Le changement, c’est maintenant !

Quel paradoxe ! Ce sont les marchands d'énergie qui nous incitent dans la grande presse à économiser. Nous aurions attendu ce discours de la part de l'Etat mais non, le discours de ce côté-là reste de « rassurer les Français ». Tout faire pour qu’ils n’aient pas à changer leur mode de vie. Pourtant, le signal prix est un des leviers les plus sûrs pour obtenir un changement de comportement. Il a été largement utilisé pour des causes d'intérêt général, comme la hausse du prix du tabac au bénéfice de la santé publique. Taxer les comportements les plus néfastes pour la collectivité et notamment pour l'environnement ou le climat, est une application de ce principe, et ce n'est pas parce qu'il a été mal mis en œuvre dans le passé qu'il faut l'abandonner. Le coût réel des choses est souvent bien supérieur au prix payé, lequel ignore de nombreuses charges, comme des dégradations de l’environnement, du climat, de la santé publique, payées de fait par la collectivité. La vérité des prix doit devenir a règle. Elle a longtemps été négligée, et le retour aux réalités est parfois douloureux.

Proportionnelle : une affaire de culture

Le résultat des élections législatives nous donne l'occasion de parler de gouvernance. Il s'agit de l'état en l'occurrence, mais la réflexion peut aisément s'étendre à bien d'autres organisations, collectivités locales, entreprises, syndicats ou associations.

Les élections d'un Parlement sont au cœur de tout régime démocratique. Leur fiabilité est la condition du bon fonctionnement et de la bonne gouvernance de l'Etat, ou de la collectivité quelle qu'elle soit. En l'occurrence le système majoritaire est particulièrement sensible à la moindre fluctuation dans les opinions. Il s'agit en fait de 577 élections parallèles dans la cohérence n'est pas assurée. 1% de poussée dans un sens peuvent peut changer le cours de l'histoire. C'est pour cela que des artifices ont été trouvés pour réduire ce risque, comme le couplage de l'élection présidentielle et de l'élection législative.

Le travail en campagne

La valeur travail est à l’honneur. Tous les partis la mettent en avant dans le cadre de la campagne pour les législatives. Ils ont raison, mais quelle conception de la valeur travail ont-ils, quelles conséquences en tirent-ils ? La valeur-travail est souvent réduite à sa rémunération, la célèbre formule « travailler plus pour gagner plus » en est une parfaite illustration. C’est simple, mais est-ce juste ?

Eloge de la visibilité

Que ne reproche-t-on pas aux éoliennes ! Pas tout le monde, heureusement, les trois quarts des français en ont une bonne opinion, et c’est encore plus pour ceux qui habitent à leur proximité. Mais un groupe très motivé, qui fait beaucoup d’agitation, occupe vite tout l’espace, et laisse penser que tout le monde pense comme eux. Un groupe qui fait flèche de tout bois contre ces moulins à vent du XXIe siècle. Une accumulation d’infox pour l’essentiel, et l’accent sur les défauts inévitables, que toute source d’énergie présente. Le défaut le plus évident, c’est que les éoliennes se voient. Alerte au paysage ! Il semble bien que ce soit l’argument majeur des opposants, auquel s’accrochent toutes sortes de phantasmes, comme le lait des vaches qui tournerait aux alentours des éoliennes.

Eloge de l’horizontal

Il est toujours instructif d’observer les cloisonnements qui nous empêchent de penser. Il semble que le lien environnement et santé n’ait jamais été fait. L’environnement, ce sont les petits oiseaux et les petites fleurs, ou encore ces vilaines pollutions qui tuent les poissons dans les rivières ; et la santé, ce sont les hôpitaux en crise, les médecins qui manquent dans les campagnes, les laboratoires pharmaceutiques qui font des bénéfices incroyables. Le lien « environnement-santé » ne vient pas spontanément à l’esprit. Deux visions étroites, mais aussi deux administrations avec leurs domaines propres, deux thématiques bien distinctes dans les rédactions des journaux, deux classeurs différents dans nos cerveaux. Or il se trouve justement que notre santé dépend pour les ¾ de facteurs environnementaux. Nous ne partons pas de zéro. Le lien est souvent exprimé pour la pollution de l’air, qui fait des morts, il l’est moins avec la qualité de notre alimentation, ou avec notre relation avec la nature et les paysages. Et pourtant, si nous nous intéressons à la qualité de l’air, c’est parce que nous le respirons, à la qualité de l’eau, c’est parce que nous la buvons ou que nous nous y baignons, aux paysages parce que notre sentiment de bien-être y est attaché. Notre santé, si l’on en croit l’OMS, « est un état de complet bien-être physique, mental et social », bien au-delà les soins et des médicaments. Notre cadre de vie, notre alimentation, la qualité de nos relations au monde, en sont des facteurs clé. Habitat et mode de vie, voilà les fondamentaux des politiques de santé, du point de vue « amont », comment rester en bonne santé, et même comment vivre mieux.
Le Conseil économique, social et environnemental a adopté le 10 mai dernier un rapport et des propositions sur le sujet. Le constat est clair. « Les conséquences des dégradations de l’environnement sur la santé s’aggravent et sont de plus en plus documentées ».
L’environnement est reconnu comme une approche transversale, dont la responsabilité incombe désormais à la Première ministre. Le lien avec la santé est une déclinaison de cette nouvelle organisation administrative, comme il l’est avec les politiques d’aménagement et d’habitat. Soyons « horizontaux, explorons cette trilogie, environnement, santé, aménagement.
Logement, lieux de travail et de loisirs, espaces publics de proximité, contribuent pour une bonne part à l’ensemble des expositions auxquelles nos organismes, nos corps, sont soumis. Le terme d’exposome recouvre ce champ de recherche médicale, apparu il y a une quinzaine d’années pour comprendre les effets de l’ensemble des facteurs environnementaux qui se cumulent en nous tout au long de notre vie : ce que nous respirons, ce que nous ingérons, les radiations, le bruit, le paysage, les influences multiples auxquelles nous sommes exposés, ont des effets, bons ou mauvais, sur notre santé physique et mentale, ils se combinent entre eux et produisent des cocktails qui laissent souvent la science démunie. L’habitat est au cœur du sujet, qu’il s’agisse des emplacements, de la conception et l’organisation des locaux, des modes de vie auquel il invite, des matériaux utilisés, des modalités et des pratiques d’entretien et de maintenance.
Au plan mental, la lutte contre la solitude demande un aménagement favorable aux rencontres, magasins de proximité, espaces publics, bancs, etc. La qualité du paysage urbain, le calme ou l’animation selon les cas, le traitement de cheminements piétons, illustrent les marges de manœuvre côté aménagement extérieur. Celui-ci pourra susciter des mobilités actives. Faire du vélo fait faire des économies substantielles à la sécurité sociale. La réhabilitation de l’escalier dans les bureaux, où la tendance spontanée serait plutôt à l’ascenseur même pour un étage, est un exemple de mesure simple dans le tertiaire. C’est une ergonomie des cheminements externes et intérieurs qui nous pousse à « bouger », comme les publicités officielles nous y incitent.
Un urbanisme « climatique » est une autre piste pour favoriser la santé. Des rues orientées en fonction des vents dominants, tant pour évacuer et disperser la pollution que pour offrir des microclimats agréables. Un plan permettant le plus possible l’accès au soleil, prévoyant une présence de l’eau, fontaine, berge d’une rivière, étang, etc. et d’une végétation source d’apaisement, pourvoyeuse d’ombre, favorable à la qualité de l’air, à l’accueil d’oiseaux (mais attention aux allergies et à ne pas freiner la dispersion des polluants).
La recherche de co-bénéfices est consubstantielle au développement durable. Le double, ou multiple dividende. Environnement, habitat, santé, il faut gagner sur les 3 tableaux à la fois, et c’est même la seule manière de progresser aujourd’hui. Une approche transversale, au-delà des cloisonnements qu’il a bien fallu poser pour faciliter l’action, mais qui ne doivent pas être étanches. Notre environnement quotidien, pour une grande part dans des locaux, détermine notre santé, et nos modes de vie, eux-mêmes en relation directe avec notre santé. La séparation des compétences a conduit les politiques sectorielles, agriculture, aménagement, industrie, etc. à répondre à des exigences minimums, ne pas nuire. Allons plus loin, cherchons les co-bénéfices, ces impacts positifs qui enrichissent les approches thématiques : ce serait un grand pas sur la voie du développement durable.

Edito du 1er juin 2022

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