Se libérer du superflu

Niko Paech
Editions Rue de l’échiquier, 2016

 


« Il n’existe pas de technologie ni d’objets durables en soi : seuls les modes de vie peuvent l’être ». Ce n’est pas dans ce blog que l’on dira le contraire. Mais l’attaque en règle de toutes les tentatives d’intégrer l’environnement et la gestion des ressources dans les activités humaines a de quoi dérouter, et même décourager les bonnes volontés. Ce livre-manifeste pourfends les maisons passives et les énergies renouvelables, l’économie circulaire et les technologies propres, au motifs d’une part qu’elle consomment toujours un peu de ressources et émettent un minimum de CO2, et surtout qu’elles nous rassurent et nous invitent à de pas changer nos habitudes ni nos modes de vie. Ne parlez pas à Niko Paech de découplage ou de croissance immatérielle, les mécanismes même de la croissance sont inexorables et vous conduisent à l’accaparement des ressources, au détriment des plus pauvres et des générations futures.
En bon économiste, l’auteur nous décrit toutes les dérives auxquelles la société de consommation, la division du travail et la mondialisation nous conduisent, et tourne en dérision les tentatives de modération et de compromis avec la croissance. Face à « l’illimitation » à laquelle elle nous condamne, il prône une société post-croissance. Les propositions sont assez classiques :  circuits courts, monnaies locales, partage, durée de vie des objets et réparabilité, autoproduction et formation des consommateurs à l’entretien et la réparation des objets qu’ils utilisent, plus de temps pour soi et la vie personnelle.
Quelles pistes de réformes d’ordre politique sont esquissées, sur l’émission de monnaie, le droit des sols, des « bons d’émissions de carbone alloués aux citoyens eux-mêmes », l’acquisition de compétences manuelles, limites supérieures de revenu, etc. Un programme radical dont la ligne directrice est  un « bonheur éclairé » obtenu grâce à un « renoncement inventif ». Au lieu d’ajouter de nouvelles choses au monde, « nous délaissons un fait tout simple : La réduction et la sobriété dans l’action ont le charme de se passer de capital, d’innovations et de réforme politique ».
On regrettera que la présentation de la société post-croissance se limite à une douzaine de pages, contre 80 consacrées à la critique de la société actuelle et des efforts pour la corriger, une critique vigoureuse mais souvent plus riche en déclarations qu’en démonstration. Le pire n’arrive pas toujours, comme semble le croire Niko Paech.

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