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Sortir des postures

Les conventions citoyennes font parfois l’objet d’une critique étonnante : En se substituant aux organes officiels de la démocratie, elles lui feraient du tort. A quoi bon un parlement, si les décisions et les débats ont lieu ailleurs ? Plus qu’à la démocratie, ce serait plutôt auxdits organes qu’elles feraient du tort, et pourquoi pas, si leur comportement ne répond plus aux attentes de la société ?

Il s’agit en fait d’un nouvel instrument de démocratie, qu’il faut apprendre à utiliser comme il le faut pour tous les autres instruments. Un apprentissage pour tous, les dirigeants qui y font appel, les conventionnels tirés au sort, les animateurs des conventions, les observateurs et l’opinion, en plus des acteurs traditionnels, élus, fonctionnaires et autres décideurs. Poser les bonnes questions, donner le temps et les moyens nécessaires, informer et mettre à niveau les « conventionnels » sans les influencer, faire bon usage des conclusions sans être tenu de les appliquer rigoureusement.


La qualité première de ces conventions est justement ce que leur reproche les corps constitués qui les critiquent. Leur indépendance de toute attache, leur caractère éphémère, le fait que les conventionnels ne sont tenus que par leur conscience, sans appartenance à des structures établies qui imposent leur doctrine. Un regard réellement neuf, non pollué, si l’on peut dire, par des postures ou des ambitions personnelles. La rigidité de nos groupes sociaux donne souvent une idée fausse de l’opinion. Leur histoire, leur origine, leur influence traditionnelle, les ont amenés à adopter des positions, parfois il y a bien longtemps, et à ne pas en changer, de peur de semer le trouble parmi leurs ouailles ou leurs clergés. Il y a bien sûr la religion, mais aussi toutes sortes de corporations, des groupes professionnels, des clubs et des think-tanks, des chapelles philosophiques, des partis politiques, et bien d’autres manières de construire et de communiquer des positions arrêtées dans tous les domaines. Une diversité de tribus qui se croisent et se superposent, chacune avec des postures plus ou moins bien affirmées dans leurs champ d’intervention.

Souvent contradictoires, elles sont parfois sacralisées, contribuent à l’identité de chaque tribu, et les échanges prennent vite des allures de pugilat, parfois violents.


Dans notre histoire récente, les positions sur l’IVG ou le mariage pour tous illustrent ce type de débats, qui cristallisent les opinions des uns et des autres, provoquant parfois des conflits et des frustrations. Il convient alors de prendre du recul, de revenir aux fondamentaux pour tenter de trouver un consensus ou du moins d’apaiser les conflits. En matière scientifique, le concept de « conférence de consensus » a permis d’éclairer des décisions, notamment dans le domaine médical. Les conventions citoyennes en sont des prolongements touchants plus particulièrement des sujets dit sociétaux.


Les Irlandais en ont fait un usage qui pourrait servir d’exemple. Dans une société marquée par l’influence de l’église catholique, les questions du mariage gay et de l’avortement étaient sources d’affrontements sur des positions très contrastées. Toute décision politique sur ces sujets aurait pu provoquer des désordres et des réactions de rejet. Deux conventions citoyennes ont permis de désamorcer les bombes que ces questions comportaient, si bien que des référendums ont pu être organisés sans heurts, et des décisions prises et acceptées de tous.


Demander à une convention des solutions clés en main à des problèmes complexes que les institutions ont du mal à démêler n’offre guère de possibilité de « sortie par le haut » des contradictions présentes dans toutes les sociétés. En revanche, éclairer le débat sans entrer dans les querelles de chapelles ou les vieilles revendications de tel ou tel groupe, traduire les enjeux dans des termes simples et compréhensibles pour tous, au-delà des conflits traditionnels et des clivages qui divisent la société, permet de créer les conditions d’échanges constructifs, de rétablir le respect mutuel des protagonistes, et d’approcher une position commune.


Le référendum est un autre instrument de démocratie, dont l’usage est délicat et peut provoquer des surprises. Les conventions citoyennes peuvent aider à formuler la « bonne question », qui alors ne sera plus celle du président ou du gouvernement, avec tous les biais qui en découlent, mais celle de citoyens. La sortie « parlementaire » d’une convention risque de se heurter aux postures des partis politiques, s’ils n’acceptent pas d’en intégrer les conclusions. Nous retrouvons là la question du fonctionnement des institutions. Les conventions citoyennes bien menées pourraient-elle enrichir la relation élu-électeur ? Loin de se substituer à la démocratie élective, les conventions citoyennes lui redonneraient alors un élan bienvenu.

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