Les nouvelles monnaies

La Libra, cryptomonnaie créée par FaceBook, fait débat. Voilà une monnaie parallèle, qui facilite les transactions sans avoir besoin de banque centrale pour assurer une valeur de référence. Tout se passe directement entre acteurs. Comme pour les monnaies locales, dites complémentaires, mais l'échelle est bien différente. La monnaie locale a pour objectif de favoriser les échanges de proximité, alors que la proximité de la Libra est celle d'Internet, déconnectées des territoires. Echelle d'un bassin de vie dans un cas, échelle planétaire dans l'autre. Les deux ont leur intérêt, mais ce n'est pas le même, ne mélangeons pas. Une autre différence doit être soulignée. La monnaie locale n'est pas virtuelle, elle est physique, et permet ainsi de préserver l'anonymat des transactions.

Construction : le hard et le soft

C'est la semaine du grand salon du bâtiment, BATIMAT. On y parle beaucoup de technique et d'environnement, de nouvelles règlementations, toujours plus ambitieuses et intégrant le carbone. Il faut construire "bas carbone". Le label expérimental proposé pour anticiper la nouvelle règle, qui doit voir le jour en 2020, s'appelle E+C-, énergie positive et bas carbone. Très bien, mais on y cherche en vain la finalité de la construction, offrir à des êtres humains un cadre de vie agréable, où chacun aura plaisir à habiter, à travailler, ou à faire du sport par exemple. Il est bien de s'intéresser au "comment", mais il ne faut pas oublier le "pourquoi", la raison d'être d'un bâtiment. La contrainte, à savoir être économe en ressources, semble prendre la place de l'objectif recherché, le bien-être. Un retournement qui peut faire des dégats, s'il entraîne une baisse d'exigence sur le confort, la vie sociale, la qualité de vie en général.

Un ouveau mode de penser

ça se passe en Allemagne, mais ça viendra en France dans quelques années. Il s'agit de l'âge de départ à la retraite. Il est question de monter progressivement à 69 ans. On parle aussi de 70. Le problème est de trouver l'équilibre entre les "actifs" et les "retraités", dans une société qui vieillit régulièrement. Pendant longtemps, la politique en France a consisté en une promotion de la natalité. Faire plus d'enfants, voilà la solution. Oui, mais une solution dans un monde infini, car la logique nataliste serait alors une croissance sans fin de la population. Est-ce bien raisonnable dans un monde que nous savons "fini" et non "infini" ?

Publicité et climat

Evidemment, le consommateur a le choix, et il peut imposer ses préférences au producteur, mais nous savons bien que ce dernier s'ingénie à orienter les choix. La publicité est là pour donner envie. Mais peut-on donner envie de n'importe quoi ? Peut-on accepter que nos écrans de télévision soient mis au service de publicités pour des produits notoirement néfastes pour le climat ? Les incitations à la haine et à la violence sont interdites, pourquoi ne pas interdire les incitations à l'irresponsabilité climatique ? Celles-ci pourraient être modérées s'il y avait une taxe carbone dissuasive, mais ce n'est pas le cas. A défaut d'outil économique, utilisons les outils réglementaires. Un exemple pour illustrer cette interrogation. Les SUV sont à la mode, c'est avec ces modèles que les constructeurs d'automobiles font leurs affaires. Mais ces voitures consomment sensiblement plus que les modèles classiques équivalents. Tous les efforts pour réduire la part de la mobilité dans nos émissions de gaz à effet de serre sont compromis par cette poussée des SUV. Doit-on assister passivement à cette mode, au risque de se rendre coupable de "non-assistance à climat endanger" ? Les voitures grosses consommatrices sont parfois utiles, dans certaines circonstances, mais le spectacle de puissantes 4x4 là où des citadines feraient parfaitement l'affaire est difficilement tolérable, surtout qu'il s'accompagne d'un encombrement inutile de nos rues. Sans interdire, pouvons-nous dissuader ou au minimum ne pas encourager ? Notons au passage que le développement de la location facile de voiture, en substitution de son acquisition, permettrait de choisir la voiture adaptée à chaque usage, et d'avoir accès à la grosse voiture uniquement quand elle serait nécessaire. Le premier choc pétrolier, dans les années 1970, avait provoqué une modification de la demande des automobilistes, au profit de petits modèles peu gourmands. Aujourd'hui, malgré quelques alertes qui font toujours beaucoup de bruit, le prix du baril reste modéré. La demande ne s'oriente plus vers des modèles économiques. L'effet de serre ne figure guère dans les critères d'achat des voitures. Le phénomène déclencheur des "gilets jaunes" montre qu'il serait hasardeux de compter sur un signal prix pour réduire la consommation. La moindre hausse provoque des levées de bouclier. Faute de pouvoir manier des instruments dissuasifs, nous pourrions au moins bloquer les incitations à des achats déraisonnables.

Edito du 23 octobre 2019

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Du coût perçu au coût social

Vous connaissez le célèbre adage : Privatisation des bénéfices, socialisation des coûts. Une pique qui vise le grand capital, pour être caricatural, mais qui concerne beaucoup plus de monde, et notamment des modestes citoyens qui font des dégâts dans leur vie courante. Ce que l'on appelle les "coûts externes" sont par nature socialisés, et payés par tout le monde. Et ils sont lourds, 100 milliards d'euros pour la pollution de l'air, produite en bonne partie par l'automobile au détriment des citadins, 60 pour le bruit. Ils sont élevés mais pas facturés, ils ont fait leur trou progressivement, de manière indolore. Ils ont été intégrés dans les calculs économiques des acteurs. Valeur zéro, puisque ce ne sont pas eux qui les assument. Tout retour en arrière, ou toute application simple du principe "pollueur-payeur", devient une affaire d'Etat.