
Post-carbone
Gaël Giraud et Carlo Petrini
Préface du Pape François
Editions de l’Atelier, octobre 2025
« Et si changer notre manière de manger était l’un des gestes les plus radicaux pour transformer le monde ? » Une question alléchante en 4e page de couverture pour nous inciter à lire ce livre, dont l’alimentation est un point fort. Il s’agit en effet d’une rencontre entre le fondateur du mouvement slow food, critique gastronomique, Carlo Petrini et d’un économiste engagé, par ailleurs jésuite, Gaël Giraud, autour d’un modérateur Stefano Arduini. Un livre né sous les meilleurs augures, avec une préface du Pape François qui y a trouvé « une saveur d’espérance, d’authenticité, d’avenir ». L’encyclique Laudato si’ y est souvent citée, « pas une encyclique verte, mais une encyclique sociale globale » selon Carlo Petrini.
Tirons donc le fil de l’alimentation, et nous trouverons l’ensemble des sujets de société en cette période charnière entre « la fin d’un monde » et « un monde nouveau ». Un monde dont les puissances financières sont tellement engagées dans les énergies fossiles qu’elles ont le plus grand mal à s’en dépêtrer, et où les dépenses militaires augmentent : 2100 milliards de dollars en 2021, et bien plus aujourd’hui, alors qu’il semble impossible de réunir les 280 milliards qui seraient nécessaires pour « délivrer le monde de la faim ».
L’alimentation présentée ainsi en termes géostratégiques, mais aussi à partir de communautés alimentaires où les relations interpersonnelles tiennent un rôle essentiel. Un « multilatéralisme d’en bas ».
Il a fallu 10 ans pour que naisse l’expression de souveraineté alimentaire, en 1996, après que l’OMC ait « inclut la production primaire dans l'accord général sur les tarifs douaniers et sur le commerce. A partir de ce moment, les choix touchant à la production et au commerce de la nourriture, à l'environnement, à l'accès à la terre et à la culture liée à la vie à la campagne, allaient être, eux aussi, soumis aux lois libérales du marché international ». L’obsession de la croissance du PIB, comme indicateur du niveau de vie, a conduit dans les pays du Sud à délaisser l’agriculture locale et ses savoir-faire, mettant ainsi l’alimentation de ces pays à la merci de crises comme la pénurie de blé consécutive au conflit entre l’Ukraine et la Russie.
Plaidoyer, donc, en faveur d’une approche territoriale de proximité, favorisant les relations directes entre consommateurs et producteurs, et une perception par chacun des enjeux liés à l’alimentation. « Aucun enfant ne sais plus d'où viennent les aliments qu'il consomme. » C’est une réhabilitation de l’économie de subsistance : « Une nourriture produite avant tout pour se nourrir et non pour être vendue ou, pire encore, amassée ».
L’incapacité du monde politique face aux enjeux d’alimentation et d’environnement (monoculture, pesticides, etc), conduit les débatteurs à souhaiter l’émergence d’un vaste mouvement de citoyens, pour orienter les marchés par leurs choix de consommation. « Le la ne peut être donné que par la société civile », avec l’alliance d’autres acteurs pour « rompre les digues de l’activisme traditionnel ».
Au-delà de l’alimentation, bien d’autres sujets sont abordés, entre la question de la dette publique, la croissance, laquelle pourrait laisser sa place à la solidité comme concept de référence, le droit au plaisir, les biens communs, les droits de la nature et des animaux, la spiritualité et les relations humaines. Au total un livre particulièrement riche, évidemment engagé, une contribution aux débats sur la transition, « ouverture d’une nouvelle phase historique qui pourrait même durer quelques siècles ».
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