Mémoire de 50 ans d’environnement

C’est le 8 janvier 1971, très précisément, qu’est né le premier ministère charge de l’environnement. Son 25e anniversaire, en 1996, avait été dignement fêté par la ministre de l’époque, Corinne Lepage. Janvier 2021, c’est le cinquantième anniversaire, et c’est le silence radio côté ministère. Aucun message, aucune manifestation particulière. Que signifie ce silence ?
Côté verre à moitié plein, ce silence peut se comprendre comme une reconnaissance. L’environnement est à présent intégré à la vie politique française, c’est un enjeu fort et bien identifié de l’action de l’Etat. Le ministère n’est plus un OVNI, il occupe sa place dans le concert du gouvernement, et il n’est plus besoin de marquer sa spécificité en le célébrant. Souhaite-ton leur anniversaire aux ministères en charge des routes, de l’agriculture ou des affaires étrangères ?
Côté verre à moitié vide, cette banalisation pourrait être prise pour un oubli. L’histoire de ce jeune ministère se délite, ce qui serait inquiétant quand on observe par ailleurs que la simplification administrative, évidemment nécessaire mais délicate, est l’occasion de revenir sur de nombreuses avancées que le ministère de l’environnement avait accumulées, parfois de haute lutte, au cours de ces cinquante années. On pense notamment aux études d’impact et aux enquêtes publiques, durement mises à l’épreuve au nom de l’efficacité de l’action publique.
Ce silence, à la fois du ministère en charge de l’environnement et par suite des médias, a pour effet fâcheux que le débat sur ces deux visions n’aura pas lieu. La place de l’environnement dans les politiques publiques semble pourtant un enjeu fort, à la fois pour leurs citoyens, leur qualité de vie et leur participation aux décisions, et pour la planète qui n’en peut plus.
En cinquante ans, l’environnement a connu des sorts variés. Tantôt tout seul et indépendant, tantôt sous tutelle d’un ministère traditionnel, tantôt associé à d’autres domaines, le tourisme, l’aménagement du territoire, le cadre de vie, l’énergie et même jeunesse et sports. D’autres rapprochements auraient été envisageables, avec la santé par exemple. Le caractère transversal de l’environnement rend difficile son positionnement. Il est partout. Aux domaines cités ci-dessus, on pourrait ajouter l’agriculture et l’alimentation, l’industrie, la construction, les transports, la culture, l’éducation, les affaires étrangères, le budget, etc. Toute la liste des ministères habituels. Le choix de l’associer à tel ou tel secteur, comme aujourd’hui où il se trouve avec l’énergie, la mobilité, l’aménagement, et le logement, peut mettre l’accent sur des priorités, mais il ne doit pas faire oublier le caractère interministériel de l’environnement.
En décembre 1989, le ministère avait 18 ans, juste sa majorité légale, un colloque avait été organisé avec le concours des plus hautes autorités de l’Etat sous le titre « Ecologie et pouvoir ». Une rencontre pour explorer les liens entre l’environnement et les autres ministères, pour sensibiliser ces derniers à leurs responsabilités en matière d’environnement. Une démarche analogue, à l’aube d’une décennie que tous les experts disent cruciale pour l’avenir de la planète, serait la bienvenue.

Edito du 13 janvier 2021

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