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Le réarmement contre le climat

L’heure est au réarmement. Est-ce une fatalité ? le monde et la France en particulier sont engagés dans une course à l’armement. Il est question de 4% du PIB mondial fléché sur a défense. A comparer aux dépenses estimées nécessaires pour le climat et la faim, 1% pour contenir le réchauffement climatique, ou encore moins pour éradiquer les famines dans le monde.

Bien sûr, les dépenses d’armement sont contraintes par le comportement de certains dirigeants dont les appétits de puissance semblent sans limites. Ne pas suivre serait une condamnation à passer sous leur domination. Mais quel gâchis !

Il fût un temps où la raison l’avait emporté. Sans doute des pacifistes bêlants. C’était en 1972, Nixon et Brejnev, pour limiter les armes stratégiques (accord SALT). Puis Reagan et Gorbatchev, en 1987, pour les armes à portée intermédiaire, à nouveau pour les armes stratégiques en 1991 (accord START). Des efforts balayés sous les coups du couple Trump-Poutine en 2019. Entre temps, un nouvel arrivant était entré dans la danse, la Chine, non concernée par les accords précédents.

La course aux armements est repartie. Nos armées s’étaient consacrées, pour l’essentiel, à des opérations extérieures, il faut aujourd’hui se préparer à des guerres à domicile, du type ukrainien, avec beaucoup de matériel sophistiqué, et une capacité à tenir dans la durée.

Une autre forme de guerre se développe, celle de la désinformation. Il s’agit de préparer le terrain psychologique, en brouillant des cartes pour saper le moral des adversaires. C’est la motivation des dirigeants et des troupes qui est la cible. C’est une application de l’Art de la Guerre, le fameux traité de Sun Tzu, VIe siècle avant JC. Avant de donner des principes à respecter pour gagner la guerre, Sun Tzu développe dans le préambule une puissante argumentation contre la guerre, toujours désastreuse même pour le vainqueur, à n’entreprendre qu’un dernier recours. Il faut lui préférer tous les moyens de l’éviter, comme la corruption de dirigeants ou de généraux ennemis, des assassinats ciblés, tout est bon pour casser la combativité de l’adversaire. La désinformation est manifestement une déclinaison moderne de ce conseil, 25 siècles plus tard. Elle doit aussi couter beaucoup moins cher à déployer, à comparer un prix des avions modernes, de 100 millions d’euros et beaucoup plus pour les bombardiers, et de milliards pour les porte-avions.

La presse s’est fait l’écho des officines spécialisées « fake news » en Chine et en Russie. Espérons qu’il en existe aussi chez nous, à la fois pour réduire l’influence des agresseurs potentiels, et pour perturber l’ambiance chez eux.

Quelle qu’en soit la cause et les justifications, la course aux armements nous détourne d’autres affaires tout aussi importantes et urgentes. Elle monopolise des débats publics, elle oriente les volontés politiques, elle prélève en abondance les moyens disponibles, tant humains que financiers. Elle attise le besoin de contrôler les accès aux ressources stratégiques, notamment énergétique et minière. Alors que nous savons que les ¾ des gisements de pétrole connus aujourd’hui devront rester dans les profondeurs géologiques, la prospective pétrolière se poursuit dans les territoires sensibles. Des terminaux adaptés au gaz naturel liquéfié se multiplient. Autant d’investissements qu’il faudra bien amortir, et qui risquent fort de prolonger l’ère du pétrole. Les guerres et le réarmement pèsent lourd au détriment du climat.
Comment, malgré tout, limiter la perte de temps, et tirer quelque profit des exigences des tensions internationales ?

En accélérant les mutations qui nous consolident et nous rendre plus autonomes.

Deux axes peuvent être évoqués à cet effet, à l’échelle européenne autant qu’il sera possible. Tout d’abord, une forme de souveraineté, souvent mentionnée, la capacité à produire ce dont nous avons besoin, pour notre alimentation, notre santé, notre énergie. Les réponses s’appellent agroécologie, rapatriement d’industries sensibles et développement des énergies renouvelables, dont le carburant, soleil, eau, vent, biomasse est 100% local. Ensuite, l’adhésion à un modèle social et démocratique fort, pour motiver le plus grand nombre et résister aux tentations de céder, face à des régimes autoritaires qui cherchent à étendre leur type de régime. Une vie politique constructive, permettant à tous de trouver sa place dans une société fondée sur des valeurs universelles. Sommes-nous sur cette voie ?

 

Edito du 21 février 2024

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