Mieux avec moins

Philippe Madec
Editions Terre urbaine


De nombreux témoins sont cités par Philippe Madec, qui l’ont manifestement accompagné depuis longtemps. Parmi eux, retenons Denis Diderot, cité à propos des architectes : « Ils ne songent point à se demander : quel est l’objet principal de mon édifice ? […] D’où il s’en suit que l’édifice qu’ils construisent est beau, mais qu’il ne convient pas plus à l’endroit où il a été élevé qu’à un autre ». Un enseignement bien retenu par Philippe Madec, pour qui « le projet d’architecture ne se résume pas à la mise en œuvre de techniques et de matériaux. Il associe des ambitions sociales et culturelles à un climat et une économie locale ». Ce livre « ouvre un chemin », issu l’expérience et des convictions de l’auteur, résumées dans l’expression frugalité dont il est un des promoteurs.
Après un historique de l’évolution récente de l’architecture et une critique du « modernisme » et des excès commis en son nom, Philippe Madec retourne aux fondamentaux. Heidegger l’y incite en posant la question « Que veut dire maintenant bâtir ? Le mot du vieux-haut-allemand pour bâtir, buan, signifie habiter ». Il s’agit donc d’habitabilité, à décliner à l’échelle globale, de la planète, comme à l’échelle de proximité, de la vie quotidienne. Le recours au vivant est une des clés pour y parvenir. « Il est scélérat de ne pas prendre en compte la diversité du milieu ». Milieu au sens large, y compris le climat, l’histoire et la géographie, sans oublier « d’enrôler la culture ». Une « vision holistique, sociale, culturelle, spatiale, technique. Il s’agit de pratiquer un audit global, bien au-delà de la seule approche énergétique et structurelle ». Un audit destiné à faire naître un projet partagé, qui « fait autorité ». Une démarche nécessaire pour que « les peurs face au changement que représente le projet s’apaisent, et que la collaboration s’installe ». Un partage fructueux. « Tous les exemples témoignent d’un accroissement de la pertinence du projet, y compris formelle ».
Il s’agit donc « d’aimer le déjà-là ». La réhabilitation plutôt que la table rase, et le réemploi pour les matériaux. Les éléments de contexte sont au cœur du projet. « Le recours durable aux ressources locales accroît l’hétérogénéité pertinente de cette architecture profondément influencée par son contexte aussi bien physique, géographique, climatique que culturel ».
Le mode d’emploi suit l’exhortation. Philippe Madec décline la manière de mettre le contexte à profit, notamment les éléments naturels. Il s’agit ici des matériaux, biosourcés, locaux, issus de traditions réactivées et modernisées ; là de l’eau, de l’air, du soleil, du climat ; plus loin du bon usage du temps et de l’espace. Le biomimétisme et l’architecture bioclimatique sont bien sûr de la partie, la nature est omniprésente.
« Mieux avec moins ». Philippe Madec en est convaincu : il n’y a pas « d’autre programme d’avenir ».


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