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De nouveaux codes pour le XXIe siècle

Le changement de société se manifeste de multiples manières. Climat, ressources en tension, intelligence artificielle, géopolitique, vieillissement, migrations… Des phénomènes lourds qui s’imposent à nous et nous donne souvent un sentiment d’impuissance. « C’était mieux avant » en est la traduction dans des esprits, une nostalgie qui nous empêche d’aborder le futur avec espoir et détermination.

Dommage, car le changement est aussi l’occasion de repartir sur de nouvelles bases, une forme de jubilé, qui mobilise une nouvelle énergie. Il faut pour cela abandonner les codes du monde d’hier, les références à l’aune desquelles nous jugeons les évènements et les perspectives qui s’offrent à nous. Nous devons adopter de nouveaux codes, qui permettent d’appréhender le monde du XXIe siècle. « Croissez et multipliez », c’est terminé sous sa forme d’origine, il faut lui donner une nouvelle signification. Tant que nous vivrons avec les codes du passé, tout changement apparaitra comme une restriction, une atteinte aux libertés, et définitive une punition. Sentiment aggravé par un discours écologiste inspiré par la morale, la culpabilité, et parfois la honte. L’écologie est ainsi vite réduite -souvent caricaturée - à un caractère punitif, qui ne permet pas d’entrer dans le futur avec plaisir, voire avec gourmandise.

Les nouveaux codes ne sont pas écrits, il nous faut les imaginer collectivement à partir d’une vision du futur que nous voulons, et de l’imaginaire qui le représente. Un imaginaire qui suscite l’adhésion du plus grand nombre, et qui donne envie de s’engager.

La tentation est forte, dans un pays comme le nôtre, fortement centralisé, avec un Etat omniprésent, animé par un souci d’égalité souvent appliqué avec radicalité, d’attendre la réponse d’en haut. Pas de chance, les « élites » n’ont pas le goût du changement, au contraire. « L’élite ou technostructure administrative en place a une oreille sélective, n’écoutant guère que ce qui est compatible avec la culture-maison et avec sa façon de faire, quitte à disqualifier l’expérience et les recommandations des « étrangers » ». Telle est le constat d’experts en la matière (1), qui précisent « L’ignorance est un construit social, collectif et organisationnel. Elle est durable ». Traduction du célèbre « veux pas le savoir ». N’attendons donc rien de l’Etat et de tous ceux qui sortent du même moule, où le formatage des esprits est la règle. Des écoles où « l’on apprend à avoir raison ».

Ce ne sont pas non plus les militants, trop engagés qu’ils sont, qui porteront ces nouveaux codes. Ils ont déjà les leurs, élaborés entre eux, conformes à leurs positionnements, qui ne sont pas ceux de la société dans son ensemble. C’est de cette dernière que doit émaner cette vision du futur. L’Etat et les militants, chacun avec leurs outils, doivent favoriser cette émergence, sans imposer leur approche. Dans leur livre « La nouvelle société de la connaissance (2) », Joseph E. Stiglitz et Bruce C. Greenwald proposent le principe de société apprenante, qui apprend d’elle-même et de son expérience. Ils décrivent notamment les politiques publiques, susceptibles de favoriser l’éclosion ou la consolidation d’une économie d’apprentissage : politiques industrielle, financière, culturelle, sociale, migratoire, juridique (propriété intellectuelle), etc.
Dans son livre « Le jardin planétaire(3) », le paysagiste Gilles Clément nous propose une formule qui pourrait être utilement transposée dans cette recherche de nouveaux codes. « Faire AVEC le plus possible, CONTRE le moins possible ». Le contraire de la posture de certains milieux écologistes, qui voudraient imposer leurs vues contre l’avis des intéressés. Recherchons les amorces de ces nouveaux codes en gestation dans la société, et favorisons leur développement. Cela vaudra bien mieux que d’en imposer d’en haut, que ce soit de l’Etat, des militants ou d’autres sachants. Des codes enracinés dans la société pour avancer vers le monde de demain.

1 - Patrick Gibert et Jean-Claude Thoenig, auteurs de « La modernisation de l’Etat, Une promesse trahie ? », Classiques Garnier, 2019
2 - Aux éditions Les liens qui libèrent, 2017
3 - Publié chez Albin Michel, 1999

Edito du 10 janvier 2024

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