Proportionnelle : une affaire de culture

Le résultat des élections législatives nous donne l'occasion de parler de gouvernance. Il s'agit de l'état en l'occurrence, mais la réflexion peut aisément s'étendre à bien d'autres organisations, collectivités locales, entreprises, syndicats ou associations.

Les élections d'un Parlement sont au cœur de tout régime démocratique. Leur fiabilité est la condition du bon fonctionnement et de la bonne gouvernance de l'Etat, ou de la collectivité quelle qu'elle soit. En l'occurrence le système majoritaire est particulièrement sensible à la moindre fluctuation dans les opinions. Il s'agit en fait de 577 élections parallèles dans la cohérence n'est pas assurée. 1% de poussée dans un sens peuvent peut changer le cours de l'histoire. C'est pour cela que des artifices ont été trouvés pour réduire ce risque, comme le couplage de l'élection présidentielle et de l'élection législative.

Il n'a échappé à personne que les thèmes de la campagne présidentielle relèvent en quasi-totalité du pouvoir législatif. Quel est alors le sens de l'élection des députés ? Nos institutions ont manifestement été conçues pour assurer une concentration des pouvoirs. Même dans le cas des élections à la proportionnelle, dans les villes et les régions notamment, il est prévu une prime majoritaire pour éviter de devoir constituer des alliances, de discuter entre groupes politiques. Notre culture ne croit guère au dialogue et au compromis. Est-ce un héritage de notre histoire et de l'ancien régime, nous sommes des adeptes de l'absolu, nous n’aimons pas le relatif.
Le mode de scrutin proportionnel est à l’évidence le plus juste. Est-il le plus performant ? Notons tout d'abord dans l'histoire de la 5e République qu'il a bien fonctionné dans l'unique cas où il a été mis en œuvre. Il a donné une majorité absolue à un gouvernement de cohabitation, lequel s'est empressé de revenir un mode de scrutin majoritaire, qui n'a pas donné la majorité absolue à son successeur. Il est vrai qu'il y a plusieurs modes de scrutin proportionnel, et que celui-ci était départementalisé. La plupart des quotients électoraux était élevé, ce qui a évité la multiplication de formations marginales. Un dispositif qui présentait en outre l'avantage d'assurer un lien entre les territoires et l'Assemblée nationale.
Mais la proportionnelle n'est-elle qu’un mécanisme institutionnel, ou un état d'esprit ? Un état d'esprit fondé sur un principe de responsabilité, et qui se constitue dans le temps. Quelle que soit la configuration de l'assemblée, chaque formation doit avoir à cœur son bon fonctionnement, accepter de transiger Ici et là sur son programme. Ce sont la rigidité des esprits et le calcul politicien qui sont les points faibles de la représentation proportionnelle, ce sont eux qui ont conduit à la recherche « quoi qu'il en coûte » d'une majorité absolue. Les mots compromis et compromission sont trop proches dans les esprits. Il s'agit donc d'une culture politique, largement répandu dans notre pays. Il ne s'agit pas que du personnel politique, mais aussi des électeurs, qui ne comprennent pas toujours la nécessité d'une certaine souplesse et d'une approche collective.

La 5e République est souvent associée au mode scrutin majoritaire, mais elle pourrait fort bien fonctionner avec une proportionnelle départementale. Faut-il encore que la culture populaire intègre cette évolution dans les états d’esprits et les exigences vis-à-vis des élus. Certains électeurs ne comprendraient pas, en effet, tel ou tel recul dans les positions de leurs élus, qui se verraient vite qualifiés de traitres ou de mous.
Il faut donc engager un apprentissage du dialogue et du compromis, nécessaire en politique comme dans bien d’autres aspects de la vie. Les mérites du « relatif » par rapport à « l’absolu » sont souvent méconnus. Le relatif présente évidemment des risques, mais l’absolu n’en est pas exempt non plus. Il ne permet guère de louvoyer pour atteindre ses objectifs. L’absolu fonctionne dans un univers linéaire, à une seule dimension, le relatif est mieux adapté à des systèmes complexes, où les interactions entre sujets sont multiples et parfois surprenantes. Il présente aussi l’avantage d’être évolutif, face à un absolu plus rigide, ce qui n’est pas un mince avantage dans un monde qui change rapidement, et rencontre chaque jour de nouveaux défis à relever. Un profond changement de culture est à entreprendre, ce qui ne sera pas aisé dans un univers où les médias et les réseaux sociaux favorisent les idées fortes et absolues, les conflits plutôt que la recherche de consensus, accusés par principe d’être mous. En route vers les consensus durs !

 

Edito du 22 juin 2022

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