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De la confrontation au consensus

Notre vie politique et placée sous le signe de la confrontation. Il s'agit d'opposer des projets différents entre lesquels il nous est demandé de choisir. Derrière cette formule se cache l'idée que 51% des électeurs pourraient imposer leurs vues aux 49% autres. Est-ce bien raisonnable, est-ce comme cela que l'on se dirige vers un consensus ? Un consensus nécessaire pour avancer de manière apaisée dans un monde qui change vite.

L'intérêt général, le bien public, sont des notions à géométrie variable, tant l'objectif à atteindre et les moyens pour y parvenir sont mêlés. Tout le monde est pour le bien et contre le mal, mais comment définir le bien et le mal ? C'est l'objet du débat politique. La logique voudrait que ce débat débouche sur un consensus largement partagé, mais la manière dont il est organisé tend à radicaliser les positions plutôt que de concourir à les rapprocher. Il faut des projets clivants, pour réunir son camp.

Le résultat est consternant. Les bonnes mesures décidées par la majorité ne peuvent être validées par l’opposition, par construction, et les propositions de l’opposition ne peuvent pas, sauf exception, être reprises par la majorité. Ce serait renforcer la position de l’adversaire, qui serait alors plus difficile à combattre. Nous sommes dans un jeu de rôles, avec des partitions connues à l’avance. Le simple terme d’opposition, pour désigner ceux qui ne sont pas dans la majorité, comporte en soi le défaut du système en vigueur. La minorité est a priori une opposition. Est-ce une fatalité ? Une opposition est là pour s’opposer, sinon elle trahirait ses électeurs. Quand une majorité claire peut imposer ses vues, une politique peut être suivie, même au prix d’un ressentiment d’une partie de l’opinion, à condition de ne pas rencontrer d’opposition trop forte dans la société. Quand la majorité est inexistante ou fragile, issue de négociations toujours remises en question, l’affaire est plus délicate et la stérilisation de la vie politique n’est pas loin. Il reste des sujets sur lesquels les partis ne se sont pas engagés, où les avis ne se sont pas encore cristallisés en postures, des sujets de société le plus souvent, qui relèvent essentiellement de la conscience individuelle et qui peuvent avancer à la lisière du champ politique. Mais c’est à regret, et des sujets techniques, qui sembleraient a priori consensuels, peuvent être pris en otages pour se retrouver au cœur du débat et prendre un tour politicien. La question de l’énergie en est une bonne illustration, où les partis nationalistes rejettent les sources les plus nationales, le vent qui souffle sur notre pays et le soleil qui y brille, à la recherche de mécontents à transformer en électeurs. Au point que le Gouvernement élude le débat politique en passant par décret des orientations en la matière.

La stérilisation de la vie politique est un mauvais signal. La confiance en un système démocratique s’érode, et la quête d’un pouvoir autoritaire, qui peut imposer ses vues, qui serait efficace, prend de l’importance. Ajoutez la peur d’un futur incertain, sur fond de décor angoissant, climat, géopolitique, vieillissement, intelligence artificielle, etc. et le besoin d’autorité devient pressant. La sublimation du conflit, de la confrontation, loin de clarifier des choix, apporte de la confusion et nourrit l’envie d’un régime solide, capable d’avancer contre vents et marées.

La vie politique locale pourrait être le lieu de la recherche de consensus. Les choix sont concrets, bien perçus par les habitants de petites communes, et les considérations idéologiques sont secondes par rapport aux préoccupations qui se manifestent ici et maintenant. Dommage que le scrutin de liste, qui est conçu pour différencier les positions des candidats, ait été étendu, au détriment de modes de scrutin plus individualisés plus propices au dialogue. Dans les entreprises, l’élaboration d’un projet d’entreprise est la recherche d’un consensus entre tous les acteurs et les parties prenantes. Il doit en être de même dans des collectivités, confrontées à des contextes plus ou moins favorables, et qui doivent trouver leur personnalité. L’apprentissage du consensus commence sur le terrain, avec la prise en charge de questions que chacun peut comprendre. Pour qu’il soit fructueux, il faudrait aussi que les marges de manœuvre des collectivités les plus modestes soient élargies, et ne soient pas réduites à la gestion des directives qui viennent d’en haut. Rééquilibrer le vertical et l’horizontal.

Edito du 25 février 2026

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