En roue libre

Une anthropologie sentimentale du vélo
David Le Breton
© Terre Urbaine


Un livre en forme de sandwich. Une apologie du vélo et un appel à la « vélorution » en ouverture et en clôture, et inséré entre les deux une histoire du vélo, ses dimensions culturelles, ses apports sociaux. Le tout pimenté de nombreuses citations. Liste non exhaustive des auteurs convoqués par David Le Breton : Simone de Beauvoir, Eric Fottorino, Henri Miller, Pierre Sansot Jules Romain, Jules Renard, Alfred Jarry, Paul Morand, Mark Twain, Emile Zola, Marcel Proust, Maurice Leblanc, Jerome K. Jerome, Julien Gracq, Albert Londres, Bernard Charbonneau, et bien sûr Ivan Illich. Du beau monde assurément.


En selle ! Nous démarrons donc sur les bienfaits du vélo. Bienfaits pour la santé humaine, et pour la planète. « Il immerge en permanence dans la sensorialité du monde, parmi les odeurs, les paysages, les sons environnants ». Ce rapport au corps et aux sens est très important, car « les ressources musculaires, physiques ou sensorielles ne sont plus au cœur de la vie personnelle », regrette l’auteur. Les bons effets sur la santé sont mis en vis-à-vis des pollutions dont l’automobile est la cause, avec comme premières victimes les automobilistes. Dès l’enfance, le vélo tient un rôle dans la vie, il donne confiance en soi, il apporte du prestige, il est un « instrument d’émancipation ».
La suite est développée dans les derniers chapitres du livre, autour du terme « vélorution », dont l’origine est liée à une manif à vélo organisée par les Amis de la Terre en 1972, et transformée en 1976 en un « manifeste vélorutionnaire ». Vous y retrouverez une analyse du phénomène automobile, notamment dans es villes, et du comportement de l’automobiliste, enfermé dans son « cocon de métal et de verre ». La voiture a envahi les villes, et il convient à présent d’inverser la tendance, notamment pour lutter contre la pollution et les encombrements. Le vélo est l’avenir des villes, avec quelques nouveaux venus comme la trottinette. Coup de projecteur sur les conflits entre automobilistes et cyclistes, sur la lutte pour le partage de l’espace public, et même sur le port du casque qui dissuaderait des candidats au vélo de donner suite à leur envie. Rien sur le conflit entre cyclistes et piétons, moins dangereux que ceux incluant des voitures, mais non négligeables pour autant. Dommage.
Entre les deux, nous découvrons l’histoire de la petite reine. Premiers pas en pleine révolution française, et sous le directoire où elle est emparée par les « incroyables ». Une poutre et deux roues, que l’on fait avancer avec les pieds. 1817 : Elle devient une « draisienne », du nom de l’ingénieur allemand qui reprend le concept, puis viendront les pédales fixées sur la roue avant, laquelle s’agrandira pour donner le « grand bi », dont vous avez vu les images, avec une grande roue devant et une petite à l’arrière. Première randonnée avec ce redoutable engin en 1865, Paris Avignon en 7 jours. Le pédalier avec un chaine apparait en 1880, et le pneu avec chambre à air en 1890, inventé par un vétérinaire du nom de Dunlop. Nous assistons à la naissance du cyclotourisme, réservé à quelques privilégiés, et qui ne deviendra populaire qu’aux débuts du XXe siècle. C’est en 1902 que la Poste dote ses facteurs ruraux de leur bicyclette, tandis que le pape Pie X l’exclut pour les prêtres, comme incompatible avec la soutane.
Le vélo devient vite un instrument de compétition sportive. Première course de ville à ville en 1869, entre paris et Rouen, Bordeaux-Paris en 1891. Création du tour de France en 1903, calqué sur le parcours des compagnons du devoir. La presse sportive doit beaucoup au vélo et à la passion qu’il suscite. Les champions sont d’origine modeste et leur popularité atteint des niveaux exceptionnels. Nous entrons dans le domaine des mythes.
Une histoire passionnante, où l’anthropologie évoquée dans le sous-titre du livre, tient une place considérable. Bernard Charbonneau écrivait « on croit fabriquer une automobile, on fabrique une société(1) ». Le vélo pourrait-il fabriquer une autre société ? « Quand vous voyez passer un cycliste, ne vous fiez pas à son allure inoffensive. A sa façon, il est en train de changer le monde », répond Didier Tronchet dans son « Petit traité de vélosophie(2) ».

1 - L’hommauto, Denoël, 1967
2 - Petit traité de vélosophie, Plon, 2000.

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