Un nouveau mode de penser
Puisque l’époque est aux vœux, permettez-moi d'en exprimer un d’ordre général, en plus, bien sûr, de ceux de bonheur que je vous adresse bien sincèrement. Que cette année soit marquée par le recul de l'esprit conservateur. Conservateur au sens de frileux, ayant peur de tout changement et de toute prise de risque, par opposition au conservateur dynamique, celui qui veille à la bonne santé du patrimoine sous toutes ses formes, physique, biologique et bien sûr humaine, une espèce que nous aimerions voir prospérer.
Dans une époque de profonds changements, l'immobilise n'est pas de mise, mais les conservateurs tentent de faire durer l’ordre ancien. Ils espèrent que les prolongations leur seront favorables. Bataille perdue d'avance et qui mobilise des moyens qui auraient été bien utiles pour explorer les futurs inédits. Investir dans les énergies fossiles, aujourd'hui, relève de cette logique que l'on pourrait qualifier de « rentier ». Rentier dont l'objectif et de faire durer sa rente, quitte à s'adapter à la marge. Le contraire de l’entrepreneur, toujours à la recherche de nouveaux domaines d’intervention, prêt à changer de modèle, à imaginer des formules innovantes, et à prendre des risques.
Ne nous trompons pas, il y a hélas des entrepreneurs conservateurs. Des entrepreneurs qui pensent comme avant, et mettent leurs énergies à prolonger des modèles anciens. La prise de conscience de la finitude du monde, si bien introduite par Paul Valéry dès 1931, aurait dû marquer profondément les esprits. La croissance traditionnelle, mesurée à l'aune des consommations, doit laisser la place à d’autres formes de croissance, compatibles avec les limites de la planète. Il nous faut trouver une ou plusieurs étoiles de Sirius pour orienter ce que nous appelons le progrès. C’est cette recherche que nous appelons développement durable.
Les entrepreneurs-conservateurs, et ils sont nombreux, tentent d’échapper à la nécessité d’adopter de nouveaux modes de pensée. Nous avons vu ceux qui prospectent encore les énergies du passé, et qui mettent leur puissance au service du « monde d’hier ». Il y a ceux qui veulent s’affranchir des limites de la planète, en pariant sur l’espace. Les vertus de l'immensité, de l’infini, y retrouvent une santé, le « toujours plus » redevient audible. La conception du progrès version 19e siècle reprend du service. L'espace comme nouveau domaine à coloniser, comme source d'énergie, comme objet de domination, voire de conflit. Le terme « conquête de l'espace » est éloquent à cet égard. Une fuite en avant. Le contraire d’une vision « durable » de l’espace. L'espace pour observer notre planète Terre, mieux comprendre ses origines et son histoire, la voir évoluer pour pouvoir la protéger.
Changer de mode de pensée, tel est le défi qu'il nous faut relever pour rentrer dans une nouvelle ère de l'humanité. C’est un effort considérable qui nous est demandé, d'abandonner des repères et des certitudes pour recomposer un nouveau cadre adapté à la finitude du monde. Dès le berceau, nous percevons le monde comme infini, nos esprits ont été formatés sur ce principe. Au fil des siècles, nos institutions ont été imaginées et mise en place dans cette perspective. S’extraire de cet environnement mental est en soi une prise de risque d'autant plus difficile à accepter que le discours de catastrophe domine les images de notre futur. Le conservatisme des esprits trouve dans cette situation un terreau dans lequel il peut prospérer.
Nous nous sommes habitués à penser que pour vivre mieux il fallait consommer plus, et cette idée était vécue comme un postulat auquel quel nous ne pourrions pas déroger. Les limites de la planète nous obligent à explorer des voies qui nous permettraient de prolonger la croissance de notre bien-être tout en réduisant nos prélèvements de ressources. C'est là où l'esprit d'entreprise doit s'engager, dans cette direction qu'il doit nous conduire. Avec un nouveau mode de penser.
Ce n'est pas nouveau. Blaise Pascal le disait à sa manière : « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre ». Trouver son bonheur chez soi au lieu de le rechercher dans le prélèvement des ressources de plus en plus éloignées de chez soi. La ressource humaine, le génie humain sont en première ligne dans cette nouvelle forme de croissance, mais c'est une révolution par rapport à toutes nos pratiques qui ont conditionné la croissance à l'exploitation de nouvelles ressources matérielles. « Il n’est de richesse que d’homme » nous disait Jean Bodin. Cinq siècles plus tard, ajoutons une précision. Ce n’est pas le nombre d’hommes qui fait cette richesse, mais leur génie, leur capacité d’adaptation, leur sensibilité. Et là, il n'y a pas de limites !
Bonne année !
Edito du 4 janvier 2023
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