La modernisation de l’Etat

Une promesse trahie ?
Patrick Gibert et Jean-Claude Thoenig
©Classiques Garnier, 2019

 La modernisation de l tat

« L’élite ou technostructure administrative en place a une oreille sélective, n’écoutant guère que ce qui est compatible avec la culture-maison et avec sa façon de faire, quitte à disqualifier l’expérience et les recommandations des « étrangers ».
L’analyse fine des tentatives de modernisation de de l’Etat est révélatrice de la manière de penser de l’administration, de la difficulté d’intégrer de nouvelles données. Les auteurs présentent la modernisation comme « le travail à effectuer pour diminuer l’écart entre le mode de gouvernance de l’Etat, sa manière d’agir, son comportement à l’égard de la société civile et des valeurs dominantes de la société ». En ce qui concerne le développement durable, nouveau mode de penser, nous sommes mal partis ! Voilà une « valeur dominante » qui a bien du mal à trouver grâce dans l’organisation de l’Etat. La « récurrente incapacité d’apprentissage » de la haute administration, attachée à sa doxa, est un des obstacles à surmonter pour que l’Etat se mette à jour face aux nouvelles préoccupations, inexistantes dans la « science administrative » qui préside à son fonctionnement. Une science marquée par de nombreux aphorismes qui laissent penser que la promesse de la modernisation a été trahie, comme le sous-titre le laisse entendre.
La modernisation de l’Etat est un sujet à la mode depuis début 1968, tellement qu’elle a fait l’objet de 8 grands programmes, de la RCB (rationalisation des choix budgétaires) à AP22 (action publique 2022) en cours aujourd’hui. Des programmes qui se sont succédés sans bilan et sans continuité, et par suite sans succès véritable. Les auteurs parlent d’amnésie : « Le poids de l’amnésie ou du moins du manque de capacité d’apprentissage du système politico-administratif est redoutable ». Pour expliquer cet échec, les auteurs notent 4 traits dominants et permanents :
« - La prééminence d’une approche managériale descendante de type up-down,
- une élaboration par des cercles exclusifs voire fermés de hauts fonctionnaires,
- une domination quasi obsessionnelle du souci des économies budgétaires plutôt que d’une véritable rationalisation financière,
- des espoirs souvent insensés dans les innovations technologiques comme vecteurs porteurs d’innovation »
Un livre fort utile, donc, pour mieux comprendre le fonctionnement de l’appareil d’Etat, la « confrontation permanente entre les deux rationalités, politique et managériale », et par suite la difficulté à voir les nouveaux enjeux intégrés à la culture des haut fonctionnaires enfermés dans une « cage de fer cognitive ». Un livre de référence qui présente le concept même de modernisation de l’Etat et les différentes tentatives pour la mettre en œuvre. Il dévoile les « croyances » bien ancrées dans l’esprit des responsables, qui rejettent tout ce qui n’entre pas dans leur univers : « L’ignorance est un construit social, collectif et organisationnel. Elle est durable ». Pas au sens que nous aurions aimé, bien sûr.
 

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