Au-delà des croyances

L'actuel président des Etats Unis nous y a habitué, nous privilégions les nouvelles qui nous arrangent, c'est bon pour le moral. Depuis La Fontaine, nous savons que le flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute, mais cela ne nous empêche pas de croire ceux qui nous donnent les informations que nous espérions. A l'inverse, les nouvelles qui nous déplaisent ne peuvent venir que de malveillants, de menteurs patentés, de manipulateurs. Il parait que les Français sont méfiants par nature, mais les infox circulent de mille manières, les réseaux s'activent de telle sorte qu'elles finissent par s'imposer. Les américains ont été à bonne école pendant 4 années, les positions idéologiques tenant lieu de vérité, sans contestation possible. Les croyances sont de retour, et imposent leur loi. Comment lutter contre un tel phénomène ? La foi n'est pas du même ordre que la raison. Elle permet justement d'expliquer ce qui échappe à la raison, elle ressortit à l'être et non pas à l'avoir. Elle ne se négocie pas et changer de croyance est une sorte de renoncement, une résignation, une perte de personnalité. Ce n'est donc pas avec la raison que l'on s'attaque aux croyances. Bien au contraire, les arguments raisonnables sont dérisoires face aux croyances, et se retournent inévitablement contre ceux qui les utilisent. Un constat qui peut se vérifier aussi bien pour les radicaux religieux que pour tous ceux qui croient aveuglément au progrès et refusent tout débat sur ce sujet, ou encore les adeptes des théories millénaristes et des apparitions d'extraterrestres.
La situation du monde aujourd'hui est propice à l'émergence de croyances. Nous sommes déstabilisés et cherchons des points d'appui, des valeurs sures. Les nouveautés technologiques, les changements d'équilibres dans le monde, les incertitudes sur l'avenir de la planète, créent un climat d'insécurité, auquel chacun tente de réagir. Certains vont se tourner vers un dieu, et lui donnent les attributs conformes à ce qu'il attend, d'autres mettront leur espoir dans la science qui résoudra tous les problèmes, d'autres ne verront d'issue qu'en contribuant à leur manière à l'insécurité ambiante. Comment, dans un tel contexte, faire avancer l'idée même d'un développement durable ? Certains jouent la carte de la peur de l'avenir, de notre responsabilité vis à vis de nos enfants et petits-enfants. Ce ne sont plus des générations futures abstraites, mais bien les toutes prochaines, qui ont déjà commencé leur vie sur terre. Ajouter la peur à l'insécurité ambiante, aller jusqu'au bout et tenter de récupérer le mouvement est une stratégie bien hasardeuse, et qui peut se retourner contre ceux qui la préconisent. Paul Valéry disait que la sensibilité est le moteur de l'intelligence. Suivons cette proposition, et tentons de toucher la sensibilité non pas par la peur, qui a fait suffisamment de dégâts, mais par l'envie, l'envie d'autre chose. La mode est au "story telling", au récit. Alejo Carpentier nous le dit avec une approche symétrique : "les discours s'étaient substitués aux mythes". C'est peut-être un triste constat, mais le développement durable ne trouvera pas la force dont il a besoin dans le simple appel à l'intelligence. Il a besoin au préalable d'une fibre sensible, qui donne envie d'avancer. Le besoin de proximité, face à l'insécurité que produit la mondialisation, la quête de sens, pour savoir ce que nous voulons faire de nos vies, font l'objet d'attentes fortes dans nos sociétés à la fois d'abondance et en danger de déclassement. Voilà des cordes sensibles à stimuler pour transformer le sentiment d'insécurité en un moteur de dépassement de soi, au-delà de toutes les croyances. Il y en a bien d’autres, comme l’amour de la nature ou le goût de l’aventure. A vous de choisir !

Edito du 18 novembre 2020

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