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Des bâtons pour se faire battre

Il est reproché à l’écologie son caractère punitif. Elle ne l‘est pas plus que toutes les réglementations qui régissent les activités humaines, mais elle arrive après les autres. Elle s’y ajoute donc, et contribue à un sentiment de ras le bol dont elle n’est pas responsable. Et en plus elle s’exerce en bonne part au profit des biens communs, ceux qui appartiennent à tout le monde, et donc à personne.

Ces péchés originels auraient dû alerter les porteurs de l’écologie. Surtout ne pas renforcer le sentiment de contrainte, et mettre en évidence les volets positifs de la prise en charge des valeurs écologiques. C’est l’inverse que nous observons. Le discours écologiste dominant (il y en a plusieurs, heureusement) met l’accent sur les contraintes, le coût de la transition, et sur la culpabilité des humains destructeurs de la planète, notamment les pays dits développés. Il est même question de honte. Etonnez-vous ensuite que l’écologie soit perçue comme punitive. Les adversaires de l’écologie n’ont aucune peine à trouver leurs arguments. Le discours écolo dominant, ce sont des bâtons pour se faire battre. Se faire battre notamment aux élections, comme les prochaines élections européennes, au risque de compromettre le rôle moteur que l’Europe a pu jouer en matière d’environnement. Il doit y avoir mieux pour « vendre » l’écologie.

Il fut un temps où l’image de l’écologie était positive. L’écologie – on disait plutôt l’environnement – était porteuse de qualité de la vie, expression qui a même donné son nom au ministère en charge du domaine. La réglementation et les contraintes étaient déjà là, mais elles étaient associées à une promesse, l’amélioration de notre qualité de vie. Nous acceptions à cet effet les dispositions restrictives pour réduire les pollutions et protéger les sites et les milieux remarquables. Aujourd’hui, il n’y a plus de promesse. Juste un espoir d’éviter le pire, espoir dont il nous est dit qu’il s’amenuise chaque jour.

La transition est en outre qualifiée d’onéreuse. Son coût est sans cesse rappelé, y compris par les écologistes, alors que c’est le statuquo, le rien faire, qui coute un « pognon dingue », un puits sans fond si un terme n’est pas mis à la dégradation du milieu. L’écologie est un placement rentable. La restauration de la nature, par exemple, objet d’une directive européenne en cours d‘adoption, rapporte 8 fois les investissements faits en son nom.

Au temps de l’écologie positive, nous parlions du « double dividende », gagner sur les deux tableaux, en même temps pour les humains ici et maintenant et pour la planète et les générations futures. L’écologie apparaissait sans ambiguïté porteuse de progrès humain, et de nombreux indices nous laissaient penser que c’était possible. La formidable avancée des énergies renouvelables, en capacité et en prix de revient, en sont une bonne illustration, de même que les travaux sur l’agroécologie, qui nous montrent que l’Europe peut se nourrir et continuer à exporter grâce à l’agroécologie, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en favorisant la biodiversité.

Au lieu de pousser ces pions sans états d’âme, les écologistes cherchent la petite bête. François Gemenne, politologue et chercheur belge, co-auteur du sixième rapport du GIEC, s’en énerve, au cours d’une émission sur France Inter le 9 novembre 2023. « A force de ne voir que les défauts des solutions, plutôt que leur potentiel, on finit par ne rien faire du tout. Pourtant nous avons une fâcheuse tendance à rejeter tout ce qui ressemble à une solution : le recyclage n'encourage pas la baisse de la consommation, la voiture électrique freine le report vers le transport collectif, l'énergie nucléaire ne pousse pas à la sobriété, les éoliennes gâchent les paysages... ». Jamais contents. Cette tendance au rejet des solutions n’est pas nouvelle. Combien d’entreprises ou de collectivités soucieuses d’écologie se sont fait rabrouer au motif que ce qu’elles avaient fait était largement insuffisant ? La perfection sinon rien. Ce n’est pas comme ça que les bonnes volontés sont confortées, c’est même comme ça qu’elles se découragent. Les néophytes en viennent à abandonner.

Les écologistes utilisent un vocabulaire codé. Normal pour échanger entre soi, mais pas fameux pour élargir le cercle des convaincus. Le mot « précaution » en est un bel exemple. Le profane y voit une incitation à attendre dans le meilleur des cas, ou à ouvrir le parapluie pour ne rien faire. L’immobilisme. A l’inverse, le principe de précaution est un élément déterminant d’une culture du risque. Risque inévitable quand il faut innover et trouver de nouvelles voies de progrès, mais risque à gérer collectivement quand il devient « grave et irréversible ». L’écologie est une prise de risque, comme moteur d’une société nouvelle à imaginer, et le principe de précaution la « règle du jeu » de cette prise de risque.

Autre maladresse, le zéro, comme croissance zéro ou zéro artificialisation nette. L’écologie est alors perçue comme empêcheuse de faire, ce qui en éloigne les entrepreneurs. La partie la plus dynamique de la population se sent ainsi visée. L’interdiction contenue dans le mot Zéro s’oppose à une autre approche susceptible des les mobiliser au profit de l’écologie, celle du défi. Relever le défi d’une forme de croissance gagnant-gagnant, le double dividende. L’exemple du bâtiment est éloquent à cet égard. Le progrès qui s’y manifeste est le résultat d’un défi adressé aux professions concernées, de construire à impact minimum et à coût maîtrisé. Il vaut mieux exiger un haut niveau de qualité que d’interdire. Les projets qui n’atteindront pas le niveau demandé tomberont d’eux-mêmes.

Au moins dans les discours, l’écologie s’est enfermée dans une approche restrictive, traduite en punitive par ses opposants. Ceux-ci n’hésitent pas à profiter de ces failles pour caricaturer l’écologie. Ils y trouvent les bâtons avec lesquels ils la battent. L’écologie mérite mieux, l’écologie c’est du mieux vivre dans une planète en pleine forme !

Edito du 17 janvier 2024

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