Skip to main content

A propos de l’eau douce : Une conférence sur le monde contemporain

Bousculée par le volet énergie de l’enjeu climatique, l’eau retrouve progressivement sa place dans les préoccupations internationales et intérieures françaises. Une conférence internationale s’est tenue à New-York sous l’égide de l’ONU en mars dernier, la première depuis celle de Mar Del Plata en 1977, il y a plus de 40 ans. L’eau est pourtant un des 17 objectifs du développement durable adoptés en 2000 : « Une eau propre et accessible pour tous est un élément essentiel du monde dans lequel nous voulons vivre. »

Il était temps que l’ONU reprenne le sujet : « Nous avons brisé le cycle de l’eau, détruit les écosystèmes et contaminé les eaux souterraines » a lancé le Secrétaire général de l’ONU M. António Guterres en ouverture de la conférence, en soulignant que près de trois catastrophes naturelles sur quatre sont liées à l’eau. Il faut aller « au-delà des solutions conventionnelles », a renchéri le Président de l’Assemblée générale, M. Csaba Korösi. Parmi les orientations retenues, citons « le développement de nouveaux systèmes alimentaires alternatifs pour réduire l’utilisation non durable de l’eau dans la production alimentaire et l’agriculture ».

En France, l’actualité « eau » est marquée par la sécheresse. Nous allons manquer d’eau, et le phénomène est déjà bien visible. Comment faire face à cette pénurie, qui touche l’eau potable que nous buvons, la bonne santé de la biodiversité, de nos rivières et du transport fluvial, le refroidissement des centrales nucléaires, la production agricole, et bien d’autres domaines, industriels ou touristiques notamment. Le conflit sur les usages de l’eau monte en puissance et provoque des troubles, comme pour les « mégabassines », et qui ne vont guère s’apaiser.

Dans notre pays, « L’agriculture est la première activité consommatrice d’eau avec 57 % du total, devant l’eau potable (26 %), le refroidissement des centrales électriques (12 %), et les usages industriels (5 %) » nous dit le ministère de l’écologie sur son site. Une donnée bien connue depuis toujours, dont il a été conclu qu’il fallait une politique de modération de cette consommation. Les plans pour y parvenir se sont succédé, mais sans freiner la construction de nouvelles réserves. Un échec, qui en rappelle un autre : la montée continue de l’usage de produits de synthèse, contraire aux engagements de la profession agricole aux accords du Grenelle de l’environnement.
La sobriété, annoncée dans le dernier « Plan eau », ne semble pas concerner les agriculteurs, si l’on en croit les déclarations de leur ministre devant leur congrès. « Pas d’effort supplémentaire » pour les agriculteurs. Plus de la moitié des consommations se trouvent ainsi exonérées de sobriété, ça commence mal.

Côté refroidissement des centrales électriques, les sécheresses ont déjà entraîné des dérogations. L’eau chaude rejetée dans les fleuves perturbe la vie halieutique, surtout évidemment en période d’étiage. A plusieurs reprises des facilités ont été accordées aux électriciens pour rejeter leur eau de refroidissement malgré des faibles débits d’eau dans les rivières. Le bruit coure que, pour s’adapter au réchauffement, les normes seraient revues de manière à ce que les dérogations deviennent la règle. La troisième activité consommatrice d’eau serait ainsi dispensée d’effort, ou du moins pas trop.

Heureusement, entre les deux il y a la deuxième, nous, les particuliers, qui consommons de l’eau dans notre vie courante. Une eau souvent dégradée par les molécules diffusées par les agriculteurs, qui refusent de les abandonner tant qu’il n’y aura pas d’alternative. Nous ne sommes pas près d’en sortir. A nous, donc, la sobriété, l’achat d’eau en bouteille, et pour nos élus un vaste chantier de rénovation des réseaux. A nous d’assumer l’objectif de réduction de 10% de la consommation totale d’ici 2030 (Signalons au passage qu’un rapport interministériel préconisait cet objectif pour 2024).

L’approche sectorielle, selon la nature des consommateurs, ne permet guère de sortir des « solutions conventionnelles ». C’est par des approches globales que des « systèmes alimentaires alternatifs » peuvent voir le jour. Dans son allocution d’ouverture du congrès mondial sur l’eau à l’ONU, António Guterres invitait les participants à dépasser le sujet : « C’est une conférence sur le monde contemporain, vu sous l’angle de sa ressource la plus importante. » Les modes de vie, de produire et de consommer, les cultures, sont concernés au même titre que les gestionnaires de la ressource et de toutes les activités présentes sur le cycle de l’eau. Sans adopter cette vision de la question, le nouveau plan eau n’aura guère plus de succès que ses prédécesseurs.

Edito 19 avril 2023

  • Vues : 379

Ajouter un Commentaire

Enregistrer