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L’environnement variable d’ajustement

Moins 1,3 milliards d’euros pour l’énergie et le climat, abandon de toute ambition environnementale et climatique dans le programme du Parti populaire européen, l’environnement n’est manifestement plus une priorité. Tout juste une variable d’ajustement.

Nous devons nous préoccuper d’environnement parce que l’environnement est notre milieu de vie, à nous les humains, l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons, la couche d’ozone qui nous protège, le climat qui rythme nos vies, et bien d’autres choses encore. Il nous fournit nos ressources, alimentation et matières premières, et il digère nos rejets. Il y a bien sûr d’autres raisons de protéger l’environnement, d’ordre philosophique ou éthique, mais n’oublions pas que la bonne santé de la planète est la condition de la bonne santé des humains. Les politiques d’environnement ne sauraient être considérées comme marginales, un luxe, une bonne action, une cerise sur le gâteau, toutes désignées pour être sacrifiées en cas de difficulté, financière ou politique. Les attaques de plus en plus vives dont l’environnement est l’objet semblent inspirées par cette vision de l’environnement comme un luxe. Elles oublient que l’environnement est partout, dans nos vies personnelles, nos activités, comme dans les grands choix de société.
La crise de l’énergie provoquée par le conflit ukrainien a été révélatrice pour beaucoup. Nous avons découvert qu’il y avait de l’énergie partout. Nous le savions pour l’essence pour nos voitures, ou le gaz pour le chauffage et nous savions que l’industrie en consommait sa part. Le panel s’élargit brutalement avec le risque de pénurie. Chaque objet contient de l’énergie, nos équipements courants, notre nourriture, et nous n’y prêtions guère attention. Pareil pour les services, le nettoyage des maisons comme la santé. L’énergie est omni présente, intégrée dans des produits ou consommée par l’usage de ces produits.

Et puis il y a l’eau douce. Là encore, nous n’y prenions pas garde, mais elle est partout, commencer dans nos corps dont elle constitue les deux tiers en volume. Nous la buvons, nous faisons la cuisine avec, nous nous lavons avec, nous nous y baignons, et là nous la voyons bien, nous en avons conscience. Elle se trouve aussi incorporée dans notre alimentation et un grand nombre de nos équipements courants. Il en faut 600l pour produire un kilo de bœuf, et presque trois fois plus pour un fabriquer un ordinateur portable. Des moyennes bien sûr, il y a beaucoup de paramètres à intégrer, qui provoque des écarts, donc des marges de progression.

Le carbone est aussi à la mode. Très lié à l’énergie, mais avec sa logique propre, car nous savons aujourd’hui décarboner l’énergie. Nous faisons des bilans « carbone » pour tous nos biens et services. 50 kg d’équivalent CO2 pour un kg de viande de bœuf, la moitié pour un gigot d’agneau, 8 grammes seulement pour 1 km en TGV. Là encore, le carbone est partout, accumulé tout au long du cycle de vie d’un produit ou nécessité pour assurer un service.

Plus généralement, il y a des grands cycles de matière dans la planète, qu’il convient de respecter. Nos pratiques les bousculent souvent, ce qui produit des effets sur un tas de sujets. Il y a le carbone, mais aussi l’azote et le phosphore. La production primaire en est largement dépendante, avec des risques de carence si les cycles sont perturbés. Nous ne le voyons pas, il faut le mesurer pour savoir si nos comportements sont compatibles avec la bonne santé des milieux. Le vivant est affecté par ces déséquilibres, comme par la gestion de ces milieux que nous habitons et que nous exploitons. Nous y laissons une empreinte. Celle-ci est bien connue des spécialistes, qui tentent de mesurer l’impact de nos activités. Elle est parfois globale, l’empreinte écologique, parfois sectorielle, empreinte carbone, eau, etc.

Au-delà d’un outil de suivi et d’orientation, les empreintes sont des instruments pédagogiques. Elles mettent au jour des données et des mécanismes dont nous ne soupçonnions même pas l’existence. Il ne faut pas les prendre à la lettre, il y a beaucoup d’imprécision et d’hypothèses dans leur élaboration, mais les ordres de grandeur sont là. Elles nous rappellent surtout que l’environnement est partout, dans tous les gestes de la vie courante. Nos comportements, nos choix de consommation, notre manière de produire, se traduisent tous dans ces empreintes, notamment l’empreinte écologique qui tente une vue d’ensemble, mesurée en hectare de la planète productive. Elle nous montre que nous consommons chaque année plus que ce que la planète peut produire, et que nous puisons dans le stock de richesses accumulées au fil des ères géologiques. Une situation non durable, dans tous les sens du mot. Toute économie coutera très cher. Même la Cour des comptes s’en émeut, dans son rapport public annuel 2024 , où le réchauffement climatique tient une place centrale. La « variable d’ajustement » se rebiffe !

Edito du 13 mard 2024

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