Un nouveau regard pour construire le « monde d’après »

Nous avons bien du mal à abandonner les solutions traditionnelles à nos problèmes, même si elles n’ont pas donné les résultats escomptés. La disruption, un mot qui sonne bien dans les débats, peine à entrer dans les mœurs. Nous préférons reprendre les vieilles recettes, quitte à les renforcer et les combiner entre elles, que d’explorer de nouvelles pistes. C’est comme un traitement médical qui ne donnerait rien. La tentation est grande de forcer sur la dose plutôt que d’essayer autre chose.
Face aux défis du changement climatique, de la chute de la biodiversité, de la croissance de la population mondiale, et quelques autres, la demande sociale qui s’exprime s’oriente vers un renforcement des contraintes et des obligations de toutes sortes, plutôt que vers la recherche de nouvelles voies de développement. Les conclusions de la convention citoyenne pour le climat en sont une parfaite illustration. Plus de mesures traditionnelles, au lieu de nouveaux chemins à explorer. Le fameux proverbe « Ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique » est rangé au fond des tiroirs, il ne semble pas que les enseignements en aient été tirés. Ajoutons que chacun campe sur sa spécialité, et observe le monde à travers ce prisme, ce qui le conduit à ne trouver que des solutions dans son domaine, « Tout ressemble à un clou, pour celui qui ne possède qu’un marteau » selon Abraham Maslow, ou « chacun voit midi à sa porte » selon le bon sens populaire. Le financier ne verra pas de salut hors de la finance, l’ingénieur hors de la technique, le naturaliste hors de l’observation de la nature. Or nous savons que les solutions dont nous avons besoin ne peuvent naître que de la conjonction de toutes les disciplines, ce qui peut d’ailleurs heurter nos esprits cartésiens.
Ce sont de nouveaux modes de penser, de cadres de référence, de manière de qualifier les défis à relever, qu’il nous faut faire émerger, et faire adopter par le plus grand nombre. Et pour cela revenir aux choses simples. Prenons l’exemple du défi du vieillissement de la population, que connaissent de nombreux pays et qui ne peut que s’accentuer si nous voulons stabiliser la population mondiale. La question est abordée principalement, si ce n’est exclusivement, à partir de d’aspects financier, le financement des retraites et de la dépendance. Les vieux ne sont vus que comme des charges. Et s’ils étaient une ressource ? Voici une autre manière d’aborder la question, parfois évoquée mais rarement développée, qui permettrait d’aborder le vieillissement d’une manière positive, et d’explorer des réponses originales, impensables dans le cadre de penser dominant aujourd’hui. Dans un autre domaine, certaines voix s’expriment, à l’occasion du Congrès mondial pour la nature, à Marseille, pour rejeter les méthodes traditionnelles de protection, où l’humain est vite considéré comme nuisible, et qui n’ont pas donné satisfaction, au profit d’approches réhabilitant l’humain. Autre remise en question : nous nous sommes légitimement concentrés sur les espèces menacée, emblématiques, et c’est la nature « ordinaire » qui flanche…
De nouveaux cadres de référence, voilà de quoi bousculer l’ordre établi, les institutions, les groupes de pression, nos certitudes. Les cloisonnements traditionnels, clivages et autres postures idéologiques seront également remis en question, et il y aura bien des résistances. Il faudra du talent et des circonstances favorables pour les surmonter. Une élection présidentielle, dans notre pays, pourrait être l’occasion de présenter autrement les enjeux et les défis à relever, au lieu de reproduire les schémas idéologiques habituels, qui ont fait perdre leur crédibilité aux partis politiques. La disruption au profit du débat politique…
D’une manière générale, les sciences du comportement n’ont pas vraiment été sollicitées pour ouvrir d’autres voies de développement, compatible avec la finitude du monde. Un GIEC des comportements s’est constitué récemment, sous le nom de GIECo, pour apporter sa contribution aux autres acteurs du changement. Ceux-ci doivent résolument abandonner leur ancien catalogue de mesures traditionnelles, pour s’engager sur des pistes inexplorées ou négligées jusqu’à présent.
Echapper à la tyrannie des discours convenus, des usages, des conventions et des revendications traditionnelles, sans oublier pour autant l’historique des grands sujets qui nous préoccupent aujourd’hui, voilà une exigence qui contrarie tous les conservatismes, bien nécessaire pour accélérer le changement. La disruption au service du développement durable.

Edito du 15 septembre 2021

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