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Culture, valeurs

Emotion

Les stades, les musées, ont retrouvé leur public, et nous espérons que les cinémas, théâtres, festivals et opéras retrouveront rapidement leur fréquentation habituelle. Sport et culture, voilà des émotions à consommer sans modération.

La croissance indéfinie de la consommation dans un monde « fini » est une impasse, si lesdites consommations relèvent de prélèvements de ressources matérielles. Ce n’est pas le cas s’il s’agit de consommations immatérielles, à base de talent, de créativité, de génie humain. Une ressource inépuisable. Pourrions-nous détourner les besoins de consommation vers la recherche d’émotions, plutôt que de biens au lourd bilan environnemental ?

Que cherchons nous en allant voir un match de football, une descente olympique de ski, un match de football, une course de chevaux, ou encore en allant au musée, au cinéma, au théâtre, à l'opéra ? Ce sont des émotions. Les émotions constituent l'essence même de la vie, et les consommations matérielles ne sont souvent qu'une tentative classique pour les obtenir. Une voiture pour aller plus vite, un vol en avion pour un week-end, des jouets de plus en plus nombreux et sophistiqués pour les enfants, avec des piles, bien sûr, autant de consommations qui pèsent lourd sur les ressources de la planète, qui font du bruit, produisent des déchets, parfois toxiques, émettent des gaz à effet de serre, et compromettent les chances de développement des pays les plus pauvres. C'est le fameux « toujours plus » qui permet de se différencier de son voisin, ou alors c'est un besoin d'imitation pour se montrer conforme aux canons de la société, à la mode, aux normes sociales en vogue. Pour ceux qui manquent des biens les plus élémentaires, cette recherche de plus de consommations est bien normale. Mais consommer plus devient vite une réponse à tout. Un reste, peut-être, de la peur de manquer que les disettes et autres catastrophes qui ont frappé l’humanité ont laissé dans nos cerveaux reptiliens. L’accumulation est une réponse naturelle à l’angoisse, et devient une forme de réflexe, déconnecté des besoins et de la réalité. C’est aussi une manifestation de puissance, de position dans la société. Le développement indéfini de consommation de biens matériels n'est pas durable pour autant. Il faut détourner cette boulimie, quelle qu’en soient les causes profondes, vers des consommations moins prédatrices en ressources, moins pénalisantes pour l'environnement, plus acceptables socialement. Ce sont les consommations immatérielles.
Il y a plusieurs manières de dématérialiser la consommation. Il y a la manière technique, qui consiste à trouver des procédés de fabrication moins gourmands en énergie et en matières premières. C'est un design d'un nouveau genre, celui des « choses légères », pour reprendre le titre d'un ouvrage de Thierry Kazazian. C'est aussi en remplaçant de la matière première par du travail ou du savoir faire, de l'efficacité : pour prendre un exemple simple, on a pu observer qu'une personne dédiée à la lutte contre les fuites d'eau, sur un grand patrimoine immobilier, faisait faire une économie de quatre fois son salaire sur la facture d'eau. On a remplacé une ressource puisée en pure perte par du travail humain, et avec une bonne rentabilité financière. Voilà qui « dématérialise » l'économie ! Et puis, il y a les consommations purement immatérielles, ou si peu matérielles, comme les spectacles de toutes nature. Ou presque : il faut se méfier de certains, qui donnent une image très flatteuse de certains comportements très néfastes. Les courses automobiles ne donnent-elles pas envie d'aller toujours plus vite, ne sont-elles pas une incitation à la puissance, à bousculer tout le monde pour obtenir la « pôle position » ? Des spectacles peuvent aussi promouvoir des modes de vie, créer des modes dont la planète se passerait volontiers. Mais les créations culturelles sont le plus souvent de parfaits moyens de consommer plus, de créer des masses monétaires considérables, sans pour autant prélever plus de ressources et émettre plus de gaz carbonique. Et la culture n'est pas élitiste, comme l’illustre la pratique du jeu de dames, au jardin des plantes à Paris, ou la chanson. Le spectre est large, il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Pareil pour le sport, à condition que les stades ne soient pas trop loin des villes, et que les matchs ne soient pas l'occasion d'excès et de troubles de nature sociale, tout aussi à éviter que des prélèvements intempestifs sur les milieux.
Nous voilà donc revenus au développement durable, à partir de la clameur qui exalte les athlètes et les applaudissements adressés aux artistes. L'émotion est souvent gratuite en ressources naturelles, et chaque société, chaque citoyen, peut la rechercher dans son jardin. Partagée, elle crée des complicités, des réseaux d'amitié, des solidarités. Une chance pour le développement durable.

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