreur. C’est avant tout une manière de conduire les projets, les 14 cibles n’étant que des repères proposés aux acteurs pour coordonner leurs efforts, un langage commun pour se fixer des objectifs ambitieux.

 



L’intelligence du stress
Jacques Fradin
Eyrolles, 2008


stress

Si le développement durable est un pari sur l’intelligence, cet ouvrage est assurément bien utile. Il concerne la manière dont nous mobilisons nos neurones. Le stress est le signal que ça ne fonctionne pas bien, que l’on se trompe de zone du cerveau à stimuler pour résoudre un problème. Le stress se manifeste par la fuite, l’agressivité ou l’inhibition, selon les situations, et on voit bien qu’aucune de ces attitudes n’apporte de solution durable.

Revenons à nos cerveaux. Pour faire vite, on distingue deux parties. La première pour les questions simples et celles que l’on a déjà connues, pour lesquelles on a des réponses toutes faites. C’est la plus ancienne dans notre cerveau, genre reptilien, très proche de nos réflexes, c’est le siège de nos acquis. Ses réponses sont automatiques, binaires (vrai/faux, etc.). Elle fonctionne selon six registres : Routine (néophobie), Refus (rigidité), Dichotomie (simplification, dualité), Certitudes (sensation de réalité), Empirisme (focalisation sur les résultats) et Image sociale (grégarité).  Quand on fait appel à cette partie du cerveau, on adopte un « mode mental automatique ».

Un autre mode mental est possible, qui a son siège derrière le front. C’est le « mode mental préfrontal », qui est « multitâche, multidimensionnel, c’est un chef d’orchestre et un improvisateur ». Ses registres sont à l’opposé de ceux du mode automatique : Curiosité sensorielle (ouverture), Acceptation (adaptabilité, fluidité), Nuanciation (perception du détail et de la complexité), Relativité (recul), réflexion logique (esprit de rationalité) Opinion  personnelle (individualisation). Bref, il est ouvert et il sait tout faire. Une vraie merveille, le siège de notre humanité. Le problème est que souvent, face à l’inconnu, si la peur se réveille, dans la panique, on a recours au mode automatique, alors qu’il est incapable de trouver une solution originale. Transposé au niveau social, d’un groupe et non d’un individu, on voit bien les ravages que cela peut engendrer : la recherche désespérée de réponses toutes faites, et l’enfermement dans les solutions du passé, que l’on cherche à pousser à leurs extrémités au lieu d’en changer. Ce qui est rageant, c’est que chacun dispose du mode mental préfrontal. Il est vif et imaginatif, il peut trouver la bonne réponse. Il faut juste le solliciter, et accepter ainsi qu’il vous porte vers des territoires inconnus, ce qui est bien difficile quand la peur l’emporte, ou de vieilles certitudes, ou le souci du qu’en dira-t-on.

Le développement durable, la recherche d’autres futurs, passe par une confiance en soi, c'est-à-dire en son « mode mental préfrontal ». C’est la « préfrontal attitude », nouvel art de vivre que vous propose Jacques Fradin, avec des exercices pratiques pour y parvenir.


 

 


Vie et mort de la population mondiale
Hervé le Bras
Le Pommier, cité des sciences et de l’industrie, 2009



Un petit livre bien instructif, et facile à lire, ça fait beaucoup de qualités. Un ouvrage de référence, où le développement durable est très présent, à travers l’analyse de la pensée et des théories sur le concept de population mondiale. Concept moins évident qu’il n’y parait, tant sont grands les écarts entre groupes sociaux, entre cultures, entre modes de vie.
Un concept qui a mis du temps à émerger, car il suppose la vision d’une humanité universelle, où les hommes sont égaux, où l’on puisse faire des comptes, des additions, où l’on puisse mesurer des progressions. Longtemps, la division entre classes et catégories sociales ont empêché cette approche, qui n’est apparue qu’au milieu du XVIIe siècle, en Angleterre. Comment mélanger les propriétaires terriens et les prolétaires ?
L’essai d’arithmétique politique de William Petty  qui tente cette première approche de la population mondiale est une étape marquante dans une histoire riche en rebondissements, où il apparaît clairement que le concept même et les instruments de mesure qu’il suscite sont de haute portée idéologique, et par suite politique. Les développements en sont encore très présents dans les interventions soutenues par les organisations internationales et de grandes fondations américaines pour maîtriser l’évolution de la population mondiale.
La relation aux ressources, au niveau de développement et d’éducation, au chômage, à l’économie en général sont omniprésentes dans ces théories, pour lesquelles le concept de population est souvent un argument bien opportun, pas toujours très scientifique.
Un livre que l’on pourrait qualifier de salutaire, tant il fait bien le ménage dans la pensée sur les questions de population, trop souvent détournée, benoitement conventionnelle et surexploitée .

 


 

 

Eco-tech
Moteurs de la croissance verte en Californie et en France
Anne Sengès
Autrement, 2009
Eco tech

Le rôle des écotechnologies est le thème central de cet ouvrage, et  la comparaison entre deux économies permet de voir quelles sont les conditions de leur succès. Deux parties, donc, l’une sur la Californie, la seconde sur la France, mais un seul sujet, les écotechnologies. La réactivité nettement plus vive en Californie interpelle, d’autant qu’il apparait que les deux pays ont des atouts intéressants. La réponse est résumée en une phrase, prononcée par Léna Spinazzé, directrice associée chargée des éco-innovations dans un cabinet français, BeCitizen, et rapportée par Anne Sengès : « Des innovations de rupture, on en a plein les cartons. En revanche, on n’a pas d’entrepreneurs pour les porter sur le marché ».Ce ne sont donc pas les aides en recherche et développement qui font défaut, mais la culture entrepreneuriale et le financement des Start up susceptibles de donner une suite commerciale à une innovation. De longs développements sur le rôle du capital risque complètent cette analyse, mais on, sent bien qu’il s’agit du même phénomène, transposé à la finance. Le passage aux actes ne vient pas, ou du moins pas avec l’ampleur et la rapidité qu’il faudrait pour transformer une bonne idée en un succès de masse. L’absence de culture du risque en France se fait cruellement sentir. C’est l’Etat qui supplée cette carence, mais avec les limites et les contraintes des interventions étatiques, même si les américains y trouvent un intérêt nouveau en période de crise.

En bonne journaliste, Anne Sengès présente de nombreux témoignages et décrit de nombreux exemples d’initiatives dans les deux pays, notamment dans la Silicon Valley qui a entrepris sa révolution verte depuis quelques années.  4 grands secteurs y suscitent un intérêt particulier : l’énergie solaire, passé en tête des choix des capital-risqueurs depuis 2008, les réseaux intelligents, smart grid, qui montent en flèche, les biocarburants à base d’algues, et le véhicule électrique.

Un livre qui ouvre les yeux, s’il en est besoin, sur les défauts d’ordre culturel, et renforcés au fil des années dans nos institutions, de notre pays face aux risques qu’il faut accepter pour innover. Un constat inquiétant quand il s’agit de développement durable, qui exige justement une réelle capacité à innover, à imaginer un avenir très différent du passé.

 


 

L’avenir de notre industrie !
Construire une mondialisation durable

 

Jacques Leger
Afnor Editions

Nous sommes au cœur du développement durable : les modèles traditionnels sont à bout de souffle, de nombreuses erreurs ont pu être faites, et, comme le soulignait Dominique Moïsi dans son livre Géopolitique de l’émotion, l’espoir a quitté nos vieilles sociétés occidentales pour s’installer en Chine : un tiers de la population active de l’humanité, près de la moitié des ingénieurs formés dans le monde, les plus grandes réserves financières du monde, etc. La concurrence avec des pays où la main d’œuvre est 20 fois moins chère ne se fera pas en réduisant les salaires, et les délocalisations ne font que renforcer les flux vers l’Asie. Ajoutez les problèmes de l’énergie et de son prix, la sous évaluation chronique du coût des transports, et vous le voyez bien, il faut changer. Bref, un nouveau business model est nécessaire pour les vieux pays industrialisés. Jacques Leger nous propose celui de la création de valeur client, CVC. Il s’étonne au passage que l’on ait conduit un Grenelle de l’environnement avant d’avoir organisé les états généraux de l’industrie. Il prône en effet une vision intégrée, « réinventer la société globale capable de survivre aux nouvelles conditions du monde ». On pourra lui objecter qu’il fallait quand même sauver les meubles, même si la vraie solution réside dans un changement de pratiques au quotidien.
On notera deux idées fortes qui structurent ce livre, abondamment illustré d’exemples, notamment l’aventure de la Logan. L’importance de la valeur client, d’une part, et on trouvera là l’idée bien durable de qualité du service rendu au client, et d’autre part le concept d’entreprise étendue, intégrant notamment clients et fournisseurs. Il y manque sans doute d’autres partenaires, comme la collectivité d’accueil et les riverains, mais l’idée d’une chaine de la qualité, avec des acteurs que l’on connaît et avec lesquels on vit une aventure commune, avec lesquels ont apprend à innover, semble bien une voie du développement durable. Un livre riche d’idées et d’expérience.


 

Horizons 2030-2050
Lettre de la mission Prospective du Commissariat général au développement durable
N°1, septembre octobre 2009


Une note de lecture pour saluer la première parution d’une lettre bimestrielle. La prospective et le développement durable ont évidement un air de famille, du fait des « transitions à la fois économiques, sociales, écologiques, institutionnelles ou technologiques qui doivent permettre d’évoluer vers des sociétés plus durable à des deux horizons du long (2030) et du très long terme (2050 »), pour reprendre les termes du Jacques Theys, responsable de la mission prospective. Horizons 2030 – 2050 présentera un dossier sur un thème particulier, ainsi que des brèves sur l’actualité de la prospective et un bloc note plus pratique. Pour le premier numéro de cette lettre, s’ajoute  une présentation des cinq programmes qui structurent  aujourd’hui les travaux de la mission prospective : la ville post-carbone, les transitions vers une économie écologique, territoire durable 2030, développement durable et reconfiguration des systèmes nationaux de recherche et d’expertise, la gouvernance multi-échelle et ses transformations. Le dossier est consacré à l’économie verte, considérée par de nombreux dirigeants comme un moteur de sortie de crise, mais sur laquelle subsistent des doutes quant à sa capacité « à amorcer un nouveau sentier de croissance ».  Il n’en reste pas moins que la rigueur et l’effort d’innovation dont l’économie verte est porteuse offrent un fort potentiel de dynamisation. Plusieurs modèles sont explorés, plusieurs hypothèses ou scénarios. Par exemple, la comparaison entre les stratégies d’innovation incrémentales et de ruptures technologiques donne deux visions contrastées. Elle éclaire le choix pris dans le cadre du Grenelle pour les performances des bâtiments : le passage d’une stratégie incrémentale, de progrès continus, à des exigences nettement plus ambitieuses, qui exigent des changements profonds dans les techniques et les modalités de travail.

 

L’intervention de la puissance publique dans ces périodes de transition est déterminante, et le dossier en présente une analyse du rôle et des modalités. « En ouvrant les perspectives à très long terme, la prospective a en effet un rôle important à jouer dans l’élaboration de politiques économiquement, écologiquement, scientifiquement mais aussi socialement et politiquement robustes ».
Vous pouvez télécharger Horizons 2030-2050 sur le site du ministère, www.developpement-durable.gouv.fr , rubrique développement durable, puis publications.


 

La ville écologique - contribution pour une architecture durable
AS. Architecture-Studio
AAM éditions 2009
Préface de Dominique Bourg
ville ecologique
Voici un nouveau regard sur la ville écollgique, après ceux d'experts ou de chercheurs présentés précédemment. Cette fois-ci, c'est un cabinet d'architecture et ses nombreux associés qui nous font part de leur expérience.
Deux approches dans cet ouvrage, le bâtiment et la ville. Bien sûr un discours général, en ouverture, sur le "parti pris" de ce cabinet, mais très vite des exemples de réponses apportées pour faire face à des exigences fortes et multiples. Des réponses d'ordre général, appliquées à des ouvrages particuliers, et construits dans des contextes très différents : la fondation Onassis à Athènes, le Parlement européen à Strasbourg, le centre pénitentiaire de St Denis de la Réunion, ou l'Université de la citadelle à Dunkerque, pour ne citer que quelques uns des exemples utilisés comme supports pour présenter des techniques.
Ces solutions sont intégrées au projet architectural, et en deviennent un atout. Ce sont la double peau, la façade active, les espaces tampons, les toitures dynamiques. Autant d'occasions pour les auteurs d'affirmer le souci du confort pour les utilisateurs, et d'exprimer leur conviction qu'un effort de recherche considérable reste à fournir,  notamment sur les matériaux, la santé, la morphologie des bâtiments.
Côté ville, partons des besoins d'aujourd'hui. "Alors que les grandes métroploes sont toutes entrées dans une course internationame à l'excellence, en matière de richesses, d'attractivité économique ou de qualité de vie, paradoxalement les difficultés d'accès au logement des classes moyennes, modestes ou défavorisées n'ont jamais été aussi fortes". l'enjeu est bien une production à la fois de masse et de qualité. Il s'agit de créer une "dynamique urbaine", en mettant à la disposition des acteurs des "boite à outil" et des "mécaniques opérantes". "L'éloge de la densité" est illustré à partir d'exemples variés : de l'écovillage à quelques kilomètres d'Angers aux grandes villes en passant par les villes périphériques. Avec une pointe d'exotisme, puique l'on passe volontiers de la Chine à l'Albanie, en passant par Issy-les-Moulineaux.
Un long développement consacré à Kaboul conclut ce livre. Nos auteurs y conçoivent une ville nouvelle pour offrir un avenir à cette ville qui est passée de 2 à 4 millions d'habitants depuis l'an 2000, et dont les infrastructures sont totalement dépassées. Une illustration forte que "le développement durable est d'abord une question qui se pose aux pays en développement. Elle est la seule porte de sortie de la misère. C'est pourquoi nous en avons fait la colonne vertébrale du projet Deh Sabz, bien que cet objectif n'ait jamais été explicitement formulé par le gouvernement afghan". Une illustration aussi de la conclusion de Taoufik Souami, dans son ouvrage présenté ici, selon laquelle la construction de nouveaux quartiers est "un moyen pour construire de nouveaux contextes socioéconomiques".


 

Les écoquartiers
Pierre Lefèvre et Michel Sabard, éditions Apogée, février 2009
Les écoquartiers
Pierre Lefèvre et Michel Sabard, éditions Apogée, février 2009
Ecoquartiers
Après les secrets de fabrication dévoilés par Taoufik Souami, voici un autre regard porté sur les écoquartiers par deux architectes enseignants, Pierre Lefèvre et Michel Sabard. Ils nous montrent comment ces écoquartiers sont une formidable occasion de réinventer la ville, pour reprendre une expression souvent galvaudée. Une approche plus académique, sans doute, qui tente au démarrage de donner une définition au terme « écoquartier ». Les auteurs s’inspirent pour cela de documents du ministère en charge du développement durable et de l’urbanisme, et de l’approche d’une grande collectivité, la communauté urbaine de Lille. Ils en tirent un cadre qui leur permet de passer en revue les principaux traits qui caractérisent nos villes. Les enseignements des réalisations et projets qu’ils ont visité nourrissent cette revue, et une présentation de chacune de ces opérations constitue une mine d’informations sur 14 cas en France et deux en Europe.
On trouvera ainsi des informations sur les lieux d’implantation de ces quartiers, souvent dans des friches (recyclage intelligent de casernes, de terrains industriels ou anciennement consacrés aux transports, faisceaux ferroviaires, ports, aéroports) mais aussi terrains retrouvés en centre ville ou en périphérie immédiate. Autre thème récurrent dans les écoquartiers, la nature dans la ville : la place de l’eau, la biodiversité, et l’évolution de la cité jardin à la ville-jardin, et le rapport entre les espaces verts et les espaces construits. Les pièges sont signalés, comme la vogue du « bois habité », et les interprétations très différentes qui en sont faites, du « mitage » d’un bois ancien à la plantation d’un petit massif de quelques hectares en complément d’une urbanisation sur une ancienne friche. Les formes urbaines, et le renouveau suggéré par la prise en compte des exigences écologiques, la compacité, le rapprochement de fonctions différentes, de trames vertes et bleues  et de pôles d’animation, toutes ces approches très concrètes font l’objet d’une analyse fine fondée sur l’observation. Le rôle des écoquartiers dans la ville, et la nature des liens qui doivent les réunir, les volets sociaux comme le recours à des techniques exigeantes de construction complètent ce tour d’horizon des écoquartiers, complété par un manifeste. Objectif, mettre en relation trois mondes qui jusqu’à aujourd’hui se tournent le dos, celui des habitants engagés dans l’habitat durable, celui des collectivités en quête de quartiers durables et celui des professionnels de l’aménagement et de la construction qui mettent en œuvre la Haute Qualité Environnementale. C’est le manifeste de la coproduction participative qui conclut cet ouvrage.

 


Ecoquartiers : secrets de fabrication
Analyse critique d’exemples européens, de Taoufik Souami
Editions Les carnets de l’info,  2009
Ecoquartiers

Un livre fort instructif, qui corrobore bien la conviction que je décline dans ce site, à savoir que le DD n’existe pas en soi, comme un être absolu, mais qu’il se construit tous les jours et à plusieurs. Le jeu des acteurs est au centre de ce livre sur la manière de « fabriquer » un quartier durable. Avec leurs espoirs, leur enthousiasme et aussi leurs défauts, leurs difficultés à porter ensemble un projet, dans la durée. Ce livre montre aussi le caractère volontaire du DD. "N’attendons pas des conditions favorables pour passer aux actes. Les expériences européennes conduisent à inverser le propos : il ne s’agit pas de déterminer les conditions économiques préalables à l’initiation d’un écoquartier, mais d’envisager ce dernier comme un moyen pour construire de nouveaux contextes socioéconomiques".

C’est l’histoire d’un concept vivant, d’une construction commune avec des collectivités, des entreprises, des promoteurs, des concepteurs, des habitants et j’en passe, comme les banquiers et l’Union européenne par exemple. C’est une négociation permanente, où les ambitions environnementales sont souvent rognées, parce que certains acteurs ne veulent pas changer leurs modèles, ou parce que l’on a des échéances à satisfaire du fait même que l’on est un écoquartier. Les paradoxes sont nombreux, dans cette affaire, mais le résultat est bien souvent
l’intégration technique et économique dans les stratégies des entreprises des ingrédients des écoquartiers.

L’auteur présente les pièges qui attendent les projets et leurs porteurs : la collaboration entre de nombreuses équipes spécialisées, le débat entre les tenants des choix très performants mais peu diffusables et les choix moins ambitieux mais facilement reproductibles, la grande dispersion des techniques « sur mesure », avec les difficultés de maintenance à attendre, les questions d’ordre juridique sur les structures d’animation de ces projets, la fragilité des financements, publics autant que privés, la difficulté à sortir de son périmètre pour s’inscrire dans la ville, et la tentation d’autonomie, le communication, indispensable mais si délicate, avec ses destinataires si divers. Des écueils décrits à partir des retours d’expériences en France et en Europe, avec le souci d’éclairer les candidats, de les alerter car aucun de ces problèmes n’est insurmontable, si l’on est averti.

 

Ambition d’art de vie
Jean-Pierre FAYE (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

Ambition d’art de vie

C’est le volet social du développement durable qui est au cœur de cet essai de Jean-Pierre FAYE. Inquiet, à juste titre, devant l’instrumentalisation du développement durable comme argument de vente, il propose de « basculer d’une logique strictement économique vers une logique de qualité de vie ». Ecrire sa propre histoire est pour lui au centre de ses préoccupations, dans un monde où les grands pouvoirs, économiques et politiques, tentent de prendre le contrôle de la manière de penser des gens. L’intelligence est mobilisée pour le gestion du virtuel, et en premier lieu de la finance, au détriment de la vie réelle. Au mieux, on lutte contre les incohérences de la société, alors qu’il faudrait passer à la fabrication de cohérences.

Ces orientations ne surprendront les internautes habitués à ce site, et elles sont toujours utiles à rappeler. Elles constituent le socle de ce qui fait l’originalité de ce livre. L’auteur tire de son expérience de nombreuses pistes d’action. Il s’intéresse aux lieux où se fabrique l’imaginaire, les agoras, les stades et les amphithéâtres remis à la mode du XXIe siècle. Il s’agit de réaliser de lieux de partages et d’émotions, de rencontre d’identités multiples. Il transpose cette préoccupation à l’école et à l’entreprise, ainsi qu’aux espaces publics et à la rue, en appelant en renfort l’architecte américain Louis Kahn, pour qui la rue est « une chambre de connivence, une pièce communautaire faite pour l’usage commun, dont le plafond est le ciel », et le rugbyman, devenu écrivain, Daniel Herrero, qui rappelle que la rue « appartient à tous, et pourtant elle n’est à personne. C’est le terrain de jeu des enfants, le jardin des plus âgés ». Le volet social du développement durable, traduit en une nouvelle ambition d’art de vie, est ainsi une fille naturelle, si l’on ose dire, de la gouvernance, avec une référence appuyée à l’imagination et au dépassement de soi. Dans sa conclusion Jean-Pierre FAYE reprend une citation d’un philosophe de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Paul-Henry Thiry d’Holbach, « La vie sociale n’est pas une qualité secondaire du genre humain mais une nécessité de son être ». Nous étions alors au XVIIIe siècle, et on ne parlait pas encore de développement durable, mais voilà une conviction à recycler au XXIe.

 


 

 

Christian de Perthuis, Pearson, 2009


Et pour quelques degrés de plus…

Professeur d’économie et conseiller de la Caisse des dépôts et consignations, Christian de Perthuis nous livre ici sa vision du protocole de Kyoto et de ses suites, dans la perspective de la conférence Copenhague. Après une présentation très pédagogique des mécanismes du réchauffement climatique, il nous décrit les mécanismes mis en place dans un contexte d’inégalité extraordinaire entre la petite Liliana, qui habite le nouveau lotissement de Burlington Park, à 18 miles à l’est de Los Angeles, et Marjohan, qui aide son père à cultiver 2 hectares de riz dans le sud-est de Bornéo. Un budget carbone de 20 tonnes de CO2 par tête dans le premier cas, de 2,5 tonnes dans le second cas. De l‘essence pour les voitures, du charbon pour l’électricité pour Liliana, du méthane issu de la rizière pour Marjohan. Les difficultés d’un arrangement mondial dans ces conditions sont impressionnantes.


La crise financière va-t-elle arranger les choses ? Bien sûr, en 2008 comme au moment des crises antérieures, on observe une baisse significative de la consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre. Mais sans transformation des modes de vie, cette baisse n’est que conjoncturelle, et s’efface bien vite. L’économiste s’interroge sur les effets des prix élevés du pétrole. Bénéfiques d’un côté, ils ont souvent des conséquences sociales très durs, et peuvent encourager de mauvaises initiatives. C’est l’effet pervers de la recherche et l’exploitation de nouveaux gisements, ou le glissement vers le charbon, encore abondant et autrement plus polluant que le pétrole. Il faut y ajouter les effets destructeurs de la crise alimentaire de 2007 et 2008. Au-delà du drame humain, elle a conduit à mettre en culture
des espaces forestiers. L’accélération de la déforestation, encore accentuée par le développement de biocarburants et notamment de l’huile de palme, dégrade durablement la capacité de la planète à absorber le CO2.


Je ne vais pas résumer ce livre très riche, qui vous entraîne dans la matière économique avec le prix à accorder aux biens communs et les manières de le fixer, les effets de ce nouveau marché sur les échanges et les intérêts des grands acteurs économiques, les mécanismes particuliers élaborés pour intégrer les pays en développement dans cette nouvelle économie, où l’agriculture et la forêt jouent un rôle que l’on avait sans doute négligé. Equité et éthique sont au cœur de cet ouvrage, dont la lecture s’impose pour comprendre les enjeux de la conférence de Copenhague.

 


 

 

 

Le bilan de compétences

Michel Joras, collection

Que sais-je ? PUF, 2007 pour la dernière édition


bilan des comptences

Quelle relation entre le bilan de compétence et le développement durable ? La réponse vient de deux côtés. De l’un, le développement durable étant fondé sur une large « dématérialisation » de l’économie, la vieille citation de Jean Bodin Il n'est de richesse que d'homme reprend de la jeunesse. Mais ce n’est pas le nombre des hommes, mais leur compétence, leur talent, leurs savoirs qui compte aujourd’hui. Mais ce n’est pas tout. La démarche même du bilan de compétence est une alternative fructueuse à la sélection, source fréquente d’exclusion. Au lieu de fixer a priori un profil et d’éliminer tout ce qui ne passe pas à ce tamis, le bilan de compétence part du capital humain, en cherche toutes les pépites, même celles enfouies dans l’inconscient des intéressés, pour les valoriser. Nous sommes typiquement dans une démarche de type DD. Une autre manière de voir les choses de la vie, et surtout les êtres humains, considérés comme une richesse en soi.


Comme souvent l’histoire débute avec l’armée. Il s’agissait de reclasser des militaires à la fin d’un conflit. Le concept est né en 1945 en Amérique, et les prémisses apparaissent en France une quinzaine d’années après. Il trouve ses lettres de noblesses et sa forme actuelle en 1991, dans un accord interprofessionnel.


Le livre de Michel Joras, dont la première édition date de 1995, nous présente l’histoire et la progression du bilan de compétence dans notre pays. Son statut juridique, les conditions de succès, les conseils aux acteurs, entreprises et salariés, pour la qualité de ce bilan qui n’est jamais anodin. Et il nous précise la définition de la compétence :

  • Les savoirs ou connaissances spécifiques et transverses,

  • Les savoirs mis en pratique, savoir-faire, les aptitudes,

  • L’intelligence personnelle et professionnelle, les capacités,

  • Les attitudes comportementales, les savoir-être-avec,

  • L’envie, la volonté de mettre en œuvre ses compétences et de les développer lorsque l’employeur en donne les moyens,

  • Au moment où la globalisation de l’économie s’impose, il semble indispensable face au métissage des cultures d’ajouter des critères supplémentaires : la compréhension de l’autre, des savoirs-être culturels…

Une piste de réflexion développée et illustrée pour les compétences professionnelles, mais qui pourrait s’appliquer aussi à des territoires, des entreprises et des communautés humaines.



Ambiances, densités urbaines & développement durable

Elisabeth Pélegrin-Genel et François Pélegrin

Editions PC, juin 2008


Ambiances, densités urbaines & développement durable

La densité dans les villes, voilà un beau sujet de travail. On en parle beaucoup, mais l’art est difficile. Place à l’observation, aux constatations. Car il y a eu de nombreuses initiatives, ici et là. Au-delà des débats que la densité suscite, les auteurs ont fait le point de la situation. Très vite les enjeux et le cadre réglementaire sont présentés, et construisent un fond de décor où les acteurs vont s’exprimer. Les acteurs, ce sont 20 opérations, terminées, aux quatre coins de la France, à la ville, en banlieue et à la compagne. 20 opérations qui nos sont présentées et décortiquées. Le programme et les intentions de leurs promoteurs, le contexte, les données chiffrées, les formes urbaines adoptées, les ambiances et la vie de quartier. Une démonstration par la preuve de la diversité des densités. Ce mot fait souvent peur, et des erreurs spectaculaires ont nourri cette peur. La réalité présentée dans ce livre montre clairement que l’on sait faire, aujourd’hui, de « bonnes densités ». Il y a même pour cela des méthodes brièvement présentées dans l’ouvrage. Celui-ci est parrainé par l’association des maires de France et l’Union sociale pour l’Habitat, puissent les maires, leurs services et les organismes HLM s’en inspirer abondamment !

 


 

In the bubble, de la complexité du design durable (John Thackara, Cité du design édition, 2008)
In the bubble, de la complexité du design durable

Voici un livre de John Thackara qui nous permet de parler de design, de design non durable etde design durable.
Ce n’est pas la première fois que le design est confronté à la question de la nature. En 1969, Ian McHarg avait fait œuvre de pionnier en publiant Design with nature, suivi quelques années plus tard par le livre de Victor Papanek, d’approche résolument sociétale, Design pour un monde réel, Ecologie humaine et changement social. Depuis, les enjeux liés à nos modes de production et de consommation sont devenus encore plus pressants. Au début des années 2000, Thierry Kazazian reprend la réflexion en misant sur les « choses légères»(1).
In the bubble, dans la bulle, est une expression des aiguilleurs du ciel, pour décrire le niveau de concentration nécessaire pour traiter « les flux incessants d’information qui leur parviennent ». Dans cette bulle, ils arrivent à contrôler les mouvements des avions, alors que nous avons le sentiment de ne rien maîtriser des systèmes complexes que nous inventons. Comment reprendre la main sur ces choix qui sont faits chaque jour, qui s’enchainent, et nous entraîne vers une situation des plus alarmantes ? « Autour de nous, quatre-vingts pour cent de l’impact environnemental des produits, services et infrastructures provient de décisions prises durant le processus d’élaboration en design. Au-delà des produits que nous utilisons, ces décisions ont une incidence sur les matériaux et sur l’énergie nécessaires à leur fabrication, sur la manière dont nous les utilisons quotidiennement et sur ce qu’il advient d’eux lorsque nous devons nous en séparer ». John Thackara propose une transition, déjà amorcée grâce à de nombreuses initiatives, certaine technologiques mais pour l’essentiel de l’ordre des pratiques sociales. « Ce livre parle de transition, de celle qui s’opère en passant d’une innovation fondée sur la seule prospective scientifique à une innovation qui s’inspire de la prospective sociale ». Plusieurs lignes directrices, comme la place des êtres humains et des organisations sociales, ou encore le respect de la complexité, la capacité à « penser les systèmes en termes de globalité ». John Thackara dénonce la foi aveugle en la technique, le plan A de la société Marks & Spencer, et les modes de vie déterminés par des objets. Il accorde une place prépondérante à la qualité et à la gestion du temps, avec une tendresse affichée pour les concepts de slow food, slow trams, slow cities.
Tout comme ce moniblog, l’ouvrage est construit autour de mots, quatorze en l’occurrence, autant d’occasions de faire un tour rapide mais percutant d’un domaine ou d’un concept : durabilité, légèreté, vitesse, mobilité, présence, local, situation, nourriture, soins, enseignement, compréhension, intelligence, développement et flux. On y trouve de nombreuses illustrations de ce que peut être un design durable, un design qui s’intéresse aux besoins et à la manière la plus « légère » d’y répondre, un design qui favorise une perception directe des conséquences des choix effectués, un design qui s’inspire des performances extraordinaires que la nature nous montre tous les jours. Et retenons bien la loi de Thackara, qui opère ainsi un rapprochement entre intelligence et développement durable : « Si vous introduisez une technologie intelligente dans un produit sans intérêt, le produit restera sans intérêt ».

1 - Il y aura l’âge des choses légères, Victoires Editions, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dominique MOÏSI
La géopolitique de l’émotion
Flammarion, 2008


Il s’agit ici des ressorts profonds de nos sociétés. L’émotion nous gouverne à titre personnel, elle est aussi très active à l’échelle de sociétés entières. Dominique Moïsi en retient trois déterminantes, l’espoir, l’humiliation et la peur. Ces émotions évoluent, changent de région du monde en fonction des évènements  et des cultures. Aujourd’hui, l’espoir est asiatique, l’humiliation est largement ressentie par le monde musulman, et la peur a envahi le monde occidental. Avec des nuances, et des dosages différents quand on entre plus dans le détail des pays, mais les dominantes sont claires dans ces trois régions du monde. Les dosages sont plus incertains, les dominantes moins fortes pour les autres pays, comme la Russie, l’Afrique et l’Amérique Latine.

Il s’agit des émotions ressenties, même si elles ne sont pas toujours justifiées, et c’est ça qui compte, c’est ça qui détermine les comportements. Et tant mieux, ça donne de l’humanité à nos échanges, les simples calculs d’intérêt économique sont remis en perspective. Pour un pays comme la France, ancienne puissance coloniale, qui revendique toujours un statut de grande puissance, le diagnostic est sévère. D’une manière générale, le monde occidental doit « reconnaître que la mondialisation a cessé de lui appartenir ». Un constat douloureux, qui provoque la peur, celle des peuples qui comprennent qu’ils auront de plus en plus de mal à choisir leur propre destin, après avoir dominé ceux des autres. C’est la « peur du futur, incertain, menaçant, sur lequel les êtres humains semblent avoir peu –ou pas – de prise ».

Le développement durable n’est pas le sujet de ce livre, mais il y est bien présent. Il montre clairement que les biens matériels, malgré leur importance, sont seconds par rapport à des émotions, par nature immatérielles, et qui forgent les mentalités. Une croissance immatérielle, fondée sur des émotions, peut se faire jour et offrir des alternatives à la croissance essentiellement matérielle que nous connaissons actuellement, avec le PIB en figure de proue. L’espoir, bien terni en Europe notamment, peut reprendre des couleurs si la peur du futur ne nous inhibe pas. La forte croissance matérielle des pays d’Asie, la « Chininde », ne peut se prolonger sans mettre en péril l’avenir de la planète, et de nouveaux modèles de développement doivent émerger. L’Europe est bien placée (voir le mot Europe), pour peu que nous acceptions d’entrer dans l’inconnu au lieu d’en avoir peur. « L’instinct de conservation, c’est le changement » nous dit Dominique Moïsi. Définissons le développement durable comme la construction collective du monde de demain. L’Europe, vieillie, sans matières premières, y est condamnée. Vive la nouvelle étape de l’humanité ! Ce n’est guère le discours dominant, trop souvent axé sur le rappel de nos fautes, de nos excès, et celui du châtiment qui nous attend. Ce discours ne peut que conforter les peurs, et par suite un sentiment de repli en attendant l’humiliation des civilisations déchues.

Ce dernier paragraphe déborde le strict cadre d’une note de lecture, ce serait plutôt un commentaire personnel inspiré par le livre de Dominique Moïsi. Celui-ci offre l’occasion de souligner le poids des émotions, qui nous donnent des indications très claires sur la manière de parler du développement durable, abandonnant toute peur et tout sentiment d’humiliation, pour en faire un facteur d’espoir.

 



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