Pays de l’enfance

Thierry Paquot
© Editions Terre Urbaine 2022

 

En lisant ce livre, j’entendais chanter Yves Montand « en attendant son carrosse ». « L’enfant est un faiseur de monde ». Il s’agit en effet de l’enfance, celle de l’auteur notamment, avec ses souvenirs et ses expériences, revisitée avec l’aide de nombreux auteurs, Gaston Bachelard au premier chef. « Toute l’enfance assemble les endroits dans lesquels elle se déroule, c’est dire l’importance des territoires que l’enfant arpente, découvre, subit, apprécie. (…) C’est dans ce pays qu’il cultive deux autres qualités, échanger avec autrui (établir des liens, faire avec, partager, se détacher, rompre etc.) et activer ses six sens (l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût, le toucher et le mouvement) ».
Le problème est que les besoins des enfants ont été définis sans eux. « Leur autonomie a diminué comme peau de chagrin ». Ce sont les « oubliés » des villes, des territoires urbanisés, des institutions.
Les différents âges de l’enfance sont passés en revue, avec les lieux de vie qui comptent, à commencer par le ventre maternel. Thierry Paquot s’étend tout particulièrement sur l’école, trop vite assimilée à un lieu de contrainte destiné « au formatage selon les normes des adultes », une école conçue selon « le principe républicain d’une école unique pour tous, entièrement standardisée au niveau des programmes et de l’organisation temporelle ». Il présente un panorama des nombreuses personnalités qui se sont penchées sur l’école et la petite enfance, Françoise Dolto, Charles Fourier, Ovide Decroly, Maria Montessori, Célestin Freinet, Henri Wallon, Ivan Illich, avec les pratiques qu’elles ont préconisées et mises en œuvre. Une bonne synthèse, dont l’idée directrice est de fonder la pédagogie sur les envies et la curiosité de l’enfant.
Tout naturellement, ce sont les lieux d’apprentissage qui sont observés. La classe, tout d’abord, avec son mobilier, la disposition des lieux, la décoration, et l’esprit de classe qui se constitue dans cet univers, pérennisé par la photo de classe. L’architecture tient un rôle important, avec des recommandations et des règlements, matériaux, couleurs, orientation, vues sur l’extérieur, luminosité naturelle, isolation, etc. Au-delà de la classe, c’est la conception de l’école qui structure la perception qu’en auront les enfants, une école où l’on a envie d’aller, où chacun se sent bien. Certains parlent de « défonctionnaliser l’environnement scolaire », pour favoriser « l’autoconstruction » de la personnalité des enfants, avec l’exemple emblématique de la pédagogie adoptée dans la ville de Reggio Emilia. La place de la récréation dans le système scolaire, et l’organisation des espaces de récréation est un point particulier révélateur de nombreux aspects de la vie à l’école. La question de l’ouverture de l’école sur la ville et son environnement, et dans le prolongement de l’environnement et la ville comme lieu d’apprentissage intègre celle des circulations entre la maison et l’école. L’observation des terrains de jeux et autres espaces dédiés aux enfants montre l’importance d’offrir aux enfants une diversité de lieux, à leur échelle, leur permettant selon leurs envies, leur âge, leur état d’esprit, de s’isoler ou de se socialiser. Le « terrain d’aventure » est un bon cas d’école, où les enfants adoptent « une indiscipline partagée de tous ». Quelle que soit la formule retenue, le rôle des adultes, accompagnants, superviseurs, ou contrôleur, est un bon sujet de réflexion dont Thierry Paquot nous livre quelques éléments.
La rue elle-même comme terrain de jeu, et par suite d’apprentissage, serait la meilleure solution, avec la surveillance spontanée des adultes qui s’y affairent, artisans, commerçants, agents municipaux, etc. L’école de a rue est devenue de plus en plus rare, notamment pour des raisons de place de l’automobile et de sécurité. Il y a bien les sorties scolaires, les classes de nature, de mer, etc. et même des classes de ville, et des initiatives comme « la rue aux enfants », et ces opérations sont riches en enseignements, mais sans pour autant se généraliser. Un souhait, pour conclure ce plaidoyer pour une ville récréative : qu’elle soit aussi ludique.

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