Discrimination différenciée


L’égalité des chances va connaitre une nouvelle étape. Cinq écoles de fonction publique vont s’ouvrir aux jeunes « talents » issus de milieux défavorisés. Et on parle d’Albert Camus, distingué par son instituteur parmi les autres élèves, et de bien d’autres qui doivent tout à la République. Des classes « talents » vont se multiplier sur notre territoire, deux par région (il vaut mieux habiter la Bretagne que la Nouvelle Aquitaine…), pour préparer ces talents aux concours de la fonction publique, où 15% des places offertes aux concours externes leur seront réservés. Les « classes populaires » seront ainsi mieux représentées parmi nos dirigeants.
Attention, il ne s’agit pas de discrimination positive, dit-on en haut lieu, les épreuves seront les mêmes pour ces « talents » que pour les autres candidats, et une fois intégrés, ils seront assimilés aux autres élèves. Le terme de discrimination positive est en effet ambigu. Il laisse penser que les bénéficiaires ne sont pas au même niveau que les autres, qu’il s’agit en fait d’une faveur due à son origine ou toute autre considération, plutôt qu’à la qualité des candidats. Des « pistonnés » d’un nouveau type, en quelque sorte, accompagné d’un doute sur la valeur des intéressés. Pas fameux.
Il est surprenant que les talents recherchés soient ensuite inscrits dans le même moule que leurs congénères. A quoi bon élargir le champ de la recherche si c’est pour, en définitive, faire la même chose qu’avant ? D’accord pour ouvrir ces formations aux jeunes de quartiers défavorisés, mais ça ne résout qu’une partie du problème. La question est celle des nouvelles compétences dont nous avons besoin, dont nous aurons besoin dans un futur que nous ne pouvons imaginer aujourd’hui. Le monde actuel est amené à de profondes transformations, et les qualités nécessaires pour l’opérer dans de bonnes conditions ne sont pas les mêmes que celles qui nous ont conduit là où nous en sommes. La sélection, parfois appelée républicaine quand elle assure l’égalité des chances, est une forme de discrimination à partir d’une grille d’évaluation, le plus souvent issue du passé, parfois même de la tradition. C’est cette grille qu’il faut revoir, pour s’assurer de disposer de compétences variées, couvrant le spectre le plus large possible. Favoriser les différences, et inclure cette préoccupation dans la sélection et les cursus de formation. Le recours à des talents nouveaux ne peut se faire à partir du même vivier qu’auparavant, il faut chercher ailleurs, et notamment dans les milieux délaissés jusqu’à présent. Ce n’est évidemment qu’un début. Il faut ensuite les faire vivre, les aider à trouver leur propre voie, et ce n’est pas en les formatant comme les autres que l’on y parviendra. L’ouverture des systèmes de sélection doit se prolonger dans les programmes, le contenu des formations, et la manière d’enseigner. Le développement durable est « un autre mode de penser ». Une logique bien formulée par Albert Einstein pour qui « un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé ».
Recherche de talents, oui, mais pour diversifier et enrichir notre manière de réfléchir, une discrimination différenciée.

Edito du 17 février 2021

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