Au-delà des villes

Les mauvaises idées ont la vie dure. La semaine dernière, le ministre en charge de la ville et du logement l'a encore répété en présentant son plan pour une ville durable et neutre en carbone en 2050 : à cette date, 70% de l'humanité vivra dans des villes. A force de répéter cette déclaration, on pourrait finir par penser que c'est inéluctable, alors que cette concentration dans les villes, au détriment des campagnes et des territoires en général, est une bonne partie du problème. Vider les campagnes comme point de départ de la réflexion n'est pas la bonne approche. Bien sûr, il faut de villes durables, mais la question est aussi de rééquilibrer la population sur l'ensemble des territoires, au lieu de la concentrer. La densité de population permet effectivement de faire quelques économies d'échelle, mais elle impose aussi des solutions couteuses et pas toujours performantes côté environnemental.

Circuits courts insuffisants, concentration des rejets de toutes natures, eaux usées, déchets, émissions de polluants dans l'air. A l'inverse, la faible densité permet à la nature de digérer les rejets, d'établir des circuits d'approvisionnement de proximité, de capter l'énergie du soleil et du vent. La faible densité a des vertus, notamment d'occuper le territoire. La vraie question est la manière de l'occuper. Agriculture intensive, sols compactés par de puissantes machines, coupes à blanc dans les forêts, autant de pratiques déplorables, mais issues d'une co-évolution des grandes villes et des campagnes. Il fallait des bras pour l'industrie, il fallait des hauts rendements pour nourrir les villes. Le modèle s'est imposé, mais il est aujourd'hui remis en question. Des villes, oui, et même des grandes villes, mais pas tentaculaires, et en équilibre avec leur arrière-pays, leur "hinterland". Deux aspects particuliers donneraient un avantage à la ville : la mobilité (et l'accès aux services publics en général), et la consommation d'espace. Deux thèmes importants sur lesquels des progrès pourraient être faits, en freinant l'étalement autour des villages et des petites villes, et en développant des moyens de transport alternatifs en zone peu denses, sans parler d'Internet qui change la donne. La faible densité peut également avoir des vertus sociales. Le Limousin, par exemple, région peu dense et plutôt défavorisée en temes de PIB, est la première sur l'indicateur de santé sociale.
La question de la concentration en ville est réelle dans notre pays, mais elle est encore plus sensible dans les pays du Sud, où l'agriculture est souvent une parente pauvre des politiques de développement concentrées sur des villes qui deviennent énormes avec d'immenses problèmes environnementaux. Arrêtons donc de considérer que l'avenir de l'humanité est dans les villes, il n'y est qu'en partie et il faut évidemment que les villes soient "durables". Les campagnes sont aussi notre avenir, et des réponses adaptées doivent être recherchées pour les maintenir riches et bien vivantes, prospères et créatives à leur manière.

 

Edito du 12 février 2020

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