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La croissance au service du climat

En ce temps préélectoraux les infox se multiplient, notamment dans le domaine de l'environnement et du changement climatique. Elles ne fonctionnent toutefois que si elles tombent dans un terrain favorable. Nous sommes naturellement enclins à croire ces informations parce qu'elles nous apparaissent vraisemblables. En matière en matière de communication le vraisemblable vaut mieux que le vrai, et les exemples abondent de situations où des responsables, pourtant bien informés, ont refusé de croire l'évidence quand elle ne correspondait pas à leurs dogmes ou à des schémas préconçus.

Beaucoup de mensonges, donc, sur le coût de l'écologie, sur la défaillance ou l’insuffisance des solutions proposées, et in fine sur l'attention que nous portons à cette question. Le terrain est aussi rendu fertile par les discours de certains écologistes qui sont parvenus à faire assimiler écologie et décroissance, ce dernier terme étant bien dur à supporter à la fois par ceux qui ont bénéficié de la croissance et qui comptent bien continuer, et ceux qui sont laissés pour compte mais qui espèrent encore améliorer leur sort par la croissance.

Le terme même de décroissance nie la possibilité d'une autre forme de croissance. Les antimondialistes ont eu la sagesse de changer de nom pour devenir des altermondialistes. « Un autre monde est possible » pour reprendre un slogan bien connu, avec une autre croissance. Pour certains économistes, cette autre croissance est même nécessaire pour répondre aux crises du climat et de la biodiversité. C'est le thème central le nouveau livre de Nicholas Stern, « La révolution climatique », auteur il y a 20 ans d’un célèbre rapport sur l'économie du changement climatique. De nombreux économistes se sont penchés sur la question notamment le lauréat 2006 du prix des meilleurs jeunes économistes, Adrien Bilal, tous à la recherche des instruments adaptés pour faire face à une « menace globale ». Parmi les pistes explorées figurent la taxe carbone, et la mise en évidence des « valeurs que les marchés ignorent (1) », le coût des défauts d'intervention, de l'inaction. L’intégration des coûts cachés dans les calculs économiques met en évidence de bons taux de retour d’investissement, 8 euros pour 1 investi dans l’action pour la nature, et un peu plus encore pour le climat. Des investissements également bons pour l’emploi. Selon l’ONU, le programme de remise en état de la nature (mangroves, forêts, coraux, etc.) qui touche 252 millions d’hectares en 2026 a permis de créer un million d’emplois.

Une des difficultés de l’exercice est le décalage dans le temps et l’espace. Le retour d’investissement est bien réel, mais il est étalé dans le temps et ne se manifeste souvent qu’après quelques années. Et l’effort consenti pour le climat dans un espace donné produit ses effets dans le monde entier, ce qui peut dissuader bien des investisseurs. Pour Adrien Bilal, « baisser les bras ne réduit en rien l’exposition au changement climatique ». Il note par exemple que l'effort de l'Union européenne pour réduire de 2/3 ses émissions de gaz à effet de serre provoquerait 300 milliards d'euros par an de retombées pour un coût 4 fois moindre (2).

La bonne nouvelle est que les effets de l’action pour le climat et la biodiversité se ressent dans bien d’autres domaines, avec des retours d’investissement bien plus rapides. Bien sûr, un accord global, à l’échelle de la planète, est la meilleure des choses, mais une politique à l’échelle régionale (comme ci-dessus à l’échelle européenne) ou nationale, ou encore à l’échelle d’une entreprise est déjà fructueuse. Les gains significatifs pour la santé et la productivité du travail sont observés. « L’amélioration de la qualité de l’air qui en résulte génère d’importants bénéfices sanitaires et économiques », et « La rénovation énergétique des logements est un autre exemple de co-bénéfices sanitaires, en réduisant le risque de pathologies respiratoires et cardiovasculaires (3) ». Pour les entreprises, signalons la résilience face aux imprévus et aléas climatiques, parmi les avantages immédiats. Imprévus qui coutent aux 500 plus grandes entreprises mondiales 11% de leur chiffre d’affaires, soit 1 400 milliards de dollars par an (4).

A l’encontre du discours dominant, l’action pour l’écologie est une bonne affaire, financièrement parlant. Nos modes d’observation de l’économie, qui dictent souvent nos choix, sont toutefois nés dans un monde que nous croyions infini, et il faut les adapter à la réalité d’aujourd’hui. Pour réconcilier la fin du monde et la fin du mois.



1 - Selon l’expression de Katheline Schubert, dans son article dans « Le Monde » daté des 1er et 2 novembre 2026, « Donner de la valeur à ce qui n’a pas de prix ».
2 - Dans son article « La croissance, l’alliée de la politique climatique » dans « Le Monde » daté des 1er et 2 novembre 2026.
3 - Source « Trésor-Eco » d’octobre 2026
4 - Source : Unwritten octobre 26

Edito du 4 novembre 2026

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