Argent, Economie et PIB

Rien faire

Qu'il est doux de ne rien faire... surtout si on cherche à faire des économies. Les dépenses pour l'environnement sont souvent montrées du doigt, en période de crise. La tentation de l'inaction dans ces domaines est forte. Ce serait un bien mauvais calcul.

Comme en matière de santé, il est d'usage de s'inquiéter des dépenses pour l'Environnement. N'est-ce pas du luxe, de l'argent improductif qui serait mieux utilisé ailleurs ?

En période de crise financière et de restrictions budgétaires, ne faut-il pas réduire les dépenses consacrées à l'environnement ?
Deux rapports récents viennent contredire cette thèse. Tout d'abord l'OCDE, nous dit qu'il est nécessaire et urgent d'engager dès à présent une action globale de manière à éviter les coûts et conséquences considérables de l'inaction, tant du point de vue économique que sur le plan humain (1). C'est un cri d'alarme qui est lancé et qui met en avant les risques du « rien faire ». C'est tellement facile de ne rien faire, de reporter telle ou telle action, telle ou telle dépense. En plus, dans le cas fréquent de programmes partagés entre plusieurs pays, ou de vastes programmes internationaux comme la lutte contre l'effet de serre ou la préservation des ressources halieutiques, la décision est tellement difficile à obtenir. L'OCDE s'inquiète particulièrement de ces enjeux qu'elle a classés en quatre grands défis : changement climatique, biodiversité, eau, santé et environnement.
Paradoxalement, l'une des réponses proposées par l'OCDE est justement l’inaction : la suppression des subventions aux actions préjudiciables à l'environnement. La production et l'utilisation de combustibles fossiles par exemple ont bénéficié ces dernières années de 45 à 75 milliards de dollars américains par an de subventions dans les pays de l'OCDE. Faut-il continuer à financer une économie coûteuse à tous égards, et qui plus est obsolète, sans avenir, au lieu de consacrer cet argent à l'économie de demain, décarbonée ? Une autre mesure proposée est de faire en sorte que les prix reflètent mieux la véritable valeur du patrimoine naturel et des services éco systémiques, avec l'exemple notable de l'eau. Toujours dans le champ de l'économie, il convient ensuite de rendre la pollution plus coûteuse que les solutions plus vertes . On évoque ainsi les taxes ou des systèmes d'échange de permis d'émissions. Autre piste, très classique : encourager l'innovation verte, avec un soutien public à la R&D. Enfin, concevoir des réglementations et des normes efficaces. C'est donc un ensemble de mesures financières, industrielles et réglementaires qui est proposée par l'OCDE pour réduire ou même supprimer les conséquences de l'inaction. L'enjeu est clairement affiché : la dégradation et l'érosion notre capital environnemental naturel risque de se poursuivre jusqu'en 2050, entraînant des changements irréversibles qui pourraient mettre en péril les acquis de deux siècles d'amélioration des niveaux de vie.
Le deuxième document est publié par la commission européenne. Il s'agit d'une communication relative à l'amélioration de la mise en œuvre du droit de l'environnement au sein de l'union européenne, adoptée le 7 mars dernier. On n'y apprend que ces réglementations, souvent accusées de coûter cher et de freiner le développement économique, sont en réalité rentables et Sources de nombreux emplois. La mise en œuvre de la politique des déchets par exemple, permet de créer 400 000 emplois et d'économiser 72 Milliards d'euros par an par rapport à un scénario où la réglementation ne serait pas appliquée. Globalement, les défauts d'application des réglementations entraînent un coût évalué à 50 milliards d'euros chaque année.
Le « rien faire », ou la négligence dans l'application des textes, a des effets économiques multiples. Il y a bien sûr la réparation des dégâts sur la santé humaine et sur l'environnement, dont le coût peut être bien supérieur à leur prévention. Il y a aussi une insécurité juridique pour les entreprises, dont on connaît les effets désastreux sur leur capacité à se projeter dans le futur et à investir. Les fondements du marché européen, du marché unique, sont remis en question par des applications fantaisistes des réglementations sur l'environnement.
Cette situation est d'autant plus inquiétante que de nombreuses entreprises privées pourraient tirer bénéfice de ces réglementations, à condition de les intégrer dans leurs stratégies. Un meilleur dialogue entre les autorités publiques et les entreprises est d'ailleurs recommandé pour améliorer l'application des réglementations.
En période de crise, tout ce qui paraît être un Frein à l'activité est en danger. La croissance n'est en effet mesurée que par l'activité, sans considération pour les ressources prélevées et les dégradations du capital productif. La comptabilité nationale ne dispose que d'une seule colonne, celle des recettes, et ne tient pas compte des dépenses engagées, physiquement, biologiquement et bien sûr humainement, pour les obtenir.
L'inaction en matière d'environnement, le « rien faire », pourrait apparaître comme étant une des clés de sortie de crise, et les pressions sont nombreuses à s'exercer dans ce sens. Une analyse sérieuse des coûts véritables montre que ce serait une erreur grave et que le bilan serait dramatiquement négatif. La sortie de crise est à l'évidence dans une réorientation de l'économie. S'il est un domaine où il ne faut rien faire, c'est bien l’aide à des activités notoirement néfastes pour l'environnement et la santé humaine, l’aide à l'économie du Passé, qui détourne les ressources dont on aurait bien besoin pour explorer le futur.

1 Perspectives de l'environnement de l'OCDE à l'horizon 2050 : les conséquences de l'inaction. Mars 2012

 


Chronique mise en ligne le 8 avril 2012

Mots-clés: PIB, risque, facteur 4, économie

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