De la difficulté d'anticiper

La question de l'anticipation est au coeur de l'actualité. La COVID illustre parfaitement la difficulté de cet exercice, pourtant vital. Manifestement, l'opinion et de nombreux acteurs, professionnels, culturels, etc., ne réagissent qu'au moment où la crise se révèle dans toute son ampleur. C'est à dire trop tard. Les dangers qui nous menacent sont pour beaucoup prévisibles, et peuvent être évités si les bonnes décisions sont prises en amont, avant que la dynamique du fléau, quel qu’il soit, ne devienne trop puissante. Bloquer, ou freiner la diffusion d'un virus sera d'autant plus difficile que la décision de passer aux actes sera tardive. Mais toute décision précoce apparait alors comme venue d'en haut, prise par des experts qui se trompent toujours.

La 5G chez les amish

Le débat sur la 5G est révélateur. Outre les interrogations sur l'innocuité de cette nouvelle technologie, pour les humains et pour l'environnement, il s'agit de l'usage qui en sera fait. Evidemment impossible à prévoir, tant chaque innovation peut (ou non) provoquer sa dynamique propre. Pour la 5G, certains font valoir le potentiel qu'elle représente, et les bénéfices à en attendre, par exemple dans le domaine de la santé, ou pour optimiser des services publics. La puissance de la nouvelle technologie ouvre des perspectives séduisantes. Elle est aussi la porte ouverte à d'autres usages, et à des excès de consommation.

A qui profite le crime ?

Il s'agit des énergies renouvelables, et plus particulièrement d'électricité. Le vent et le soleil, mais aussi les rivières et les courants marins, et la biomasse sous toutes ses formes, du bois au méthane. Hormis l'hydraulique, qui a pris son essor il y a bien longtemps et a atteint un bon niveau, elles sont toutes en progression, en progression rapide (même si on aimerait que ça aille plus vite). Aujourd'hui dans le monde, ce sont ces installations qui se développent le plus, la capacité de production construite chaque année avec les renouvelables étant plus importante que celle émanant des énergies classiques, nucléaire compris.

Jour de dépassement

Nous avons gagné 3 semaines. 3 semaines au cours desquelles, nous n’avons pas vécu à crédit, comme le dit le WWF. Le 22 août est le jour mondial du dépassement. Le jour à partir duquel nous avons consommé l’équivalent de ce que la planète peut fournir en un an. « Cette date correspond au jour où, à l’échelle de la planète, nous aurons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres et cultivé plus de terres que ce que la nature peut nous offrir au cours d'une année. Quant à nos émissions de dioxyde de carbone, elles auront été plus importantes que ce que nos océans et nos forêts sont en capacité d’absorber ». La crise du COVID et ses conséquences économiques nous ont fait gagner 3 semaines, nous avons moins consommé cette année, réjouissons-nous. Mais pas trop vite, car il reste 4 mois d’ici la fin de l’année, 4 mois au cours desquels nous tirerons des chèques sur le futur.

Biodiversité et rentabilité économique

Dans une tribune du journal Le Monde daté des 15, 16 et 17 août, le biologiste Francis Hallé nous dit que "la rentabilité économique est antagoniste de la rentabilité économique". S'il avait raison, la planète serait bien mal partie. Il a sans doute raison dans l'immédiat, en ces temps où l'économie est réduite à ses aspect monétarisables, mais heureusement, l'économie couvre un champ beaucoup plus large, impliquant des valeurs non monétaires, non commerciales, et les "biens communs", dont l'importance a été reconnue par un prix Nobel d'économie.