
A la verticale du monde
Enquête sur la disparition d’un haut lieu de l’alpinisme
Adrien Rivière
Editions de l’Aube et Terre à Terres, 2026
Le retrait du trait de côte et la disparition les maisons proches de la mer est souvent évoqué. Un phénomène analogue se produit en montagne. Le 21 juillet 2024, c'est le village de la Bérarde dans l'Oisans, au pied de la Meije, qui est ravagé par une crue torrentielle. La même année, le hameau suisse de Blatten disparaît, emporté par l'effondrement d'un glacier. Et puis c’est un pan entier de roches qui s'est écroulé dans le cirque du Fer-à-cheval en Haute-Savoie. Plus récemment, le 26 août 2026, c'était un « tsunami des montagnes » qui dévastait la vallée de la Trishuli au Népal. « La montagne arrive comme une messagère du futur ».
L'enquête d’Adrien Rivière se passe dans le village de la Bérarde, qu’il a découvert en octobre 2023. Une « Mecque » de l'alpinisme, lieu de rassemblement des fous de montagne prêts à affronter les sommets du massif des Ecrins, les Bans, la Dibona, la Meije, la barre des Ecrins, le Pelvoux. Il nous décrit les lieux, à la fois effrayants et terriblement attractifs, et le mode de vie de ses habitants, au bout du monde. Une vie sous la menace permanente d’un éboulement ou d’une crue du Vénéon, où l’on va passer quelques instants sur le pont pour « s’ensoleiller », car le soleil se fait rare dans ce fond de vallée.
« Le village nait avec la plus grande modestie dans un repli obscur du monde ». Ce n’est pas son premier emplacement, la « vieille Bérarde » ayant été jadis abandonnée au profit d’un site plus ensoleillé et moins exposé. Adrien Rivière nous conte son histoire, et notamment son heure de gloire, au XIXe siècle où les premiers alpinistes, souvent venus de l’étranger, le découvrent et partent à la conquête de ses sommets. Des montagnes de roches friables, paradoxalement fragiles en comparaison de la puissance qu’elles dégagent. Et puis vient la catastrophe, des torrents de pierre qui dévalent, éventrent les maisons et coupent en deux l’église Notre Dame des glaciers. C’est la fin du village, malgré la résistance de quelques anciens habitants qui rêvent de le reconstruire. Des évènements sans doute inéluctables, mais accentués par le réchauffement climatique, qui a affaiblit des barrages de glace et laissé ainsi filer des quantités d’eau stockées dans les hauteurs.
Plus qu’une enquête, ce livre est le biopic d’un village, teinté de lyrisme. Voici comment meurt un « haut lieu de l’alpinisme. »
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