Révélations

La crise de la COVID nous a révélé un tas de choses. Par exemple, que le paracétamol était fabriqué en Chine, et, d’une manière générale, que nous ne maitrisions pas l’approvisionnement pour de nombreux médicaments courants. La cause aux coûts, faire des économies sur la santé semblait alors de bonne gestion. L’abandon des stocks de masques ressortit à la même logique. Première révélation : la santé a un prix, elle a aussi une valeur. La défaillance sanitaire révélée par la crise a mis cette valeur en évidence. Ce n’est pas la santé qui coûte cher, mais la mon-santé. Il est question aujourd’hui de rapatrier un potentiel de fabrication de ces médicaments.

La crise nous a aussi appris que les locaux de travail n’étaient pas suffisamment ventilés. Des raisons d’économies, ou d’ignorance ? Toujours est-il que nous apprenons que le renouvellement d’air dans la plupart de nos écoles et de nos bureaux est insuffisant. Merci COVID, de nous avoir ouvert les yeux. Le problème va bien au-delà de cette pandémie, il s’agit de toutes nos maladies infectieuses qui se diffusent en lieu clos, et qui pourraient être évitées si l’air y était sain. Il s’agit aussi de la qualité des activités scolaires ou professionnelles. Le niveau de ventilation est un des facteurs de productivité. Les résultats scolaires sont meilleurs dans des salles de classe dont l’air est renouvelé régulièrement, tout comme la productivité des personnels des bureaux. Des études nous l’avaient montré depuis des années, mais les enseignements n’en avaient pas été tirés, ni dans la réglementation ni dans les pratiques professionnelles. Qu’en sera-t-il demain ? On parle beaucoup de capteurs de CO2, pourquoi pas dans l’immédiat. Mais pour l’avenir et les nouvelles constructions, ou celles qui seront rénovées, mieux vaudrait intégrer directement la qualité de l’air dans les cahiers des charges.
C’est comme les points d’eau pour se laver les mains. De nombreux maires se sont plaints de ne pouvoir offrir aux élèves de leurs écoles primaires les lavabos nécessaires pour le lavage des mains recommandé par les autorités sanitaires. Ils ne savaient sans doute pas que ledit lavage avant de passer au réfectoire divise par deux le nombre de maladies infectieuses, bien avant que la COVID ne montre le bout de son nez. Encore une révélation pour de nombreux élus et leurs services.
Ces deux exemples nous montrent à quel point la question de l’hygiène de vie a été négligée dans le passé. Une préoccupation qui a dû être considérée comme marginale pour les uns, comme une contrainte pour les autres. Bien d’autres révélations sur les constructions pourraient être notées, comme l’étroitesse de nos logements, mise en évidence par le confinement, et accentuée par le développement soudain du télétravail.
Révélations de problèmes, ou de défauts de défaillances récurrentes, mais aussi de solutions. Justement, le télétravail, qui avait bien du mal à décoller en France, a explosé. La rapidité de ce changement d’échelle n’a pas permis d’en organiser la progression, ce qui a provoqué quelques problèmes, mais un pas formidable a été fait, de nombreuses réticences ont été levées. De nouvelles manières de travailler ont été révélées, et qui devront transformer à la fois les locaux d’activité et les modes de management des équipes.
L’économie de partage s’est développée entre particuliers avec, par exemple, Blablacar. Elle existait entre les entreprises dans le cadre de coopératives d’achat ou de commercialisation par exemple, mais restait marginale. La crise lui a donné une nouvelle vigueur, en révélant les avantages qu’elle procure. Accès à certaines ressources, meilleur usage de capacités de production ou de stockage, et même mise en commun de compétences. Le jeu de la concurrence n’exclut pas des formes de coopération, et les crises sont souvent l’occasion d’en retrouver le chemin. Le partage B2B a de beaux jours devant lui, si l’on en croit la note de Terra Nova sur le sujet.
Consécutive à la crise sanitaire vient la crise des matériaux et autres composants électroniques. Le premier résultat est la désorganisation des entreprises concernées, mais certaines d’entre elles cherchent des solutions alternatives. Le réemploi de matériaux ou des substitutions, voire des nouveaux procédés plus économes voient le jour, en attendant que des réponses industrielles se mettent en place et s’installent dans la durée. Une évolution sans doute inéluctable, boostée par la crise qui en a révélé l’urgence et l’intérêt.
Heureuse crise, si elle nous permet de progresser, de trouver des solutions inédites à nos problèmes, et même de revisiter ces fameux problèmes qui parfois n’en sont pas, sont mal posés, ou hérités d’un monde qui n’existe plus. Mais ce serait tellement mieux que ces avancées et bien d’autres aient pu naître sans crise… Celle-ci est-elle vraiment nécessaire pour que l’ingéniosité, l’agilité et la sagesse soient reconnues à leur juste valeur ?

Edito du 21 novembre 2021

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