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Ville et Campagne

Exode

Un des leviers d’action sur le climat, la biodiversité et la qualité de vie réside dans l’aménagement du territoire. La répartition de la population, des ressources, des activités et des revenus est un paramètre déterminant de notre empreinte écologique, souvent négligé. Sans doute parce qu’il se situe au second degré, et que le lien n’est pas aussi visible que celui des transports par exemple. Décarboner la mobilité est ainsi un objectif premier, alors que réduire le besoin de mobilité est sans doute un levier plus puissant pour atteindre la neutralité carbone. C’est que dans le premier cas, chacun voit avec ses yeux l’effet du passage à l’électricité ou au vélo, alors que dans le second, il s’agit de statistiques, de phénomènes complexes bien plus difficiles à appréhender. Dans une société où l’immédiat est prioritaire, où la simplification des messages est la règle, l’attente du public se polarise sur les mécanismes les plus visibles, qui ne sont pas forcément les plus efficaces. Il est révélateur de voir que le terme même d’aménagement du territoire est absent du rapport de la Convention citoyenne pour le climat, pour ne prendre qu’un indice de la dictature de l’immédiat. Les approches « système », par nature plus complexes et inscrites dans la durée, laissent la vedette aux mesures « linéaires », relation cause-effet immédiate, avec le risque de ne traiter que les symptômes sans s’attaquer aux moteurs profonds du mal.

Bien après l’exode rural, qui a vidé les campagnes de leurs populations et notamment de leur jeunesse pour répondre l’appel de l’industrie, voici l’exode urbain. La crise sanitaire en a été le déclencheur, et les études permettent aujourd’hui d’en comprendre l’ampleur et les modalités. Dans une note d’analyse de juin 2023 (1), France Stratégie apporte une réponse claire sur l’ampleur. Elle est « timide ». « Si l’hypothèse d’un flux massif de déménagements depuis les métropoles est invalidée, on observe bien des mouvements significatifs au départ de certains pôles de métropoles à destination de villes proches ou plus lointaines, ce qui semble correspondre à une accentuation de processus plus anciens de desserrement métropolitain, d’une part, et de renouveau rural, d’autre part ». Le mouvement est donc réel, mais modeste, d’un exode vers les villes moyennes et les campagnes. En termes technos, « le gradient d’urbanité diminue », chaque départ se fait vers des villes plus petites ou des villages, et sans surprise, « ce sont les métropoles de Paris, Lyon et Toulouse, où les emplois de bureau et les professions intellectuelles sont surreprésentés, qui auraient fourni le plus de candidats à l’exode urbain ». Le télétravail en est donc en partie responsable. En pratique, il rend possible un « desserrement » préalablement désiré, une réponse à un besoin d’espace. France Stratégie cite le maire de Châteauroux, président de Villes de France : « Aujourd’hui, les populations s’installent chez nous non pas parce qu’elles y ont trouvé du travail, mais parce qu’elles ont choisi d’y vivre ».

Pour respecter l’orientation formulée par le paysagiste Gilles Clément « Faire AVEC le plus possible, CONTRE le moins possible (1) », il faut donc faire avec cette envie qui s’est révélée grâce aux effets combinés de la COVID et du télétravail. Une envie qui se développe aussi au sein du Grand Paris, selon une étude de l’APUR (3), également de juin 2023. Le pavillon de banlieue, souvent critiqué, y est réhabilité, et la nécessité de le préserver affirmée face aux menaces de densification. Position surprenante, dans un contexte où la densification est une ligne directrice pour maîtriser l’artificialisation des sols et le besoin de mobilité. C’est que la moitié des surfaces de ces pavillons sont des jardins, avec des arbres, et que les promoteurs qui les rachètent coupent des arbres, imperméabilisent les sols et changent l’ambiance de ces anciens villages. La densification se fait au détriment de la résilience des banlieues, notamment de sa capacité d’adaptation au changement climatique. Une application brutale de l’objectif de densification s’avère donc contreproductive. Faut-il pour autant geler la situation, arrêter une fois pour toutes les formes de la ville ? Un gel qui serait sans cesse remis en question, tant la pression est forte sur le foncier d’Ile de France. Un gel qui serait très certainement contourné de mille manières, et échapperait alors à tout contrôle. Il est au contraire possible de se concentrer sur chaque parcelle, pour reprendre le bâti qui y existe déjà, et le transformer pour le diversifier et le préparer à une nouvelle vie. Des expériences ont lieu dans cette perspective. Une orientation qui serait aussi à décliner vers l’habitat des centres bourgs partout en France, souvent inadapté aux modes de vie d’aujourd’hui. Une transformation du bâti existant, pour le moderniser et intégrer les exigences climatiques à venir, permettrait de valoriser le caractère patrimonial de ces centres et d’éviter un étalement consommateur d’espace. Une bonne manière d’accueillir les habitants des grandes villes en quête de « desserrement », et d’humaniser l’exode urbain, si timide soit-il.


1 - Dans Le jardin planétaire, Albin Michel, 1999

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Commentaires

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Catherine BERSANI
8 mois ya
les grandes villes mais pas seulement...Les espaces attractifs comme le littoral, parfois aussi la montagne et la plupart des sites privilégiés au titre du paysage ou du patrimoine historique, ont des questions d'identité à préserver et de ressources liées au tourisme à maintenir car liées aux activités économiques pour la plupart des habitants permanents...
Des solutions à imaginer! A Gruissan dans l'Aude des pavillons flottants sur l'étang, des maissons tractables ailleurs...et puis?
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