Détricotages et escroqueries
Le détricotage du Green deal se fonde sur une escroquerie grossière. Ses partisans prétendent que les mesures favorables à l'environnement sont néfastes pour les entreprises. C'est tout d'abord mépriser toutes celles qui se sont investies pour l'environnement et notamment pour le climat, et en définitive les déstabiliser. L'exemple de la fin de la voiture thermique neuve en 2035, toujours remise en cause, est éloquent. Au lieu de maintenir une ligne stable qui permette aux investisseurs de miser sur un avenir planifié et consensuel, ce sont des reculs et des doutes qui font perdre de l'argent aux entreprises les plus dynamiques, et compromettent leur développement. Tout compte fait, ces hésitations et l’abandon de toute ambition sur les valeurs d’avenir, comme l’électrification, font les affaires des entreprises les plus conservatrices, partisanes du « comme avant », qui refusent les changements inéluctables qu'il faudra bien intégrer. Une politique de l’autruche, appliquée à nos industries. Une escroquerie.
Au lieu de protéger l'activité européenne, elle la condamne à la stagnation et par suite au décrochage. Le déclin et le déclassement en seront la conséquence, provoquée par ceux qui prétendent se battre pour les éviter. Quelle qu’en soit la cause, aveuglement ou idéologie, il s’agit bien d’une escroquerie. Ne nous y trompons pas. La dégradation de l'environnement que nous observons depuis quelques décennies nécessitera tout ou tard des transformations profondes qui s'ajouteront à celles, qui ne sont pas contestées, liées à l'intelligence artificielle, la rareté des ressources critiques, et la montée en régime de nouvelles puissances économiques. C'est cet ensemble de défis, environnement, intelligence artificielle, accès aux ressources et compétitivité, qu’il faut aborder de front, tant leurs liens entre eux sont forts. Croire qu'il est possible de choisir parmi eux et négliger l’un d’eux est une erreur manifeste.
Il y a sans doute des ajustements à faire au green deal, mais son détricotage, loin d'être favorable à nos entreprises, en fragilise l'aile marchante. Elle décourage également toutes les tentatives d’anticipation et de préparation aux inéluctables changements. L'argument selon lequel les préoccupations écologiques et sociales seraient des freins au développement des entreprises est contraire à ce que nous observons dans la vie réelle. Les valeurs labellisées « responsables », ISR (investissement socialement responsable) ou Greenfin notamment, ont des performances boursières favorables, légèrement supérieures même celle de leurs homologues non labellisés.
C'est que l'engagement des entreprises présente de nombreux avantages, des co-bénéfices, dirait-on, de leur sensibilité écologique. Ces entreprises innovent et prennent de l'avance technologique, et forment leurs personnels en conséquence. Un personnel qui se mobile d'autant plus que leur travail prend du sens. Ajoutons des clients, professionnels ou non, qui se fidélisent au fur et à mesure qu’ils adhèrent à leur tour aux mêmes valeurs.
Réduire les exigences, c'est baisser les bras et laisser les pays concurrents prendre de l'avance. Les atermoiements dont le véhicule électrique est l'objet en Europe ont permis aux Chinois de prendre une avance significative, pour reprendre cet exemple. Dans un autre domaine stratégique, l'énergie, le stop and go sur les renouvelables ont laissé la Chine, là encore, prendre une avance considérable et s'imposer dans le monde entier, au détriment des entreprises françaises et européennes du secteur, qui ne manquaient pas d’atouts et avaient pris, au départ, une bonne place. La simple observation du marché mondial de l'énergie, où les renouvelables on prit la première place, montre que ces hésitations ont empêché nos industriels de se positionner favorablement. Au lieu de rabattre les ambitions, mieux vaut les accompagner et soutenir les acteurs les plus engagés. Ils ouvrent la voie et entraînent le gros des troupes. Le détricotage du green deal apparait comme un pied de nez au rapport Draghi qui, à l’inverse, préconisait une attitude volontariste.
Le slogan « le monde change, profitons-en » résume bien la manière d’entrer dans le futur avec plaisir et détermination. Le contraire d’y rentrer à reculons, parce que l’on ne peut pas faire autrement. Bien sûr, il y a aura des efforts à faire, des prises de risque et des échecs ici et là. Mais le pire serait de devoir courir derrière ceux qui auront osé anticiper, sans espoir de les rattraper.
Les exigences environnementales ne concernent pas que l’environnement. Elles affectent tous les secteurs des entreprises. Les exemples abondent des entreprises engagées, par exemple dans une certification ISO 14000, qui ont connu de ce fait un dynamisme généralisé à tous ses services. C’est un état d’esprit, une forme d’ambition qui est proposée à tous les personnels, de la direction générale aux simples exécutants, et qui donne de la cohérence et un sentiment de fierté. Vider le green deal de sa substance, c’est une capitulation en rase campagne, avant même le début des hostilités.
Edito du 19 novembre 2025
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